‹ La fonction de la mémoire et le souvenir affectifChapitre 18 sur 32 · Ô LA FONCTION ÛE LA MÉMOIRE · texte numérisé non relu

Ô LA FONCTION ÛE LA MÉMOIRE

Rapprochons de ce fait le cas de Rousseau qui, ayant reçu un service de son hôte, écrit plus tard : « je fus touché de sa bonté mais moins que je ne devais Têtre, et que je ne Tai été depuis en y repen-, sant * ». Il faut remarquer l'indication : « moins que je ne devais Tétre », elle donne la clef de quelquesunes de ces transformations, et indique dans quel sens il faut chercher une explication générale.

Eugénie de Guérin nous donne aussi une constatation intéressante et dont l'importance s'augmente de ce qu'il ne s'y agit pas d'un fait donné comme exceptionnel : « C'est bien vouloir s'enivrer de tristesse, dit-elle, de revenir sur ce passé, de feuilleter ces papiers, de rouvrir ces cahiers pleins de lui. puissance des souvenirs ! Ces choses mortes me font, je crois, plus d'impression que de leur vivant et le ressentir est plus fort que le sentir. J'ai éprouvé cela bien des fois^ ».

Une des personnes que M. Ribot a interrogées lui a déclaré aussi « que sa représentation des émotions est plus vive que Témotion elle-même ' ». Une de celles que j'ai questionnées moi-même m'a dit qu'elle jouissait parfois plus par le souvenir que par la réalité même de ses in)pressions agréables. J'ai aussi personnellement observé chez moi, en certains cas, l'exaltation progressive d'un sentiment se rapportant à un événement passé à mesure que cet événement

Page 1