‹ La folie lucideChapitre 53 sur 65 · I .hi/iHH,,T. 12, 1848, pag · texte numérisé non relu

I .hi/iHH,,T. 12, 1848, pag

lâi HISTOIKE CJUTiUUE

Cl le reste. Faut-il l'accuser de mensonge? Autant vaudrait dire que le délire homicide, suicide et l'irritabilité de son caractère, si bien constatés, sont aussi des mensonges. C'est donc une folie subite, de celles qu'on appelle instinctives; voyons le second fait :

« M. A. M..., âgé de quarante-deux ans, maire d'une petite ville du Midi, doué d'un esprit distingué, de mœurs aimables et d'un cœur chaleureux, fut tout à coup frappé d'épilepsie. Les accès, d'abord nocturnes, apparurent bientôt nuit et jour avec une intensité désespérante, et le rendirent un objet d'efîroi pour ses amis et ses administrés. Son médecin, qui lui était uni par le double lien de la parenté et d'une intimité datant de l'enfance, après avoir vainement épuisé les ressources de la thérapeutique, pensa que la distraction d'un voyage pourrait amener les meilleurs résultats. Il poussa le dévoûment jusqu'à se faire son compagnon de route et son guide chez les notabilités médicales de Toulouse et de Montpellier, qu'il désirait consulter. Pendant leur séjour à Cette, M. A. M... sort brusquement de son lit pendant la nuit, et le docteur s'aperçoit qu'il fouille dans sa malle. Il s'enquiert du motif de la recherche , et il le voit tenant à la main sa boite à rasoirs. Je cherche

un rasoir pour t'ouvrir le ventre, parce que tu me trahis, lui répond ce malheureux, chez lequel le délire a fait subitement explosion, de manière à nécessiter des moyens coercitifs qu'il n'était que trop urgent d'employer; lorsqu'un semblant de rémission eut permis de continuer le voyage, M. A. M..., suffoqué de sanglots, demanda pardon à son ami de l'atroce menace à laquelle son cœur n'avait pris aucune part. Mais à Montpellier, le délire reparaît avec plus de force. M. A. M... s'échappe de l'hôtel à demi-nu, désarme un militaire, va souffleter un charretier, et, poursuivi de toutes parts, il s'élance du haut du parapet de l'esplanade et se fracture une jambe. La lypémanie s'empare de lui, il n'a plus que de l'aversion pour ses amis et son médecin, dont la présence lui rappelle de pénibles souvenirs ; il néglige sa toilette, cherche à s'étourdir dans la débauche, et ne tarde pas à succomber aux excès qui se succèdent sans relâche, à la suite d'orgies multipliées*. »

CC' malade nous montre une première conception délirante préparée par des attaques d'épilepsie , puis un délire général , et enfin la

f. Ann., 1857, pag. 71.

lypémanie. Cette facilité de la folie à se transformer ne prouve-t-elle pas l'analogie extrême de toutes ses formes? Mais passons. Le médecin et ami de M. A. M... faillit être victime de sa folie : or, cette explosion instantanée, cette impulsion homicide ne rappelle- t-el le pas celle du manœuvre dont nous venons de parler ? Tu me trahis, dit M. A. M... à son parent; et le meurtre faillit être la conséquence de cette conception délirante. Il n'en fut rien ; mais s'il eût été accompli, quand la raison fût revenue, M. A M... eût dit, comme le malade auquel nous le comparons : j'avais perdu la tête ; n'a-t-il pas confessé, d'ailleurs, que son cœur n'avait aucune part à son langage. De ce qu'il a proféré avant sa tentative : « tu me trahis, » en ferez-vous un monomaniaque raisonnant? Est-ce un fou instinctif parce que l'accès est instantané, et que la raison revient si vite qu'elle semble n'avoir pas disparu ? Vous dites que c'est un maniaque épileptique, mais il sera bientôt et enfin lypémaniaque. Pour nous, ce n'est jamais qu'un maniaque, c'est-à-dire un malade atteint de troubles intellectuels, moraux, et, par conséquent, de la volonté. Son premier accès ressemble plus à la folie instinctive que les suivants; il se souvient de son attentat et le déplore ; mais le souvenir

plus OU moins vif du délire ne fait qu'exprimer des degrés divers d'intensité. Et, si les fous instinctifs conservent mieux la mémoire de leurs actes que les maniaques épileptiques, les exceptions sont nombreuses ; exemple : les deux cas qui nous occupent. Toutefois, la perte du souvenir des actes délirants a la plus grande importance pour notre thèse ; car quelle faculté fonctionne sans la mémoire? Peut-il exister un doute sur l'abolition ou perversion des facultés intellectuelles et affectives, quand les actes ne sont plus qu'une agitation, une convulsion? A ce degré, ils ne représentent même plus des idées ou des sentiments, mais des sensations pathologiques, en tout semblables à celles qui précèdent le vertige épileptique.

Si l'on considère la facile transformation des divers types de folie dans un même individu ; si l'on reconnaît que le délire des actes suppose celui de l'esprit, et qu'il compromet les pouvoirs (powers) sur lesquels est fondée la liberté, quelque borné que soit, d'ailleurs, le nombre des idées, des sentiments et des sensations morbides, on admettra avec nous que toutes les folies ne sont que des variétés de manie, et, partant, que la volonté ne saurait être seule malade.

