EZECH1EL I
m'appelle un poète? — Eh bien ! je m'appelle un poète, parce que je répands des flots de lumière sur des mystères impénétrables avant moi :
Deinde quod obscura de re tam lucida pango Carmina... »
Et plus loin « Il faut, dit-il encore au second chant de la Nature des choses, il faut pour me suivre être un homme hardi, car je me lance au delà des limites du monde, en ces espaces infinis où l'esprit humain, libre enfin des liens terrestres, s'abandonne à la volonté du génie.
Extra moenia mundi (1). 1
M. P. Chenay nous a laissé un curieux récit de son pèlerinage nocturne aux dolmens de la Plaine des Druides où Victor Hugo apparaît dans l'exercice de son rôle de Mage inspiré, traversé par les grandes voix de la nature et évoquant les antiques traditions religieuses (2). Ame à la poursuite du vrai, le poète mystique reprend en 1857 l'ascension d'Ibo et de Dieu et la continue au delà de la mort. En vain l'espace et la tempête le défient de passer où n'ont pu passer Pindare, David, Hésiode, Ezéchiel ; il leur est supérieur. Au sphinx lui-même, il semble un monstre :
Etre pour deux destins construit, Ayant, dans la céleste sphère, Trop de l'homme pour la lumière, Et trop de l'ange pour la nuit.
A l'ombre sceptique qui lui conseille d'accepter un culte, tout en déclarant que l'Olympien est de la brume, et le Sinaïque de la nuit, il répond sans s'émouvoir
[J'afla volonté qui persiste;
(1) Journal des Débats, 26 juin 1856.
(2) P. Chenay. — Victor Hugo à Guernesey, p. 59.
il prétend percer le temple et le dogme, découvrir l'azur derrière Jéhovah et rencontrer l'indestructible vérité. Il a confiance dans son audace même qui semble une sorte de parodie de la foi et il s'écrie :
La nuit tâche, en sa noire envie, D'étouffer le germe de vie, De toute puissance et de jour, Mais moi, le croyant de l'aurore, Je forcerai bien Dieu d'adoré, A force de joie et d'amour! (1)
( 1 ) Art d'être GrandTère, XVIII. v. L'Ame à la poursuite du vrai.