‹ La fonction du poèteChapitre 6 sur 48 · CHAPITRE IV MÏLTON · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV MÏLTON

Sommaire : La crise. — Première étape: La lutte sourde. — Cromwell. — Le drame. — Milton et Cromwell. — La préface. — La vie et le plan providentiel. — Droits d<' l'inspiration et droits de la vérité. — Deuxième étape : La lutte ouverte. — Les affirmations des Orientales. — Sens véritable de l'œuvre. — La défaite de la Liberté du Génie.

Vers 1824 la bataille littéraire s'engage à fond. Les classiques semblent avoir l'avantage. Les œuvres de la nouvelle école sont flétries en plein Institut. Alexandre Soumet fait amende honorable au bon goût (1), au grand désespoir de son ami Hugo, Lamartine échoue à l'Académie contre Droz, les Jay, les Baour multiplient leurs épîtres et leurs satires, Cinq-Mars,\e roman de Vigny, est l'objet des critiques les plus acerbes et Han d'Islande vaut à Victor Hugo d'être reconnu avec Nodier le chef des romantiques. C'est le moment d'affirmer les principes et de dégager la voie. La campagne est menée de 1826 à 1833 avec une énergie peu commune. Le 17 mai 1825 Artaud écrivait dans le Globe : « La littérature est à la veille d'un Dix-huit Brumaire, mais Dieu sait où est Bonaparte. Exoriare aliquis ». Le Bonaparte littéraire ne s'ignore pas lui-même. A travers la préface des Odes et Ballades, YOde à la Colonne, Cromwell et les Orientales il va s'efforcer de rejoindre son glorieux modèle.

(1) Discours de réception à l'Académie. Novembre 1824.

HILTON l\~}

Dès le mois de novembre 1826 il rejette avec un superbe mépris la distinction des genres et proclame l'identité de l'ordre et de la liberté (1). L'ordre véritable n'est pas la froide régularité, c'est la disposition intelligente des éléments intimes du sujet. Mais la liberté n'est pas l'anarchie, c'est le droit du poète au développement de son originalité en se débarrassant de l'imitation. L'ordre et la liberté se concilient dans un seul et même principe, le respect de la nature, l'amour de la vérité. Son nouveau programme revendique le droit à la croissance. De là dans son ode à Lamartine, son irritation de voir qu'on veut réduire à n'être que de pâles imitateurs des Pindares, des Anacréons et des Horaces, les poètes sacrés qui sentent vivre en eux l'esprit d'Ezéchiel et d'Isaïe (2). De là ce conseil à V. Pavie son jeune admirateur et ami. « Vous avez ce mens dwinior : obéissez à votre démon... Le chêne est en vous, laissez-le croître. Laissez faire votre pensée... Laissez la nature achever votre éducation (3). »

Pourtant ce nouveau recueil ne le pose pas encore en signe de contradiction. La Pandore le loue de sa lutte contre les opinions fossiles et est prête à se ranger parmi les protestants de la littérature (4). La Quotidienne admire la maturité de son talent et l'élévation de ses pensées (5). Le Figaro qui vient de naître s'intéresse à sa profession de foi de prophète inspiré s' annonçant à la terre au nom de l'Eternel (6). Le Globe qui signalait la gêne de Hugo traitant la question de la liberté et de l'insurrection dans Bug Jargal lui offre bientôt en Sainte

(1) Odes et Ballades, préface de 1826.

(2) Odes et Ballades. — A Alphonse de L., liv. III, ode i.

(3) Correspondance 1815-1836. — Lettre à V. Pavie, 3 janvier 1827 (?).

(4) Le Pandore, 26 novembre 1S26.

(5) La Quotidienne, 16 novembre 1826.

(6) Le Figaro, 5 décembre 1826.

