MA BRUNE
Oh! ma brune , oh ! qu'elle est belle. Quand son ardente prunelle Lance un éclair pour aveu ; Qu'elle est belle sur sa couche ; Qu'elle est belle , quand sa bouche Me couvre de baisers de feu !
Qu'elle est belle , quand la foule Sous ses fenêtres s'écoule Pour la voir, pour l'admirer; Au bal où , loin des quadrilles , Les jalouses jeunes filles îSe viennent que pour soupirer !
C'est qu'elle est belle, ma brune Oh'! bien plus belle qu'aucune Des déesses du sérail ; C'est qu'en sa main si jolie Tous les sultans de l'Asie Laisseraient toujours l'éventail ;
C'est qu'elle est douce et fidèle , Vive comme la gazelle Qu'ont vu naître les déserts; Et lorsque l'amour l'enflamme Elle ressemble à la lame Qui déchire le sein des mers ;
Et je l'aime : elle est si belle , Lorsqu'à genoux devant elle Je guette quelque soupir, Qu'un baiser vaut un sourire , Qu'en nos transports de délire Ses étreintes me font mourir ;
Et je l'aime : en sa présence Notre éphémère existence Me semble un bienfait divin ;
Et je l'aime et je l'adore ,
Comme l'ange de l'aurore
Qui vient soulager mon destin.
Oui , je t'aime , ô ma maîtresse , O l'objet de mon ivresse , 0 la rose de mon cœur :
Je partagerai ta flamme Toujours , toujours , car mon âme Sur ton sein trouve le bonheur.
Can:es , 1853.