‹ La folle du lac d'OoChapitre 13 sur 59 · CE PETIT INSTRUMENT · texte numérisé non relu

CE PETIT INSTRUMENT

Tous connaissez un petit instrument Qu'un mot latin désigne avec emphase ; Mais savez-vous pourquoi dans une phrase Ce substantif se glisse insolemment?

C'est qu'en latin on brave impunément L'honnêteté sans longue périphrase.

Boileau l'a dit, et savons que Boileau One n'a menti qu'à l'égard de Quinault.

Quand il croyait donner les Amériques

Au monde ancien, Christophe lui donna

Quoi?... n'est le but de ces vers marotiques,

Mais si voulez des détails historiques,

François I^'" pour moi les fournira.

De tels cadeaux plus tard la conséquence

Chez les humains fut le dit instrument ;

La faculté par effort de science

Cettui forgea; mais femme seulement,

Lorsqu'elle a trop commis le sacrilège

De violer certain commandement.

De s'en servir possède privilège.

Depuis, dit-on, les malheureux Amours

Quittant bandeau, torche, carquois et flèches,

Plus n*ontosè, même auprès des revêches,

Sans cet outil aborder nos séjours.

Cettui fait voir vérité toute nue Dedans les corps ; au contraire le mien Dedans les cœurs fait pénétrer la vue ; Pouvez m'en croire. Un nécromancien De qui l'adresse ici n'importe en rien, N'a pas longtemps, me dit dans une rue : « Ami, tu sais combien la Faculté

De noirs brocards a toujours insulté Tout novateur par elle redouté, Et, pour jeter l'épée en la balance, De quels propos elle a rempli la France Contre Hahnemann, Raspaïl, Gall et Mesmer. Je veux céans te la faire connaître ; Prends-moi ce tube, il t'apprendra peut-être Que pas encor Gil Blas n'est en enfer. Il met à nu les arcanes de l'àme ; S'il sent un peu le fagot et la flamme , Ne sois surpris , il vient de Lucifer. » Dans mon ami je crus voir un Bramine, A ces mots-là, je crus voir un sorcier, Albert le Grand, Merlin ou Guillemine, Et je faillis courir au bénitier; Mais son départ fit cesser ma panique.

Or donc voulant l'essayer aussitôt.

Je mis à l'œil la lunette magique.

Dieu ! quelle scène empruntée à Callot ! Mille docteurs, qui se faisant la nique Et se pressant défilaient devant moi, Qui s'accusaient tous de mauvaise foi , Qui n'admettaient pas même la clinique,

Qui s'escrimaient comme des English men A démontrer qu'on peut sans examen Et coup sur coup prendre douze clystères , Qui, pour avoir l'air savant et profond, De mots chinois qu'ils ne comprenaient guères (Chinois et grec sont deux langages frères) Entremêlaient leur discours furibond.

Encore hélas î à mes pauvres oreilles.

Comme un lointain bourdonnement d'abeilles, J'entends vibrer cet abracadabra:

Hémiplégie, ostéomalaxie, Hémiplexie, apepsie, et phthisie, Bradyspesie , et hypocatharsie , Antipraxie, hystérie, asphyxie, Et dysphagie , et blépharoptosie, Hypérésie, et hypéresthénie, Et dyspepsie, et puis hémoptysie, Et puis un mot qui céans entrera Sans césure , hystéromotocie ! !

L'un me jetait un dédaigneux regard, L'autre en passant tirait sa langue épaisse , D'autres tout haut, comme un niais en confesse , Sur leur état daignaient parler sans fard :

« Ah! » disaient-ils « que de gens de mérite Dessus la terre auraient encore un gîte, Pas s'ils n'avaient d'un fameux médecin Bien cher payé le secours assassin !

Si Jean est mort, de jean c'est le destin, Répondra-t-on ; et, de par nos diplômes Avons le droit d'occire ainsi les hommes , Sans rendre compte à nul de nulle mort. Faudrait au moins , quand sommes en présence D'un moribond, que fussions tous d'accord Sur les juleps qu'emploiera la science Pour l'envoyer bientôt au sombre bord : Incertitude est fille d'ignorance En pareil cas. Sachez-le donc enfin, Tous nos sulfi , sulfates et sulfures Sont de vains mots pour expliquer des cures Où comme dans un livre de Cousin ; Nous voyons clair, c'est du perlinpinpin. Nous faisons long docto nostro corpôre Tout bonnement; et vous, peuple naïf, Tenez ensuite Hippocrate in honore y Et proclamez en termes de Baïf| Le doctieur, docte et doctime Ryff !