4b VICTOR HUGO. — LA FONCTION DU POETE

Beuve un critique intelligent et un ami (1). Le Baron d'Eckstein qui a vu très nettement que le lyrique est « à la fois poète chrétien et stoïcien » lui prêche la défiance de soi-même : « Le livre le plus difficile à lire est celui de la nature : M. Victor Hugo croit pouvoir l'expliquer par la seule inspiration, mais la science est encore nécessaire pour le déchiffrer. L'âme du philosophe doit s'unir à celle du poète afin de remplir cette tâche. Autrement il est à craindre que l'on ne tombe dans une sorte de naturalisme sauvage et dans une fougue d'imagination qui ne sera ni dominée, ni tempérée par la raison (2). » On ne saurait mieux avertir le futur Songeur des abîmes qui l'attireront. Un abonné de la Gazette de France réclame un article en sa faveur. Il ne voit que trois poètes originaux : Lamartine, Victor Hugo et Béranger. Chacun d'eux à son système planétaire de talents secondaires. Si Béranger le plus varié est le poète du peuple, si Lamartine le plus harmonieux est le poète de la religion, Victor Hugo le plus original et le plus profond est le poète de l'histoire. La Gazette de France à son tour déclare que personne n'était plus fait que lui pour réconcilier le public avec la poésie lyrique « le premier genre de poésie, si elle n'est la poésie même», et pour justifier l'ambition religieuse de Victor Hugo elle rappelle que selon la belle expression de Boileau, « l'ode entretient commerce avec les dieux, » Elle le suivra, dit-elle « dans la route difficile où il doit rencontrer peu de concurents et qui doit le mener si loin » (3). Enfin le Journal des Débats imite la sévérité de Tissot; il pardonne à Hugo d'avoir cédé à l'élan d'une âme ardente et religieuse en se figurant qu'il suffisait de quelques odes pour régénérer le monde

(1) Le Globe, 2 mai 1826, 2 et 9 janvier 1827.

(2) Le Drapeau blanc, 2 décembre 1826.

(3) La Gazette de France, 8 décembre 1826, 1er janvier 1827.

intellectuel et politique. < Mais gardons-nous, ajoute-t-il, de ne pas voir toute la grandeur de la noble mission qu'il s'est donnée à lui-même et l'énergie, la magnificence, le caractère neuf et hardi de quelques-uns de ses essais lyriques, empreints de cette naïveté de conviction que portaient dans leur âme les poètes des premiers siècles, lorsqu'ils étaient à la fois prophètes et législateurs. » Et il conclut en le définissant « une âme portée au sublime » et en reconnaissant que 0 pour remplir sa destinée il suffit qu'il soit lui-même (1) ».

Si l'année 1827 fut l'année critique, l'époque où Victor Hugo eut l'âge d'homme , c'est moins certes à cause du bonapartisme de VOde à la Colonne que du développement inattendu de son génie dans Cromwell et sa fameuse préface. Il semble bien qu'il ait puisé l'idée de son drame dans les Quatre Stuarts de Chateaubriand. « Cromwell, disait le noble pair, eut quelque chose de Hildebrand, de Louis XI et de Bonaparte : il eut du prêtre, du tyran et du grand homme : son génie remplaça pour son pays la liberté (2) ». Cromwell se croyant obligé de refuser la couronne que Bonaparte n'hésita pas à prendre : tel est le sujet. Mais dans ce drame touffu aux actes de quinze cents vers, Victor Hugo s'est surtout complu à étudier et à développer sa théorie du génie à travers les personnages de Cromwell et de Milton. D'instinct il admire la grande figure du Protecteur, un de ces génies solitaires en qui, suivant le mot de Chateaubriand, commence un autre ordre de choses, soit en bien, soit en mal, qui ne se perpétuent que par leurs œuvres, jamais par leurs races (3) ». Hugo en fit une sorte d'archange élu qui remplit une mission terrible, inquiet, interrogeant lui aussi la nature, enviant la science du juif Manassé qui est capable de déchiffrer dans

(1) Journal des Débats, 8 janvier 1827. G. V.

(2) Chateaubriand. — III, Mélanges historiques, p.447.

