ÉTONNEMENT DE LA. POSTE AU^ LETTRES
Quoiqu'on ne s'étonne guère dans les administrations anglaises, par l'habitude où l'on y est de vivre au milieu des excentricités les plus violentes, on s'arrêta cependant devant l'énorme lettre qu'avait jetée quelques heures auparavant M. Fitz-Gerald, et qui ne portait pour toute suscription que son nom au crayon, M. Fitz-Gerald.
L'employé secondaire la soumit à son chef, aussi embarrassé de savoir où l'adresser dans ce vaste univers peuple de Fitz-Gerald, et particulièrement Londres. Ce chef la porta à un autre chef de division, qui, à son tour, ne devinant pas la destination de cette lettre énigmalique, la communiqua au directeur même des postes. Celui-ci était un homme de profonde perspicacité, comme le sont du reste tous les chefs d'emploi en Angleterre.' 11 posa la lettre dans le plateau d'une balance, après l'avoir examinée dans ses moindres dimensions; puis il dit avec la pénétration d'Archimcde : « Telle forme réunie à tel poids: ce sont des billets de banque français. » 11 ajouta, pour compléter l'admirable solution de son problème : « Cette lettre renferme deux cent mille francs. — Mais que faut-il en faire? demanda le chef de div.ision au directeur. — L'envoyer à son adresse. — Mais Votre Seigneurie oublie que l'adresse n'en est pas une : elle ne porte ni la désignation d'une rue, ni celle d'un pays, ni celle d'une contrée. •—
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Évidemment celui qui a mis cette lettre à la poste de Londres, reprit le directeur, a réalisé en monnaie française des valeurs anglaises. Son but est d'aller en France, où cette monnaie a un cours régulier. — Il convient donc, monsieur le directeur, de l'adresser en France? — Sans doute. — Mais quelle ville de France? — Paris. Un Anglais qui emporte avec lui deux cent mille francs n'a pas le projet d'aller ailleurs qu'à Paris. Au surplus, je vais joindre à cette lettre un mot pour le directeur des postes de Paris. Au cas où ce M. Fitz-Gerald ne serait pas retrouvé dans cette ville au bout d'un an, la lettre me sera renvoyée, et alors on avisera. Allez, faites ainsi. »
La lettre roula vers Paris, et probablement avec cinq ou six miille autres lettres portant la môme adresse, — Fitz- Gerald, — car il existe autant de Fitz-Gerald que' de Lefèvre, de Martin, de Leblanc.
POURQUOI UN HOMME RIAIT BEAUCOUP A UN BAL DE l'aMBASSADE ANGLAISE.
Cet homime était adossé contre une des portes d'entrée des salons de l'ambassadeur anglais, et il écoutait; chaque fois qu'il entendait proclamer certain nom, il détournait la tête pour sourire tout à son aise. Lui seul avait remarqué qu'on annonçait successivement : « Le duc et la duchesse de Fitz-Gerald ; — Le comte et la comtesse de Fitz- Gerald; — Le baron et la baronne de Fitz-Gerald ; — M. de Fitz-Gerald, attorney général; — M. do Fitz-Gerald, premier gentilhomme de la chambre; — M. de Fitz-Gerald. intendant des bâtiments. »
Jusqu'à cent cinquante fois il entendit dans la soirée retentir ce nom qui le faisait sourire.
Huit jours après il riait encore de souvenir à sa croisée de l'hôtel de Parme, situé au fond du Gros-Caillou, en pensant à la voie lactée de Filtz-Gerald qui peuplaient le ciel de Paris. « Je défie bien les démons et leurs phalanges, disait-il, de distinguer un Fitz-Gerald logé au Gros-Caillou d'un autre Fitz-Gerald, au milieu de tant de Fitz-Gerald. »
]l EST TEMPS DE DIRE CE QUE M. FITZ-GERALD ETAIT VENU FAIRE