Passons à d'autres formes. La kleptomanie

"^8 J" Histoire 'èAWiQufe'"

lyraèiit ef s'iri^ troubles intellectuels, manifésiîes, -gmKiâ: 'Tel' est le cas de M'"^'M' ::,^véil\^e'lftili vetîflcateur des domaines, coridàîïirie'e à 'treiîe 'hidîs de prison et à vingt-cinq francs d'amende 'pour avoir commis divers larcins dans des niÉt-

^mas:%-^y'Mi:;'^iiëëuaqu-eïïr^taii'mi^^^^^

'qu^éUe'^'eïâW p'b'usséè i'riviiicîblfemerii' à prênâïe,

et que sa volonté y était étrangère. « Je sais bien

'li\iè^']e*ïais"mlil , hisàit-elle, maik c^eéi'pîul'fort

que moi, j6 ne puis m en empêcher. >< La fOlie,

'è't, partant, l'irresponsabilité, fut démontrée par

"un rapport de M. Gérard, et l'acquillement pro- .oLRJiw»f(i jioL'fin9ili;1,i aoJàn^v ofa infil & { h ioup

^'^ mA'^km^^ rl^âf^gt^l^orae'i

^oier, comme Glénadel et tant u'aùtrës à tuer,

satis pouvoir résister à cette idée quoiqu'elle la

sientit coupable. Une pareille obsession', (Juarid

elle est sans motif d'intérêt, Pé s'explique q(ïe

par la folie ; qu'est-ce , en effet', autre chose

qu'une pensée fixe et délirante ? Prétend ra-t-yfi

<^{ié la volonté malade dé M"" M...' a seule pris

jpart aii vol? Elle affirme, et elle est^de bonne

foi, qu'elle y était élratigère. ' ' ' '" ■•"•" ■ ■■ • ijoîi' V .;.,.! ),r ., iàrioiîJJB nol ,9V!ui,

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UE LA FOLIE UNS'i:iNCTIVE. lât)

Si la volonté de la kleptomaniaque était réduite, comme elle doit l'être dans toutes les folies instinctives, à un mécanisme complètement aveugle, elle ne ferait aucun choix des objets qu'elle prend, elle ne volerait pas, elle ramasserait au hasard tout ce qui tomberait sous sa main, ou plutôt elle frapperait aussi bien qu'elle prendrait, et les fous-homicides eux-mêmes voleraient et tueraient indistinctement. Or, leur égarement ne va pas jusque-là. Le délire, à moins d'être à son paroxysme, ne détruit pas toute idée, tout l'esprit. Il y a une pensée ou une sensation au fond des actes de tous les fous. Voilà pourquoi il y a tant de variétés d'aliénation mentale. Si l'intelligence était étrangère aux troubles de la volonté, celle-ci ne serait plus une force humaine. La folie instinctive ne serait jamais qu'une convulsion ; ses formes nombreuses prouvent, au contraire, combien d'éléments divers concourent au désordre : elle n'est pas moins riche, sous ce rapport, que la manie ordinaire.

« La dame X... est d'un caractère vif, emporté, impossible à maîtriser ; son irrascibilité a été envers son père jusqu'à la fureur. Elle est juive, fort attachée à sa religion. Elle avait eu plusieurs altercations avec son frère, qui voulait épouser une chrétienne. Le jour de la célébra-

m •iviWIS'IKiHVE (iHIffliUkli m

tiondu muFiage, qdaiid elle le vil faire ife sigmie de la croix, elle fut prise do spasmes nerveux, lée maiu xj ; i(Je I itèle atroces- j ! '8çs^ Tpègtos! I «'«rrêtèreM siubiteanewli. So« eKattatibn -iftnir^itiKicpwJs ituîl joars, qtiâïid elle cacha dans sa robe des ëott-' verts d'argent, dans un restaurant où elle avalrl pris un repas. Elle ne se souvint pas de oê qu^èMe avait- faifc définis le mariage de sonif^èrei-etlne put • alléguer aucun . Tftotif pour' expliquer son a«tiopj\j3»,iiBluo'/ iup supiiftlaYri oJ^a-*^ isg in/îlns iioryoilàjbienmnè klefptomante ins*aBiaoi'e;aDfïsi autoraâtique que possible. On ne dit la lïialade qu'exaltée, mais le larcin dont elle est inculpée n'est-il pas un acte incohérent comnf^e ses idéosT Je n'y vo^s pas mêmeH dei k-teptotaianie . proptelùeflt dite. Elle a pris des Couverts commîe elle eût pu faire toute autre action, par distraction, par mégarde, si la pensée lui en fàt.wenqeji Bitte agissait comme dans un état de rève^ elle 'avait perdu la mémoire depuis le jour des noces de son frère; cette femme était folle, é^idenwiiept; sa volonté était troublée, coainie toutes sesil^it cultes, par la vive contrariété qu'elle avait éproiitvée. Elle n'avait pas plus de propension au^wô^

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