(3) Chateaubriand. — III, Mélanges historiques, p. 447.

les étoiles chaque vie et chaque caractère. Est-il possible, se demande le Puritain révolutionnaire, que l'homme puisse voir d'un monde dans un autre, ouvrir du ciel les pages flamboyantes, savoir ce que Dieu met dans l'âme en la créant, dans son sens symbolique interpréter le monde, sentir ces divins rayons qui prêtent aux yeux un éclair prophétique ? Mais est-ce bien Cromwell que possède cet ardent désir ? est-ce bien le juif Manassé qui s'exprime dans ces beaux vers :

Les morts m'ont révélé le problème des mondes, Et j'ai presque entrevu l'être aux splendeurs profondes, Qui sur l'orbe du ciel, comme aux plis du linceul. Inscrit son nom fatal et connu de lui seul (1) ;

ou plutôt n'est-ce pas le poète lui-même, le poète religieux qui cherchera ce nom fatal et inconnu dans son épopée de Dieu et qui naguère déclarait avoir pénétré plus de secrets que les morts n'en lisent sur la pierre de leur tombeau.

Milton, le grand poète, ravalé au-dessous des Vithers et des Donne, dédaigné des Davenant, raillé des Rochester, mais qui se sent justiciable de l'avenir seul, fait pâlir Cromwell lui-même malgré tout son éclat, rien qu'en affirmant superbement sa fonction créatrice;

Car un génie ardent travaille dans mon sein, J'habite en ma pensée, et Milton s'y console. Oui, je veux à mon tour créer par la parole, Du créateur suprême émule audacieux.

Un monde entre l'enfer et la terre et les cieux (2).

Une telle ambition devrait, semble-t-il, absorber toute l'attention et toute la vie du poète anglais. Victor Hugo ne le veut pas. Il n'accepte pas pour lui cet apanage

(1) Cromwell. Acte III, scène xvn, p. 251.

(2) Cromwell. Acte III, ecène it, p. 188.

MILTON 5l

glorieux mais limité, cette destinée compensée par les humiliations et les railleries : sous son nom il revendique pour lui-même un rôle civique et politique ; il prépare sa pairie. Tandis que le Conseil privé discute l'élection de Cromwell à la royauté, Milton ne peut qu'écouter en qualité de secrétaire interprète ; mais quand le Protecteur renverra les Conseillers, lui demeurera et en face de Cromwell lui-même prendra ce droit de peser à son tour les destinées de son pays.

On a Milton : qu'en faire ? Un muet ; c'est son rôle.

Ainsi moi, dont le monde entendra la parole,

Au conseil de Cromwell, seul, je n'ai pas de voix (1) !

Quelle plainte ironique et fîère ! A ce scrutateur d'âmes de démêler l'ambition du tyran sous sa modestie feinte et son vain patriotisme; à lui de parler le langage de la vraie conscience, de rappeler au puritain son passé si glorieux prêt à s'effacer ; à lui de montrer la splendeur de la mission qu'il veut trahir ; au génie de relever le génie :

Juge, législateur, apôtre, conquérant, Sois plus que roi. Remonte à ta hauteur première, Il n'a fallu qu'un mot pour créer la lumière, Toi, redeviens Cromwell à la voix de Milton.

C'est bien Victor Hugo qui se donne à lui-même ce spectacle de son avenir, de son génie remplissant tout son rôle. Il a comme le pressentiment de la grande lutte de 1851. Car cette scène était sa scène préférée, il n'en faut pour preuve que l'empressement avec lequel il l'aurait récitée à Talma, malgré ses justes critiques des tirades. Mais pourquoi ce drame ? Victor Hugo a blâmé Voltaire de disperser son génie dans tous les genres, il a déclaré que l'Od^ est la forme naturelle et primitive de la poésie, celle qui s'impose au poète désireux de

( 1 ) Cromwell. Acte III, scène iv, p. 203.

remplir la vraie fonction du poète et voilà qu'il dépense son imagination à colorier plus de soixante personnages, à brosser plus de cinquante tableaux. L'instinct dramatique qui, dès la pension Decotte, lui faisait créer Irtamène, Athéiie, Inès de Castro et qui vient de s'exercer discrètement avec Amy Robsart est une première explication : mais la préface répond plus amplement à qui l'accuserait de renier l'idéal primitif. Le drame, en effet, c'est la poésie complète, où se meut le lyrisme et se dissout l'épopée. Par sa forme il caractérise la troisième époque de la poésie, celle qui commence avec notre ère et réalise en combinant le sublime et le grotesque, la représentation vraie de la nature humaine, cette union de la bête et de l'âme, qu'a révélée le christianisme.