Allons , public , souffrez que l'on vous dise .... »

Et vous, souffrez que je ne dise point, Lecteur , où jusqu'alla cette franchise : La Faculté me montrerait le poing; Or je ne veux me brouiller avec elle.

Qui sait, demain , pour une érysipèle Si d'un docteur je n'aurai pas besoin ?

Mais quand quelqu'un désirant en cachette Voir tels qu'ils sont avocat ou nonnette , , Envie aura d'emprunter ma lunette Plus clairvoyante et plus sûre qu'Argus, Il peut venir frapper à ma chambrette Et demander messire jEinilius .

Toulouse.

LA PYRRHOCOmiADE

Certain poète avait fait à Toulouse Certain ouvrage où, dans des vers joyeux, Certaine dame aux roussâtres cheveux, Marchande honnête et malhonnête épouse, Etait citée. En Caton menaçant, II l'accusait d'avoir en sa boutique De Céladons au visage erotique Un bataillon sans cesse «rossissant.

« De volupté pendant qu'ils sont tous ivres, » Écrivait-il « son coffre-fort s'emplit ; De son commerce Amour lui tient les livres : Voilà pourquoi tant elle s'enrichit. »

Vite un ami lui porte cet ouvrage ; Tout ce qui peut bien vexer un ami Par les amis est annoncé, d'usage.

« Oyez » dit-il « ma chère , oyez céans Ce que sur vous cet écrivain débite , Mais riez-en, car des vers malséants A votre égard , sont des vers sans mérite. Votre chef blond qu'on admire en tous lieux N'est qu'un amas de roussâtres cheveux ; Pour retirer plus d'argent de vos guêtres Aux acheteurs vous ouvrez les fenêtres ; Et, selon lui, ma chère, vos clients, Tous furent , sont ou seront vos amants. Tenez, lisez l'abominable page.

Vous pâlissez, ma chère? » Le courage Las ! lui manquait d'en ouïr davantage. Or chaque femme, en face d'un péril , De l'éviter connaît moyen subtil.

Très-prudemment elle prend une chaise ,

Très-prudemment elle s'évanouit ,

Et , grâce aux nerfs, ainsi se met à l'aise.

Toutes le font et la nôtre le fit.

Holà! de l'eau, des odeurs, du vinaigre....

Une apprentie avance, et du corset

A sa patrone allonge le lacet ;

Patrone alors exhale un soupir aigre,

Et rouvre enfin un œil de soupe maigre.

Mais aussitôt l'excès de son chagrin

Fait éclater l'infortunée en larmes :

« Hélas ! » dit-elle , en tendant une main A son ami « Si voyez mes alarmes , Pas ne voyez ce qui me blesse au cœur. Je vous demande , après tout , que m'importe Que dans ses vers ce misérable auteur, De mes amours ait parlé de la sorte?

Les faits sont vrais , littéralement vrais': J'ai moult amants. A la foi mutuelle Si mon mari s'était montré fidèle , Épouse pure encor je marcherais ; Mais, papillon de toutes les charmilles, Du sexe entier il poursuit les attraits , De l'atelier il débauche les filles.

Or, pour punir ses noirs débordements, Moi je débauche à mon tour les clients. Ne sont-ce pas de justes représailles ? Là n'est l'affront.

Ce qui me saute aux yeux , C'est un seul mot, mot fatal , mot hideux, Mot que l'enfer vomit de ses entrailles. Le mot " roussâtre ". Adjectif odieux ! Mes cheveux blonds , de roussâtres cheveux ? Roussâtres , eux ? roussâtres ? Quelle injure !

Comprenez-vous, ami? Ma chevelure

Roussâtre elle est. Et mes épais chignons

Que le soleil dora de ses rayons

Roussâtres sont. Et mes charmantes tresses Qui sur mon cou répandent tant d'ivresses... Roussâtres sont. Et mes bandeaux mignons

Que mes amants dévorent de caresses

Roussâtres sont. Epouvantable mot

Qu'a dû laisser chez nous leVisigoth!

Rousse, roussâtre!... oh! pour ce mot "roussâtre'

Oh ! je voudrais me quereller, me battre,

Oh! je voudrais le tuer de ma main.

Ce griffonneur, ce scrihe, ce faquin,

Et lui tourner le poignard dans le sein ,

Et le forcer au bord de l'autre monde

A m'avouer que je suis vraifnent blonde ! »

ir

Quitte un instant ton soi-disant vallon , Muse des Grecs qui ne vis que de nom , Viens accorder ma soi-disante lyre; Et pour doubler la quantité de vers, Ce que la rime a fait nommer délire , Au lieu de l'eau qu'à des gosiers pervers Jadis offraient tes sources d'Hippocrène , Apporte-moi de cbambertin, d'Aï, De Malaga , de Bordeaux , de Fleuri , Apporte-moi quelque bouteille pleine.

