‹ La fonction du poèteChapitre 17 sur 48 · VOLTAIRE 1 CO · texte numérisé non relu

VOLTAIRE 1 CO

ses rivaux de la Chambre (1 ). En même temps que sa situation privilégiée et sa sérénité, il a perdu les loisirs favorables aux longs et lents travaux. De 1843 à 1852 s'il accumule de grands projets, il compose peu de poésies ; car il s'en faut que toutes les pièces des Contemplations ou d'autres recueils datées de cette époque soient réellement le fruit de méditations entre deux campagnes politiques.

Qu'a-t-il gagné à cette expérience ? Il convoitait la gloire de chef de mouvement ; il n'en eut ni le caractère, ni le talent, ni la situation. Il n'avait pas dans le tempérament cette finesse qui sait démêler les hommes et les choses, ni cette hauteur de vues qui fait reconnaître une tête, ni cette aisance de manières qui attire la sympathie, la conquiert et la retient, ni cette volonté qui sait inspirer confiance par la netteté, la force et la ténacité de ses résolutions. Son talent tout lyrique pouvait exciter l'admiration, mais ne comportait ni l'éloquence spontanée, ni le mordant des réparties, ni l'éclat des ripostes. Le souci de sa gloire, de sa fonction supérieure faisait qu'il n'improvisait guère et il ne semble pas dans les discours avoir apporté des clartés nouvelles aux problèmes angoissants de cette époque. Enfin sa situation ne fut jamais celle d'un homme politique de grand avenir : il traversa les partis sans s'y rendre nécessaire, il ne sut pas mettre en valeur l'originalité de ses conceptions sociales et s'il ne fut pas un représentant aux évolutions suspectes, il laissa à ses collègues l'impression d'un homme plus facilement enthousisate des grandes questions qui se posent que compétent dans une branche quelconque de la vie nationale.

Pourtant ce ne fut pas une période stérile pour les lettres. Au sein de ces luttes politiques il communia avec toute la France dans les angoisses qu'inspiraient les pro-

(1) Histoire d'un Crime, t. II, 2e journée, chap. 1.

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blêmes économiques et sociaux ; il s'habitua à voir le progrès et la routine sous la forme d'hommes vivants, défenseurs ou adversaires de ses théories ; il se constitua pas à pas un programme précis de réformes humanitaires. « L'orateur, explique un homme éloquent, est un indispensable artisan d'unité morale ? Il ne vient pas distraire; son but est plus noble : il a le devoir, je ne dirai pas tant d'instruire comme ayant autorité que de permettre à la foule de découvrir elle-même les propres idées qui s'agitent confusément dans son sein, de trouver à celles-ci une forme exacte et précise et d'y ajouter ce que les plus généreuses passsions sont seules capables de fournir : Une force intérieure génératrice d'action (1) ». Victor Hugo n'eut pas toujours la vertu de l'abnégation nécessaire à ceux qui veulent entrer en union avec une foule, une assemblée, et y faire palpiter une âme commune, il en eut l'optimisme généreux. Enfin s'il n'y réussit pas, il tenta du moins de dominer tous les partis moralement et, par son activité politique, il se prépara à un lyrisme plus réel et en même temps plus actuel. Comme il le dit :

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent; ce sont Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front, Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime, Ceux qui marcher} pensifs, épris d'un but sublime, Ayant devant les y< ux sai - - nuit et jour, Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour (2).

(1) Marc Saxgnter. — Discours, t. II. La mission Je l'orateur (Bloud 1910), p. 495

(2) Les Châtiments (Liv. IV. v). IX.

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