Nature, religion, vérité, poésie sont des termes qui mériteraient des définitions précises et que le poète enchaîne, délie, confond tour à tour, insistant parfois sur leur identité. Religion et poésie ne sont que l'expression de notre vraie nature : d'où l'absurdité des règles. Le poète ne doit prendre conseil que de la nature et de la vérité, mais Hugo ajoute : « et de l'inspiration qui est aussi une vérité et une nature (1) ». Ainsi le poète dramatique se trouve investi d'une haute fonction mystique ; guidé par l'inspiration il doit retrouver le plan divin : «rétablir le jeu des fils de la Providence (2) ». Si religieux que soit le poète il n'admet aucune limite, aucune subordination, et revendique au contraire la liberté la plus absolue de l'inspiration, qui, nous le savons, est hors du pouvoir de la volonté. Il ne peut donc aboutir qu'au fatalisme et en effet il déclare : « Le poète est un arbre qui peut être battu de tous les vents et abreuvé de toutes les rosées, qui porte ses ouvrages comme l'arbre porte

(1) Cromwell, préface p. 27.

(2) Cromwell, préface p. 29. — Cf. A. Nettement. — Histoire de la Littérature Française sous la Restauration, t. II, p. 438.

ses fruits, comme le fablier portait ses fables (1). » On sait combien est faux ce dernier exemple. Il est à craindre que Victor Hugo n'ait accepté si facilement cette théorie que pour s'exempter du travail des retouches et du polissage dont il se déclarait excédé, dès son premier livre d'Odes ; elle lui permet de suivre la méthode plus facile de corriger un ouvrage par la composition d'un autre ouvrage. De même Lamartine écrivait à Virieu : « Créer est beau, mais corriger, changer, gâter est pauvre et plat ; c'est ennuyeux, c'est l'œuvre des maçons et non pas des artistes. » « Au reste, ajoutait-il, je me moque de l'art et des arts. Je pense que les beaux ouvrages sont en puissance dans l'âme et que peu importe qu'ils en sortent ou n'en sortent pas (2) ». Créer ce n'est pas simplement concevoir. Si un père se sent irresponsable des infirmités congénitales de ses enfants, l'artiste ne peut rejeter les fautes de ses œuvres sur la nature, puisque leurperfection dépend de son travail.

Le plus grave est que cette fameuse liberté de l'inspiration annihile les devoirs moraux du poète. Shakespeare, le type exemplaire, ne cherche pas à suivre les fils de la trame providentielle. Il ne se propose pas « de marcher devant les peuples comme une lumière, de les ramener à tous les grands principes d'ordre, de morale et d'honneur, de célébrer sans cesse les gloires et les infortunes de son pays, les austérités et les ravissements de son culte (3) », il lui suffît de montrer aux hommes d'autres hommes aussi vrais, aussi vivants qu'eux, engagés dans des luttes de passions et d'intérêts. Mais Victor Hugo ne doit pas seulement remarquer que le théâtre grec, « asservi à un but national et religieux, était bien autrement libre que le nôtre »; pourquoi ajoute-t-il que le seul objet du

( 1 ) Cromwell, préface p. 27.

(2) Lamaktine. — Correspondance, 13 novembre 1818.

(3) Odes et Ballades, préface de 1824.

nôtre est le plaisir, et. si Von cent, l'enseignement du spectateur» (1) ? Est-ce simplement l'opinion de ses contemporains qu'il enregistre? Alors, quelle est la sienne? quel but s' est- il proposé ? Qu' est-il advenu de la double intention politique et littéraire qui animait les odes ? N'exercera-t-il pas une fonction morale d'enseignement ? En composant Cromwell s'est-il livré simplement à la joie de créer ?

Il n'a fait qu'œuvre d'artiste, déclare-t-il. « En tournant autour de la haute figure de Cromwell, il fut pris d'une ardente tentation de peindre ce géant sous toutes ses faces, sous tous ses aspects... Il a cédé au désir de peindre tous ces fanatismes, toutes ces superstitions, maladies des religions à certaines époques, à l'envie de jouer de tous ces hommes. Il a été séduit par cette vaste scène de l'histoire. De cette scène, il a fait ce drame. Il l'a jeté en vers parce que cela lui a plu ainsi (2) ». Fantaisie, caprice, enthousiasme pour un sujet : telle serait la raison de cette vaste composition.

