‹ La folle du lac d'OoChapitre 54 sur 59 · LA MDBT DE MA SŒUR · texte numérisé non relu

LA MDBT DE MA SŒUR

Morte , ma pauvre sœur, quand de fraîches couronnes

Semblaient orner son avenir , Quand du haut des autels les pieuses Madones

Semblaient sourire et la bénir ,

Quand d'un époux chéri les fidèles caresses De son passé séchaient les pleurs ,.

Et dans un horizon tout brillant d'allégresses S'épanouissaient mille fleurs ,

Morte si promptement , au malin de la vie, Morte, morte loin de mes yeux,

Sans qu'un dernier baiser distrait de l'agonie M'ait fait le dernier des adieux

A peine de l'hymen la torche est allumée

Et la Mort paraît sur le seuil , Et la robe de noce est déjà transformée

En suaire pour le cercueil.

Affreux destin ! 0 Dieu , dis-nous pourquoi de l'homme Le cœur se brise à tous les vents ;

Les larmes qu'il t'adresse ont-elles un arôme Plus doux que celui de l'encens ?

Le jour où ton regard nous montra notre place Au bout des vastes régions ,

Le monde essuya-t-il , en traversant l'espace , L'impure haleine des démons ?

Peut-être par pitié ta sainte Providence Aura-t-elle voulu , Seign.ur,

A son âme épargner quelque grande souffrance Écrite au livre du malheur?

Tu viens de la juger digne de tes phalanges : Dès lors ni vertu , ni beauté ,

K\ jcunes-e , ni vaux , ni plaintes , ni louanges N'ont retenu ton bras levé !

Par ton ordre divin , d'étoiles en étoiles Descendue ici-bas , la nuit ,

Le corps enveloppé de mystérieux voiles, Penchée au chevet de son lit ,

Sans doute à Marceline a parlé notre mère :

« Viens , ma fille , quitte ces lieux , « Du sentier parcouru secouant la poussière ,

« Si le fruit de ton sein dédaigna l'existence

u Qu'il recevait de ton amour , « C'est que lui seul devait te préparer d'avance

« Un nimbe au céleste séjour ;

« Viens , et je t'offrirai pour bijoux les étoiles ,

« Pour demeure l'immensité , « Les brumes du matin pour diaphanes voiles ,

« Les prières pour volupté;

« Viens , là-haut tu seras à l'abri des désastres ;

« Les anges te diront : ma ?œur; Et bien loin , sou^ tes pieds t'apparaîtront les astres « Roulant au souffle du Seigneur ;

« Viens , viens , au tendre époux qui pleurera ta perte (( Nous enverrons des rêves d'or,

« Et sur la triste couche où ta place est déserte « Tu pourras le revoir encor ! »

Et notre sœur , séduite à ces belles promesses S'écria : j'y vais , et soudain

Elles ont pris leur vol vers les saintes ivresses, Riant et se donnant la main !

Et nous qui l'aimions , privés de sa présence , Longtemps nous aurons à gémir :

Insecte , oiseau , cyprès , brise , faites silence , Laissez sa dépouille dormir ! !

Toulouse , juillet 1855.

Page 1