STANCES
kS% '^na c&uétne c5^. &t<Qccaa.
C'était l'heure où sur cette terre L'homme d'un repos salutaire Goûte le bienfait précieux , L'heure où dans tout l'espace immense Des pieds de Jéhovah s'élance L'hymne grandiose des cieux.
Nous partons : la rame fidèle , Comme dans les airs de son aîle Se dirige au loin le condor, Du quai Saint-Pierre nous enlève Et sur chaque vague soulève Une humide poussière d'or.
Nous fuyons : le sein d'Amphitrite Et s'ouvre et s'abaisse et palpite S JUS les coups de nos avirons ; Bientôt disparaissent ri\age , Arbres , châteaux , obscure image De nos gracieux environs.
Nous voguons , nous voguons encore Lorsque dans l'orient l'Aurore Ouvre ses portes de cristal Et semble sur la côte entière Mettre une frange de lumière Comme sur un manteau roval.
Enfin notre légère barque Touche la rive et nous débarque A la vieille Néapolis , Sombre manoir, ruine antique Où le châtelain despotique Dort sous les donjons démolis.
Vous savez , quand nous arrivâmes Morphée encore dans vos âmes Distillait ses subtils pavots ;
Nous dûmes longtemps vous attendre Jamais vous ne pouviez descendre :
La toilette a tant de travaux.
Vous rappelez- vous cette entrée De tant de bravos saluée , Puis I armi les chants et les cris ^'otre déjeuner qui s'apprête Et le bouquet de votre fête Aux nombreux œillets si jolis?
Et notre départ pour le&îles , Vos airs aidant nos mains agiles L'abord contre le rocher vert , Le bédouin dont l'œil sauvage Loin des sables de ce rivage Cherchait les sables du désert ?
Dites, vous souvient-il encore Des pins séculaires que dore Le rayon de l'astre brillant , Du genêt cueilli sur la plante , De notre gaîté si bruyante , De nos pieds aux rocs vacillant?
Du noir marabout en prière , A genoux sur la même pierre Qu'autrefois le Masque de Fer, Du cimetière poétique Où ce pauvre enfant de l'Afrique Se lamentait avec la mer ?
De Saint-Honorat , l'île sainte , Saint-Honorat et son enceinte De ruines et de tombeaux ?
Des restes du castel antique , Lieux sacrés , pieuse relique Qu'on dirait gardés par les eaux ?
Et des colonnes de porphyre Dont la grandeur n'a pu suffire A combattre contre les ans ; Et du palmier de la légende Dont le front tout courbé demande Une foi de petits enfants ?
Dieux Pénates de ces décombres , Des moines les timides ombres Habitent le mur crevassé ;
ISiille voix sous la voûte immense , Kul écho , tout dort : le silence Est l'expression du passé.
Le soir une douce tristesse Remplaça notre folle ivresse :
Au cloître avaient gémi les vents , Et nos pas avaient sous le lierre Remué la sainte poussière D'un ancien peuple de savants.
La nuit tombait , nous reparti mes , Les lames alors sur leurs cîmes Firent craquer mâts et bateau , Le mistral siffla plein de rage , On craignit de faire naufrage :
Ce fut là l'ombre du tableau.
Joyeuse et rapide journée !
Le Temps l'a vite moissonnée , Plus vite encore elle nous fuit , Mais son souvenir dans mon âme Sera toujours en traits de flamme Comme un astre isolé qui luit !
Cannes
tPâ <LJÙac/e'.
aoremocôeite
Hier, je rêvais près du flot solitaire Où se miraient les étoiles en feu , Et tout-à-coup du pied poussant la terre Je m'élançai vers le trône de Dieu ;
Et là je vis sur les lèvres des anges Percer la joie en sourire éternel :
Dans leur amour, au lieu de mots étranges , Us échangeaient un baiser fraternel.
Et je me dis : pour goûter plus de fête Que ces esprits, ces élus du Seigneur, Il me faudrait le temps que la tempête Met à briser l'épi du moissonneur ;
Je ne veux pas la puissance et la foudre , Je ne veux pas les prestiges de l'or, Ni des lauriers pleins de sang et de poudre , Ni le génie à l'immortel essor ;
Contre le cœur d'une tendre maîtresse Qu'un seul moment puisse battre mon cœur, Et de mon âme en contemplant l'ivresse , L'ange â son tour enviera mon bonheur !
Cannes, 1849.
cP^ ^Û a(/e<?^^i^:)iàe//6 9& .