Hui, nous allons célébrer dans ce chant Une excentrique et plaisante assemblée Rien que d'amants chez l'amante formée.

Trois jours après que l'ami complaisant A son amie eut porté le libelle, Notre héroïne à tous ses amoureux,

Afin d'avoir un colloque avec eux , Manda l'avis de se rendre chez elle.

Tous sans retard cédèrent à ses vœux ; Mais pour compter ici leur ribambelle , Leibnitz , Descarte , Archimède, Newton Peuvent venir des bords de l'Achéron Et suggérer à mon esprit rebelle Quelque formule, autrement je ne peux Faire tout seul ce calcul difficile.

De tous les coins et recoins de la ville On en voyait accourir : nobles, gueux , Tailleurs, rentiers, commis, bossus, boiteux L'un après l'autre arrivaient à la file. « Entrez , messieurs, dix centimes, deux sous, Courage , entrez, suivez! » Au bout d'une heure De ces Lyndors regorgea la demeure.

Pour recevoir son monde, la Roussâtre Allait , venait , et se mettait en quatre. Le magasin , l'arrière-magasin , L'atelier même arrangés par sa main^ D'un double rang de vieilles escabelles Offraient à l'œil vingt lignes parallèles. Chacun prit place et chacun étonné

Se demandait : « est-ce pour un dîné? » Vers le plafond, de cette foule immense Il s'élevait un bruit confus , intense.

Enfin la belle amena le silence , Et , d'un air fier comme l'air de Junon , De ses soldats passa l'inspection.

Sémiramis , Hachette , Catherine Et la Pucelle avaient moins bonne mine. Lorsqu'elle a fait plusieurs tours et détours, Pour qu'aisément de l'une et l'autre salle Puisse chacun entendre son discours , Au beau milieu cette reine s'étale :

« Mes petits choux » dit-elle « vous savez Les tristes heurs qui me sont arrivés.

J'ai moult soûlas en si grave occurrence De voir que nul de vous n'a fait carence, Du moins parmi les Toulousains; céans M'importent peu tous ceux du voisinage.

Vous voici tous , Tyroglyphe , Artophage , Artepiboule, Agriodos , Phal^ns , Lichopinax, toi gentil Pternophage , Toi Dexénor qui fus pendant trois ans Le Barbe-Bleue exécré des amants ,

Toi Péléon dont l'amour homérique Vendit tes cuirs pour fonder ma boutique , Toi Lichénor avoué rachitique Qui dépensas maint et maint bel écu Pour compenser l'ennui d'être bossu , Et toi savant , habile Embasichytre , Grand professeur de qui neuf cents leçons M'ont amenée.... à signer mes deux noms , Et toi Toxarte , adorateur en titre Depuis deux jours, qui sais de mon mari Croître la corne et rapiécer l'habit, Vous voilà tous; Psicharpax, Pternoti'octe , Méridarpax avec Cnissodiocte Sont aussi là. Bien , bien ! L'empressement Qu'avez montré prouve que j'en suis digne; Vos cœurs brûlés du même sentiment, Unis en moi , ne font qu'un cœur d'amant.

Adonc, chéris, de ce volume indigne Que pensez-vous ? Piailler mes cheveux blonds N'est-ce point là le plus grand des affronts ? Mé/ûtaient-ils une telle épithète?

Ah ! désormais du courroux d'un poète Que Dieu me garde ! Il pouvait dans ses vers

De mes amours rire à tort , à travers.

Là du pardon il était sûr d'avance ,

Car mes galants onc ne m'ont fait rougir :

J'ai mon principe, ils sont la conséquence.

De Messaline hélas ! la gloire immense

Plus d'une fois m'empêcha de dormir !

Feu la Ninon , la Manon , la De Lorme ,

Phryné , Laïs , Aspasie et consorts

Ont dans l'histoire un paragraphe énorme ,

Et j'ai tenté par d'incessants efforts

De les atteindre! Est-ce mal? Suis-je vile?

Suis-je coupable? Et du reste un amant

Pour la toilette est une chose utile.

Si donc ce mot, ce gros mot.... » Un moment

Elle s'arrête et trépigne et soupire ;

Et les témoins ne sachant trop que dire

Se contentaient d'écouter l'hétaïre.

« Las ! » reprend-elle « ai-je donc la douleur De n'avoir pu rencontrer un vengeur?

