‹ La folle du lac d'OoChapitre 49 sur 59 · LE MISTRAL · texte numérisé non relu

LE MISTRAL

Quel est ce bruit ? sur ces vitrages Quels sont ces sifflements sauvages ?

Quels sont ces discordants concerts ?

Dans les champs , dans la ville entière Un rideau mouvant de poussière Parfois obscurcit la lumière ; L'àme est triste , les quais déserts.

Savez- vous pourquoi les murs tremblent?

Pourquoi les grands oliviers semblent , Comme au triomphe d'un rival , Courber leur gigantesque tête ?

Pourquoi la voix de la tempête D'échos en échos se répète ?

■Pourquoi cela ?.... c'est le mistral ;

Le tyran de notre rivage , Le mistral ! Ecoutez : il rage ; On croirait que tous les dénions Jetant contre l'espèce humaine Un cri de menace et de haine , Joignent leur formidable haleine Pour déraciner tous les monts.

D'où vient ce voyageur sinistre ?

Serait-ce le fatal ministre D'une fatale déité ?

Ou bien est-ce l'antique Eole Qui reprend sa royauté folle Et que brave sur notre môle L'écume du flot irrité ?

Rocs , maisons , Tour , bois , faites pîace

Pour chemin il lui faut l'espace.

Voyez : pas un nuage aux cieux ;

La mer devant lui se replie ;

La vague aux vagues se relie ,

D'un boa de la Colombie

On dirait le dos sinueux ;

Les mâts du vaisseau qu'il incline Comme l'arche qu'un fleuve mine Craquent ; sous son souCQe puissant La voile flotte et se déchire Mieux que le simple cachemire D'une jeune fille en délire Sous les doigts fiévreux d'un amant.

Femme , va prier sur la grève , Remplace un cierge qui s'achève :

L'abîme est grand , le vent est fort Le marin au loin n'a personne Que ta prière et la Madone ; Promets une belle couronne Pour qu'elle l'arrache à la mort !

Plusieurs fois le soleil au monde Ramène sa chaleur féconde , Et toujours rugit le mistral :

Aussi , libres de sa colère Lorsque les pins peuvent se taire Que de débris jonchent la terre , Encens offert au dieu du mal ! !

Tous ces conquérants honiicitles Que suivaient des bandes avides Kn ont moins semé sous leurs pieds Souvent il brise dans la plaine Une branche d'olives pleine Où riroquois pourrait sans peine Se creuser des canots entiers.

Abattis , décombres , ruines :

Il a passé sur nos collines Comme le simoun autrefois Sur les phalanges de Cambyse , Comme la nuée indécise Sur Gomorrhe au banquet assise»

Comme la honte sur les rois !

Cannes, 1854,

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