ESCHYLE I^O
distingue d'ailleurs de la République, machine politique, la démocratie fait éternel et préfère la monarchie héréditaire pour des raisons qui sont la conséquence directe de son idéal. Il trouve l'hérédité moins blessante pour la dignité humaine que l'élection. « En effet, voyez : l'hérédité fait de cet homme le roi ; pourquoi ? parce qu'il s'appelle Bourbon, Bragance, Brunswick ou Orléans. Rien de plus. Ce n'est que la constatation d'un fait ; cela ne met*moralement personne au-dessous du roi, cela le réduit à l'état de principe et maintient à tous les esprits supérieurs au sien, à toutes les vertus plus haute que la sienne, le droit de pouvoir saisir et gouverner, lui présent, Dieu aidant. Le chef suprême est un chef nominal. L'hérédité laisse la suprématie réelle au concours, permet aux idées, aux lettres, aux conjonctures, de produire le véritable gouvernant et par conséquent ne froisse en rien la fierté du citoyen. Au contraire l'élection fait de cet homme le Président de la République, le chef de l'Etat, le chef effectif... Cela veut dire que cet homme est le plus capable, le plus honnête, le plus intelligent, le meilleur... Quelle injure pour tous ceux qui sont vraiment meilleurs que le meilleur officiel, plus grand que le plus grand proclamé ! (1) »
Soudain la monarchie constitutionnelle tombe, une nouvelle révolution confond les plans du pair de France et donne à Lamartine le gouvernail de la société. Ce rêve, naguère, semblait-il, la plus irréalisable utopie du poète des Rayons et des Ombres, un autre l'atteint ; ce rôle de pilote qu'il déclarait l'apanage du génie, un autre sous ses yeux le remplit. C'est Lamartine qui peut s'écrier :
Peuples, écoutez le poète.
(1) Les Misérables. (Edit. de l'Imp. Nat.) T. II. 4« partie, Reliquats, p. 355, 356, 358. 362.