Vous prétendez que le dit opuscule Est sot, est fol j.est bête, est ridicule ; Et parmi vous quelqu'un a-t-il l'esprit De riposter par le plus mince écrit?

Là de mes maux se trouvait le dictame.

Un grain de sel dans un simple sonnet,

Une piqûre au bout d'une épigramme,

Pour me venger aurait cent fois plus fait

Que tous vos cris, tous vos coups que je blâme,

Et que chacun de vous m'offre pourtant.

Vos cris , vos coups ne me vengeraient guère :

Les cris , c'est bon pour un représentant ,

Les coups, c'est bon pour un wigh d'Angleterre.

Quoi ! mes amants ne peuvent me servir , En m'amusant un peu , qu'à m'enrichir ! Vous tous qu'ici même pensée assemble , Quoi ! ne sauriez faire un distique ensemble ! Quoi ! je ne puis tirer de vos cerveaux Un seul quatrain calqué sur Marivaux !

Et cependant vous formez une armée Devant laquelle eût cédé la Crimée.

Trop oubliez que dans le temps ancien Les prétendants de dame Pénélope Faisaient des vers en lui mangeant son bien. Oh! quel malheur est aujourd'hui le mien! Que n'ai-je pu dans le café Procope Vous recruter ! » A ces mots derechef,

En sanglotant elle penche le chef; Or cette fois fut chose générale , Car Jérémie est communicatif.

Des assistants la glande lacrymale Eprouve enfin un prurit excessif; Leur lèvre tremble, et dans toute la salle On n'entend plus que des gémissements , Des crachements , grincements , mouchements Renouvelés d'Énée et de Tantale.

Tel, autrefois, chez les Grecs bien bottés, Pour une drachme on engageait des filles Qui près d'un mort , par des pleurs achetés Représentaient le regret des familles.

Donc ces bourgeois , à défaut de talent Pour imiter Gilbert, Boileau , Horace , Et pour jeter un ïambe à la face , Dedans leur cœur avaient bon sentiment Et gémissaient. Il est très regrettable Que Jupiter , depuis mille ans et plus ,

Dans son Olympe , à côté de Vénus , Ait pour toujours cessé de tenir table , Car ce Dieu Belge ores s'empresserait , Comme iLle fit à des nymphes d'Athènes , De transformer nos héros en fontaines.

Toulouse au moins à cela gagnerait.

De voir ainsi le cercle qui pleurait , La belle sent diminuer ses peines.

« Allons ! calmez si nobles désespoirs , Fanfans » dit-elle « et rentrez vos mouchoirs. Nul n'est méchant parce qu'il sera bête , Vous le prouvez, et j'en suis satisfaite. Si la vengeance est le plaisir des dieux , Pas elle n'est celui d'une marchande.

N'en parlons plus ; songeons à mes cheveux , Moult j'ai souci de m'entretenir d'eux, Et c'est pour eux qu'aujourd'hui je vous mande^ Vous connaissez cet illustre ténor Qui fit sauter au plafond sa cervelle Pour un sifflet. La race humaine est telle : Si tout ne plie aux genoux du veau d'or, Si son éclat aux peuples n'en impose En toute épreuve, en tout temps, en tout lieu.

Sur son autel le veau d'or n'est plus dieu ; Pour une épine on rejette la rose.

Ainsi de moi : je plais à mille , un ose Me dédaigner. Vite, vite, cherchons Contre cettui philtres , catholicons ; Et puisqu'il a dans la même brochure Tant célébré des filles d'Albion La vaporeuse et douce chevelure , Tâchons d'abord, dans cette conjoncture, De rendre un peu mon incarnat plus blond. »

Si large idée au fameux Lapalisse Eut fait envie ; en applaudissements Aussi se fond la tourbe des amants ; Voire quittant leur air pleureur et nice, Tous en gaieté tant et tant font de bruit Qu*on aurait dit club de Quarante-Huit.

Chacun tout haut donne sa panacée, Et veut la voir aux autres préférée.

De prospectus, d'affiches, de journaux Toute une pile est lue et compulsée; On énumère au moins cent sortes d'eaux : L'eau bahamaj Veau mésopotamique ^ Et Veau divine, et puis Veau balsamique ^

Et puis, venant du latin et du grec,

Veau philocome et Veau capilophile^

Et Veau qu'au temps des fleurs Cannes distille,

Cannes au ciel plus beau que " la Grand'ville",

Cannes où croît le palmier de Québec

Bref, dans les eaux ils se tiennent le bec.

Nous, nous tenons la fin de l'épopée.

Ce qu'il me reste à dire, cher lecteur, Est un miracle auquel le chroniqueur Croit comme à ceux de son prédicateur.

