SÉBASTOPOL
Sous le drapeau tricolore Va réchauffer cœurs et bras De vous j'ai besoin encore.
(de Béra>ger.)
Sébastopol est pris, gloire , gloire à nos braves ! Vainement la Russie à ses troupeaux d'esclaves Contre nous fit tremper les armes dans le fiel , La ville aux murs d'airain par des géants fondée A ces autres géants qui l'ont escaladée Sert de marche-pied vers le ciel !
Ils ont fui : l'incendie éclairait leur retraite , Et pendant que la mer comme dans la tempête A leurs vaisseaux coulés ouvrait son vaste flanc
Les zouaves , héros dont doutera l'histoire , Plantaient notre étendard si cher à la Victoire Sur Malakotî encor fumant !
Ah ! tu croyais , ô czar , que l'Europe asservie Dans une coupe d'or , œuvre de son génie , T'offrirait la sueur de vingt peuples nouveaux , Et certain d'opposer le nomhre à la vaillance , Sur la carte déjà tu calculais d'avance Tes conquêtes par tes rivaux !!
Tu ne voudrais qu'un Dieu, qu'un empereur, qu'un pape. Afin qu'au monde entier permettant une agape Tu pusses pour toi seul garder tous les festins ; Devant les rois vaincus passant la tête haute Tu voudrais renverser du talon de la hotte Tous les dieux Termes des chemins :
Mais la France , éveillée aux sons du boute-selle , La France te combat — et reine , grande et belle , Un pied sur ta poitrine et le front dans les cieux , De Jéhovah lui même empruntant le tonnerre , Elle te tient meurtri dans les champs de la guerre Comme un reptile venimeux !
Tes noliles , 'tes boyards , stupide valetaille , S'honorent du mépris de la sainte canaille , Aussi pour les défendre , elle n a pas de cœur : Le mot de liberté qu'ignore son oreille Lui peut-il inspirer dévouement et merveille ? Le knout fait toute sa valeur.
Liberté , liberté !! Jamais cette déesse , Jamais dans tes déserts où l'on meurt de détresse , Jamais ne se verra dédier des autels : Elle veut pour vestale une humble roturière , Elle veut pour encens la joyeus;3 poussière De l'écroulement des castels.
C'en était fait des arts ! Et la Prusse et l'Autriche Ménageant à la fois le pope et le derviche , Attendent l'arme au bras le prix de nos efToris ; Tant mieux ! on a montré sans elles du courage , Sans elles les beaux-arts sont sauvés du naufrage , Sans elles on a pris les forts !
Et lorsque dans les airs les clairons , les trompettes , Les hymnes , les tambours , les cris , les bruits de fêtes Chantèrent la Victoire ouvrant Sébastopol ,
Moscou vit frissonner ses plaines reculées : De nos pères c'étaient les ombres consolée s Qui se remuaient sous le sol ;
Et lorsque a retenti le bronze au^ Invalides , Le Guerrier de l'Empire avec des yeux avides , Couvert d'un vieux drapeau comme d'un mantel d'or. Vers les remparts conquis prenant un vol immense , Est allé contempler ces succès de la France , Si grands qu'ils réveillaient un mort !
0 Stamboul , libre encor , du haut de tes murailles , Admire ces flots purs déroulant mille écailles Q.:e la lune le soir transforme en diamants , Tes jardins de palmiers , tes bois de sycomores , Et ton ciel sans nuage , et les palais des Mores , Et la mosquée au marbres blancs ;
Dors , fille des Césars , an sein de tes portiques , Entoure-toi de fleurs et de tapis lubriques , Des nuits de l'Orient goûte tous les parfums : Notre aigle aux minarets pour toi fait sentinelle , Pour toi le léopard grince une dent mortelle Contre les vautours importuns !
Et maintenant , du fond de ces lointains rivages L'avenir ne peut plus nous montrer tant d'orages L'aigle noire des czars fuira vers les glaçons , Et là de garde-chiourme usurpant le bv.'au rôle , Pour conduire des serfs et dominer le pôle Aux serres tiendra des bâtons !
Toulouse septeniLre î8o5.