‹ La folle du logisChapitre 12 sur 17 · VOYAGK DE M. FITZ-GERALD · texte numérisé non relu

VOYAGK DE M. FITZ-GERALD

complèlequ'onraurait désiré Réellementonraurait désiré, car, aussi douces, aussi blanches l'une que Tautre, si la première fût venue à mourir, celle qui serait restée aurait du moins empêché de croire à un tel malheur. La différence d'âge entre la mère, qui avait trente trois ans, et sa fille, qui en avait dix-sept, était à l'avantage de toutes les deux, par une raison où les mathématiques n'ont rien à voir. On n'aurait voulu ni la mère plus jeune ni la fille plus âgée. Dans ce qui est beau, rien ne se conçoit différemment, à moins d'être journaliste et critique de profession. Quel beau blond que le blond de leurs cheveux ! Quel joli rose que le rose de leurs lèvres, du bord de leurs oreilles et du bord de leurs doigts! C'était charmant. On eût dit une lanterne faite de feuillages roses et éclairée par la flamme d'un petit génie. Winterhalter n'eût pas eu assez de ses plus douces teintes pour tant de charmes; j'aurais voulu que Diaz eût diapré le tapis où se posaient leurs pieds de reines.

Comprend- on qu'un honnête homme, riche comme un roi qui a tout sacrifié pour le bonheur de son peuple, abandonne une femme si belle et une fille aussi belle que sa mère?

Quant à M. Crock, le ministre anglican, l'associé et l'ami de M. Fitz-Cerald, c'était tout ce qu'est un ministre anglais : un homme se livrant au commerce des âmes et du coton, ou bien du fer, du cuivre laminé ou du bois de Campèche. A côté de la Bible il avait son grand livre et ses prix courants. Depuis neuf heures du matin jusqu'à sept heures du soir il écrivait à ses correspondants de la Jamaïque ou auç contre-maîtres de ses manufactures; à sept heures, après avoir dîné, il passait un habit noir et devenait ministre du Seigneur. 11 adoptait alors un teini pâle, un air sobre et un caraclère tempérant. Le matin il fermait les yeux sur la traite des noirs, le soir il l'anathématisait en se gorgeant de Ihé et en se maçonnant l'estomac de sandwichsi. Comme négociant, on le disait rigide à l'excès : point ou peu de pitié pour les ouvriers; il exigeait d'eux dix-huit heures de travail par jour; mais,

minisire, il faisait de nombreux appels à la bourse d'autrui pour les soulager. M. Fitz-Gerald affectionnait M. Crock avec Fardeur d'un ami et d'un néophyte, et on n'a pas d'idée de Famour et du respect qu'il exigeait que sa famille eût pour lui. M. Crock n'avait guère plus de trente-deux ans. Sa figure longue, osseuse, mais enlevée au bout du pinceau, offrait une expression de haute intelligence et de finesse, eût-on osé dire en parlant de toute autre personne que d'un ministre de Dieu. L'ensemble de son visage présentait un incontestable caractère de beauté et de beauté choisie.

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