Voici le fait : pendant que l'assemblée, Touchant ces eaiix^ comme un long parlement Était en proie au long enfantement D'un simple avis, au fond du bâtiment Un sourd murmure éclate ; la muraille Se scinde en deux ; une pâle lueur Brille ; l'on sent une sauvage odeur D'ail et de soufre ; et d'un monstre rieur On aperçoit la gigantesque taille.

A saint Michel un tel rire eut fait peur. Or de ce rire affreux, méchant, rtioqueur

Le susdit monstre accablait l'assemblée ; Figurez-vous si gaieté fut troublée.

' Vous eussiez vu ces pauvres Dons Juans S'entrejeter des coups-d'œil délirants.

Dans tous les coins la plupart se blottirent, Sur l'escabeau plusieurs s'évanouirent, L'un d'eux d'effroi faillit faire un sonnet,

Un autre Bref le monstre avait des griffes,

Des pieds crochus comme ceux d'un chenet. Et sur le dos des ailes d'hippogriffes, Et des serpents en guise de bonnet, Et, par dessus, deux grandissimes cornes Comme jamais n'en eurent les licornes.

Ce que voyant, notre groupe marri Pensa d'abord que c'était le mari.

C'était le diable, oui, le diable lui-même. Vers la Roussâtre il s'avance. Elle est blême De terreur. « Fille, ô ma fille, » dit-il « Sache-le bien, à Fadamique pomme Quiconque mord sera toujours gentil ; Plus que beauté luxure attire l'homme.

De tes cheveux ainsi le teint, en somme ,

Ou roux ou blond ne change rien en toi.

Mais lorsqu'on damne autant de gens pour moi,

A mon enfer on peut faire la loi.

Je m'en vais donc exaucer ta prière.

N'écoute pas ces muscadins, ils n'ont

Pas plus d'esprit que le banquier Biscon ;

Marche à la Pomme, entre chez ce libraire

Qui des marquis lèche tant la poussière ;

Tu trouveras par tout son magasin

Force in-quarto sur Germaine Cousin,

Tu trouveras de Veuillot et de Gaume,

Par ci par là, maint catholique tome,

Tu trouveras comme un palladium

Des Pères Saints le saint Compendiibi,

Tout ce qui sent, en un mot, l'eau lustrale ;

En te signant entre-z-y ; va chercher

De cette prose ennuyeuse et banale

La quantité qu'il faut pour un bûcher

De la grosseur d'un ventre de vicaire.

Sur ton comptoir le tout entasseras.

Puis, couronnant la pile incendiaire

Avec le gent et coupable exemplaire ,

Le feu toi-même au papier tu mettras,

Puis , pour former un philtre à la Cassandre,

Dedans du rhum tu pétriras la cendre, Et sur ton chef passeras dès ce soir Cette pommade, au lieu de tant d'eaux sottes. Salut , ma fille , ou plutôt au revoir. » Où?.... Mieux que moi le savent les dévotes.

Comme au sermon , sitôt que le curé A bout de force et de latin s'arrête, Dans l'auditoire éclate une tempête, Dès que messer Satan s'est retiré.

Un bruit de voix qui fait craquer l'imposte Ebranle l'air du zénith au nadir :

C'étaient nos coqs qui chantaient de plaisir De plus n'avoir devers eux pareil hoste. Or, cependant qu'ils forment ce concert, L'un , plus léger que le léger Auster, S'esquive et court acheter l'holocauste.

Le temps qu'il faut pour le péché d'amour, Au messager suffit pour son retour.

Coamoureux, allons! faites silence, Regardez bien: le spectacle commence.

Sur un fragment de ce pie Univers Dont l'Empereur purgera l'univers,

Ayant rangé vingt volumes divers Entremêlés de billets de confesse, Elle y posa la brochure traîtresse.

Bientôt la flamme au plafond s'éleva , Brilla, tourna, pétilla sans relâche; Or, d'Abraham si l'on retint la hache, Le sacrifice ici tout s'acheva.

Les pauvres vers! Et dame Polyandre Avec liesse en ramassa la cendre.

One elle n'eut, à cette occasion.

Pu supposer qu'une intervention Viendrait d'en haut ou d'en bas à son aide. Qu'un tel docteur baillerait tel remède Pour obtenir des cheveux de Suède ; Aussi la^joie apparaît dans ses yeux.

Que résulta d'un fait si curieux?

Pas je ne sais si les dits amoureux Ont conservé leur engouement extrême , Mais l'an prochain dans un autre poème J'annoncerai des roussâtres cheveux Si la couleur est encore la même.

Toulouse.

Page 1