Lorsque vers moi ton front s'incline Comme le lys de la colline Sons les gouttes d'or du matin, Lorsque j'ai tes mains dans ma main Que mes lèvres audacieuses A tes lèvres si gracieuses Dérobent un baiser divijn ,
Que je respire ton haleine , Que ta chevelure d'ébène De ses boucles effleure à peine Mon visage qui te sourit , Que sur toi mon regard se pose Comme l'abeille sur la rose , Comme un passereau sur son nid ,
Et que nous devisons ensemble D'un amour plus pur qu'une fleur :
O ma chère , alors il me semble Que les seuls moments de bonheur Sous les brocarts et sous le chaume , Ici-bas se comptent à l'homme Par les battements de son cœur !
Cannes. 1850.
cPo^ ^fiOaaemacéôi
Les blanches vagues sur la grève
Venaient expirer tour à tour ,
Et leur voix qui n'a pas de trêve
En berçant mon cœur d'un doux rêve ,
M'entretenait de ton amour.
Quand le zéphyre , dans la plaine Que dore le déclin du jour , Caressait les feuilles du chêne , Le bruit léger de son haleine M'entretenait de ton amour.
Les chants joyeux que l'hirondelle Modulait sur la vieille Tour
Où la nuit s'abrite son aile Et les accords de Philomèle M'entretenaient de ton amour.
L'eau qui bruissait sous la verdure Où s'égara le troubadour , Chaque soupir, chaque murmure , Chaque souffle de la nature M'entretenait de ton amour !
Cannes, 1850.
cpé^ ^iâ/^tc rS^a^e.
Félix , oh ! felix qui pectore vivit amici
Tes caresses , ami > viennent sécher mes pleurs , Tes fraternelles mains ont jeté quelques fleurs
Parmi les ronces de ma vie ,
Oh ! merci ! Mon âme ravie Oublie auprès de toi ses précoces douleurs.
De mon cœur mon amour déborde ;
Comme au doigt qui touche une corde
La lyre rend des sons divins , 11 me semble à ta voix apaisant mes chagrins
Qu'ici-bas les cieux se découvrent , Et je crois au bonheur et mes lèvres s'entr'ouvrenl
Pour remercier les destins.
Cependant l'ennui nie dévore , Mon cœur ne pourra plus battre long-temps encore , Ma nef sans avirons s'égare sur les eaux , Je languis, la langueur me rend la \ie amère ,
Je ne suis point t'ait pour la terre ,
Je soupire après les tombeaux.
Mais quand pour moi le glas, de ses plaintes funèbres
Comme un râle au fond des ténèbres
Fera vibrer la vieille tour , Au moins j'emporterai ta suave mémoire :
Si Dieu me refuse la gloire
J'aurai possédé ton amour !
Aix, 1852.
=Jr a '^40e7zrAa7i/e a éG7i ^nien .
Pauvre animal , toi dont le zèle Dans l'infortune m'est fidèle , Viens , viens consoler mes douleurs Viens japper , bondir d'allégresse , Toi que dans ces jours de détresse Si souvent je baigne de pleurs!
Il fut un temps où j'étais reine , Où l'amour avait à ma chaîne Attaché captifs tous les grands , Et maintenant je trouve à peine De la pitié chez les passants.
A mes pieds j'avais un ministre Qui prodiguait son or pour un désir léger
Aujourd'hui , présage sinistre !
Nous n'avons pas de quoi manger.
Mon cœur ardent battait sous des voiles de gaze , La soie et l'édredon protégeaient mon sommeil Et des courtisans en extase Venaient attendre mon réveil ,
Et maintenant sous ces guenilles Mes vieux os s'agitent de froid :
Ce que je gâtais en vétilles Hélas ! nous donnerait un toit.
J'avais dans mon palais de brillants équipages Dont un baiser était le prix , J'avais des esclaves , des pages Au moindre caprice soumis ,
Mon regard en colère assassinait un homme , Mon sourire d'un autre égayait le destin , Et maintenant leur fils avec mépris me nomme , Et maintenant, la nuit, je pose sur le chaume Mon front ridé par le chagrin !
Que reste-t-il ? que vois-je autour de moi ? Misère Ronces qui déchirent mes pas , Honte , remords , douleur amère , Et sur cette terre étrangère Tout le malheur des Parias.
Et toi seul bientôt sur ma tombe Où toute vanité succombe , Tu feras entendre des cris ; Loin de tant. d'amis des richesses , Ami vrai , toujours tu t'empresses ; Tu ne fuis pas mes cheveux gris , Tu n'as point réglé tes caresses Sur le luxe de mes habits !
