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CHAPITRE VII ESCHYLE

Sommaire : Le silence de la Lyre. — Causes : Dessèchement des sources anciennes. — Obstacles aux thèmes nouveaux. — Désir d'une action politique. — La nouvelle fonction : Victor Hugo, Rwj Blas et Chatterton. — Le parti de la civilisation. — I. L'Académie : Rôle du poète, rôle de l'Académie. — Concentration des forces littéraires pour la mission de la France. — Nécessité de la foi. — IL Le Théâtre : Les Jumeaux. — Les Bur graves. — Eschyle. — III. La Chambre des Pairs : Le Rhin. — Leclergé littéraire et la papauté du génie. — La mort du duc d'Orléans et l'adresse à Louis Philippe. — Le dédoublement impossible. — L'apostolat de Paris. — Attitude des contemporains : Sainte Ben ce, Suint Marc Girardin, Alphonse Karr, Saint-René Taillandier. — Légitimité du nouveau rôle du poète et devoirs qu'il impose.

Le poète continue d'affirmer sa mission ; rien ne se dégage ; les critiques redoublent, il attend. « Qui se contient n'accroît. » Mais ce silence n'est pas l'inaction. Laborieusement il cherche à élargir sa zone d'influence, à fortifier les positions conquises, à gagner de là des points plus élevés, plus importants encore, d'où il dominera et regardera au loin. C'est la scène à conquérir définitivement, l'Académie dont il faut forcer les portes, la Chambre des pairs où dès sa jeunesse il a marqué sa place : théâtres divers, mais qui n'ont d'importance qu'en raison de la mission du poète. C'est aussi la nature à pénétrer et à transformer en pensée vivante et moderne. Deuils et déceptions, événements de famille et événements politiques troubleront tour à tour profondément son âme ; le

mouvement des esprits fera pression sur elle, mais au cours de la vie sa foi intime en lui-même s'affermira, se précisera, s'enrichira, sa fonction lui apparaîtra encore plus haute et plus belle. Saura-t-il en être digne et, pour la remplir, accepter tous les sacrifices qu'elle exige ?

S'il est un rôle auquel il ne se résignait pas, c'était celui de Chatterton. Sans doute il avait ses crises de doute. Au lendemain du triomphe de Lamartine à l'Académie, comparant la gloire de son ami à ses propres efforts si vains et si obscurs, il lui envoyait une ode désespérée. « Si mon navire, lui disait-il, se brise à la terre que cherchaient mes yeux obstinés,

Pleure, ami, mon ombre jalouse, Colomb doit plaindre Lapeyrouse, Tous -deux étaient prédestinés (1).

Mais ce sont plutôt des accès de découragement que d'irritation contre la société : il n'attend pas qu'on lui fasse sa place, il espère bien la conquérir, et si la tristesse lui inspire de beaux vers sur le néant des gloires humaines, fût-ce celle d'un Napoléon ou d'un Dante, bientôt il reprend la lutte. Son poète à lui peut être forcé de se faire valet, soyez sûr que ce valet de génie aura son lendemain et deviendra chef de peuple.

N'est-ce pas en effet Victor Hugo lui-même qu'on entrevoit sous la livrée de Ruy Blas ?

Je me perdais, marchant pieds nus dans les chemins, En méditations sur le sort des humains. J'avais bâti des plans sur tout, — une montagne De projets ? (2)

N'est-ce pas lui que la reine d'Espagne admire, resté seul debout, parlant comme devraient parler les rois, terrible

(1) Feuilles d'Automne, IX. — A M. de Lamartine.

(2) Ruy-Blas. Acte I, scène m, p. 30.

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