Hoc volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas.

Un doute est cependant permis. Les contemporains et M. E. Biré à leur suite observent que les remords du Protecteur régicide, leur fréquence et leur force dévoilent une intention d'apologie royaliste. Mais d'autre part, la grandeur de Cromwell, son caractère de génie élu que glorifie Milton, que développe l'orateur du parlement, marquent une prédilection du poète pour les chefs de peuple, une croyance en leur avènement et en leur nature providentiels. Une lutte entre la royauté héréditaire et la royauté d'élection divine se noue donc obscurément dans l'esprit de Victor Hugo. N'y a-t-il pas autant de poésie dans l'âme des républicains Milton

(1) Cromwell, préface, p. 21.

(2) Cromwell, préface, p. 38.

et Jenkins ou du despote Cromwell que dans celle des royalistes Rochester ou Ormond ? Ses Odes catholiques ont-elles plus de lyrisme que les tirades du farouche Carr ou les méditations superstitieuses du Protecteur. Si l'on cherche la haute leçon morale de ce drame « le plus haut que l'histoire ait donné », est-ce l'impossibilité pour le criminel de profiter de son crime et la rage de voir son ambitieuse destinée « rater » ? Est-ce l'impuissance des factions à supprimer Celui que Dieu a envoyé? Ou n'est-ce pas plutôt que ni la force des partis, ni la force des génies suprêmes ne peuvent empêcher l'ascension lente, mais continue des hommes vers la liberté? « Tout Cromwell est en jeu dans cette comédie qui se joue entre l'Angleterre et lui », dit le poète; malgré le pessimisme découragé du colonel Overton devant l'insuccès des conspirateurs et la popularité rajeunie du Protecteur, c'est l'Angleterre qui gagne la partie et Cromwell rêveur se demande : « Quand donc serai- je roi ? » Ainsi par sa nature même le drame pousse le poète à s'inquiéter des questions politiques et sociales, et des plus hauts problèmes de la philosophie de l'histoire. Cette crise est encore latente : la renommée du poète, le choc des événements, vont la faire éclater. Une nouvelle influence assombrit son optimisme royaliste, l'oblige à serrer la réalité de plus près, à voir plus exactement les difficultés de l'heure présente et les graves conséquences de son attitude vis-à-vis du siècle. Sainte-Beuve pénètre dans l'intimité du poète entre la composition du drame et celle de la fameuse préface. Mais déjà ses articles sur les Odes et Ballades ont révélé la contradiction intime des poètes du Cénacle : « Champions du vieux temps et remplis d'affections modernes, ils étaient novateurs même en évoquant le passé ». Ils se proclamaient la poésie du siècle et se refusaient de comprendre la société qu'ils accablaient d'anathèmes. Ils ne voyaient pas que ce siècle

de plus en plus ennemi de tout mysticisme, ne quitterait Delà vigne et Béranger que si ces jeunes talents désabusés de leur vaine tentative se sentaient la force d'entrer dans de meilleures voies (celles du siècle évidemment), et de faire de la poésie avec leur âme (éprise de liberté et de progrès, cela va sans dire) (1). » Comment Victor Hugo n'aurait-il pas été séduit par le libéralisme du Globe où Rémusat écrivait le 25 août 1827 : « Le grand poète que le temps nous réserve créera lui-même son propre instrument... Il trouvera en lui-même sa propre loi ? » et, pour comble de correspondance intime, déclarait qu'il serait dramatique. Ce critique montrait finement comment le mouvement de liberté avait monté jusqu'au dramaturge : Et tel est le lien qui unit toutes les vérités qu'en s'initiant aux nouvelles doctrines littéraires, il a modifié, sans le savoir peut-être l'ensemble de ses opinions philosophiques... Certes M. Hugo n'a point prétendu changer de parti et sans doute il n'en a point changé ; mais par instinct de poète, par intention dramatique, il a été conduit à considérer sous un jour nouveau l'histoire des hommes; et je ne serais pas surpris que depuis qu'il a fait son Cromwell, il ne jugeât autrement que jadis l'histoire contemporaine, son parti, le nôtre, la révolution (2). »