Cannes, 1852.
tS^ Ly/6ac/em(>eje/!^. ^.
Il parlar che neiranîma si sente.
(PÉTKABait.)
L'alcyon qui fuit les rivages Confie au souffle des orages Le soin de bercer ses amours ; Et l'hirondelle passagère Tous les ans joyeuse et légère Revient chanter aux mêmes tours
L'un aux flots demande un asile , L'autre sur un chaume tranquille Vient de l'hiver fuir la rigueur, Partout on- s'aime sans mesure , L'amour fait vivre la nature Et fait partout battre le cœur.
Et moi j'aime , et toute mon àm« S'anéantit dans cette flamme , Je suis esclave de ma foi , J'aime , je languis , je soupire ; J'aime , j'aime jusqu'au délire.
Et tout cet amour est pour toi.
Oh ! combien de fois ta pensée Dans mes longs rêves s'est placée Comme une fleur sur mon chemin , Que de fois ta riante image Dans un voluptueux mirage A semblé me tendre la main ;
Que de fois sur ton sein candide J'ai cru coller ma lèvre avide Et boire l'amour à longs traits , Et que de fois , ma toute pure , J'attachais à ma vie obscure Ta destinée et tes attraits !
Mais hélas I ce plaisir s'écoule Et nul oracle ne déroule Les mystères de l'avenir :
Un mortel pourrait il nous dire Si le destin doit nous sourire , Si nos astres doivent s'unir?
Le ciel toUjOurs me crie : espère Chacun pour soutien sur la terre K'a-t-il pas un ange avec soi?
J'espère donc , mais de ma vie Je donnerais une partie Pour que cet ange ce fut toi !
Cannes. 165^
cPc? icne ac^^
tce.
Le théâtre sans vous , madame , Devient un triste amusement; Mais dès que vous entrez , mon âme Contre ce dégoût d'un moment Trouve un délicieux dictame Dans votre sourire charmant.
Vous entrez , et les plus rebelles De bâiller finissent soudain , Vous entrez, et parmi les belles Je vous cherche une égale en vain , Car laissant l'ennui derrière elles Les Grâces vous donnent la main ;
Plus brillant que la luciole , Votre œil noir attire et confond , Vénus envierait une épaule Où les Ris se groupent en rond , Et le talent d'une auréole Entoure votre joli front ;
Et ce que mon aveu respire D'enthousiasme louangeur , Ce que pour vous chante ma lyre , Parfum qui retourne à sa fleur, Mon âme heureuse me l'inspire , A moins que ce ne soit mon cœur î
Aix, 1853.
cPc' une ae?n.&€-éeue ^^oTnan^ft-aue,
Tristior in ramis !uge pliilomela dolorem Heu! suus est misero nec mihi fidus amor!
0 mon bel ange ,
Quand je T'aperçus pour Le premier jour ,
Pour toi mon âme
A me Rendre idiot Brûla bientôt.
— Jiil
Ta gentillesse
Et ce Regard fasci- Nateur et si
Doux , ton épaule
Molle Ou je puisais Mille baisers ,
Ton sein candide ,
Dit de Neige en blancheur Et ta douceur ,
Gage De nos serments De vrais amants ,
Et tant de charmes
D'armes :
Tout contre ma Raiion s'arma.
« Tout , ô Clélie ,
« Lie , a Dis-je en émoi , « Mon sort à toi. »
Notre existence
En ce Moment coulait Comme du lait.
Mais dans la tombe
Tombe Tout , depuis lors Tes feux sont morts.
Et moi je t'arme ,
Même Quand la froideur Est dans ton cœur :
Je te souhaite
Fête, Santé , vin , gant , Bal , robe , argent
Que chacun t'aime ,
Sème Tes pas de fleurs Loin de mes pleurs
Que l'on t'adore
Au recoin d'un sérail D'or et d'émail ,
Comme à la Mecque
Et que Un beau muphti Te die Houri î
Aix, 1853.
(L.4'{!^o'}i<iceu?^ c
Voici le jour de votre fête :
Le plus harmonieux caquet Pour vous la souhaiter parfaite Dirait bien moins que ce bouquet.
Nous vous l'ofifrons , mais à l'oreille Nous vous rappelons qu'un gourmet Trouve dans le jus de la treille Un autre genre de bouquet ;
Vos caveaux remplis de mystère Le sont aussi de vin sablé »
C'est pourquoi nous voudrions faire Un simple échange de bouquet.
Ail, 1854.
(lP& ^na ôœar- <iyf'balce/c7ze.
L'hymen en tressant sa couronne De notre sœur pare le front ; Ce soir le Champagne bouillonne Les verres circulent en rond ;
La joie est ?ur tous les visages ; L'Amour qui préside au festin Pour égaliser tous les âges Met la jeunesse dans le vin.
Pourtant une douleur secrète De nos cœurs comprime l'élan , Hélas ! noire mère à la .fête Ne peut pas béuir son enfant.
— I.jG —
Mais ne va point , triste et timide Croire un augure malheureux , Au banquet si sa place est vide , Elle te contemple des cieux ;
Et puisque Olivier «e dispose A t'orner de lieurs l'avenir.
C'est que tes larmes vont Unir :
Sous le cyprès naîtra la rose.
Cannes, avril 1854.
rS^h <iJé)cu/c?nocôeÛ"e ^\ ^,
Le vent qui lail de riianiionle Aux crevasses d'un vieux manoir, Les noies de l'Iiynitie hénicî Qu'on nujrrnure à l'auUîl , le soir, La voix des animes en piirie , Des Mois (|ui eouient se briser Valent-ils le doux l)ruit , ma chère D'un seul baiser ?
Sous le verl ^a/on de; la plaine Suivi(î les ondes du ruisseau , Du bocage sentir l'haleine , Guôler les amours de l'oi^-eau ,
Des nuits rechercher le mystère
Où l'âme vient poétiser
Je préfère à cela , ma chère , Un seul baiser.
Partout l'homme inquiet s'agite , Brûlé de la soif du bonheur , Sans que gloire , trésors , mérite Puissent jamais remplir son cœur :
Eh bien ! ce rèvs de la terre , Moi pour le voir réahser Je ne voudrais de vous , ma chère , Qu'un seul baiser !
Toulouse, 185-
cPé ^Ha ^eue=ôccu/^ Ou^cc,
Quoi ! ta fille est déjà ravie à tes caresses ! Tu n'as plus ces baisers qui payaient ta douleur I Autour d'un berceau vide à présent tu t'empresses Pour te rappeler ton bonheur !
Sans doute c'est bien peu : le Seigneur dans sa grâce A ton rêve exaucé n'a donné qu'un moment ; Comme l'étoile d'or qui file dans l'espace ,
Elle est passée..., en t'embrassant !
Mais, tu lésais, souvent dans nos destins étranges, L'amertump est au fond de la coupe de miel ; Cache df;nc sans regret ses inutiles langes , Ne pleure plus : si Dieu l'a rappelée au ciel ,
C'est qu'il doit lui manquer des anges !!
Toulouse , 1855.
çpfe '^/la couôi^72e ^S%. c/c^hfauc/.
Un compliment pour votre fête Ne sera pas un long écrit , Je n'y voudrais qu'un peu d'esprit Mais vous seule avez la recette.
Si j'étais Satyre ou Sylvain , J'emprunterais sa robe à Flore Et je parerais votre sein Des atours brillants de l'Aurore
J'irais , si j'étais enchanteur ,
Voler à Vénus sa ceinture ,
Si j'étais prince , sans murmure
Je suis bien laid comme un Satyre , Mai^ je n'ai guère le talent Des vieux enchanteurs , et partant Que vous offrirai-je ? Ma lyre»
Oui , ma lyre , et j'ai bon espoir Pour ces vers que ma Muse emporte , En souriant sur votre porte Les Grâces vont les recevoir.
Ce que m'a dicté la tendresse Serait-il jugé sans pitié , Quand du temple de l'Amitié Je chante l'aimable prêtresse ?
A vous mille vœux de bonheur , Mille souhaits de bonne fête , Vous qui seriez à notre tête', Si l'on commandait par le cœur !
A vous un avenir d'ivresses :
Il sera long si vos enfants Au Seigneur demandent le temps De rendre toutes vos caresses I
Pour vous que les sylphes rôdeurs Dans la plus riche porcelaine Rangent les plus suaves fleurs Dont vous serez toujours la reine !
A vous une félicité Qui soit ici-bas sans mélanges :
On a droit au plaisir des anges Quand on les égale en bonté !
Toulouse , 1855.
(lP^
ae'^iGiàeite
Quand les vagues comme des pleurs Baignent les sables du rivage, Devant la beauté de la plage La foule heureuse des rameurs Oublie entièrement l'orage ;
En fuyant le monde importun Dans les sentiers d'une ravine , Souvent pour cueillir l'églantine On se pique , mais son parfum Fait bien vite oublier l'épine ;
Du printemps par mille chansons Les passereaux sur la toiture