La disgrâce de Chateaubriand en se prolongeant, le rétablissement de la censure au mois de juin 1827 n'encouragent guère l'espoir d'une union possible de l'ordre monarchique et de la liberté. Hugo se met donc au pas de sa génération. Sur lui se resserre la lutte littéraire. La Pandore trouve sa préface admirable, raille « les greffiers assermentés de la prévôté d'Aristote », appelle le poète, un fascinateur puissant n'ayant pas démenti le nom d'enfant sublime qui lui fut donné par M. de

(1) Globe, 2 janvier 1827.

(2) Globe, 25 août 1827, 2 février 1S2S.

Ghateaubriand (1). Le Constitutionnel se tait, le Courrier Français se tait, le Drapeau blanc est mort, le Journal des Débats accable la préface, le drame et le style de trois articles qui lui attirent une forte riposte de Sainte- Beuve (2). La Gazette de France rature ses récents éloges, reproche son ton autoritaire à « un jeune écrivain dont la réputation n'a point dépassé l'enceinte de quelques cercles amis », lui préfère d'Arlincourt, l'accuse d'avoir copié le dénouement du Sylla de Jouy et avant de railler son modèle qui fait voyager, dit-elle, Roméo du Danemarck (?) à Vérone, murmure plaintivement : « Il fut un temps où il se contentait de faire des odes comme tout le monde (3) ». Au Mercure du XIXe siècle devenu le Mercure de France au XIXe siècle, c'est un assaut en règle. Cette revue qui arbore la devise « Vérité- Liberté », qui, dans ce débat reconnaît la querelle de l'Autorité et du Libre Examen et s'occupe « à redonner à chacun des deux partis la doctrine littéraire en harmonie avec ses penchants politiques », n'en attaque pas moins Victor Hugo avec vigueur et, oubliant qu'elle veut « détruire les douanes académiques, » critique sans pitié le drame de Cromwell, jusqu'au jour où Emile Deschamps intervient et la convertit aux idées romantiques (4). Après le triomphe éclatant de Cromwell et de sa préface, discutés, admirés ou raillés avec fureur, Victor Hugo est placé au-dessus de tous ses rivaux, rapproché de Byron, de Walter Scott et de Gcethe. « L'heure du grand renom, l'heure populaire a sonné (5) », et l'on se plaint déjà qu'il se considère comme un être à part.

(1) La Pandore, 21 décembre 1827.

(2) Journal des Débats, 3 janvier, 29 janvier, 6 août et 13 août 1828.

(3) Gazette de France, 12 et 30 juin 1828.

(4) Mercure de France au XIXe siècle, t. XIX, p. 6, et 545, t. XX, p. 33.

(5) E. Dupuy. — La Jeunesse des Romantiques, p. 76 et sq.

Dans la pièce qu'il intitule Fin et qui clôt ses trois livres d'odes réparties en trois périodes, on découvre ce qu'il s'est proposé en feuilletant la série des Annales, ou plutôt en remuant les souvenirs de la révolution d'Angleterre. L'histoire n'est plus un vaste spectacle dont l'unité tienne dans l'idée monarchie religieuse, c'est un sphinx qui, sur le front des empires, écrit le mot de son énigme en lettres de feu et de sang. Est-ce pour déchiffrer ce mot qu'il a rouvert le gouffre immonde des révolutions ? Cromwell est-il une première page de la Légende des Siècles ? Le poète affirme qu'il faut un chaos à qui veut faire un monde, que sa pensée demande tout un grand peuple à remuer : il songe à mener la foule au but, sans nous dire quel est ce but, à l'éclairer, en comparant aux événements actuels les événements passés, à tirer de ces révolutions un enseignement applicable à la génération contemporaine. Fougueusement il s'écrie :

Le Génie a besoin d'un peuple que sa flamme Anime, éclaire, échauffe, embrase, comme une âme. Il lui faut tout un monde à régir en tyran (1).

Il se compare à l'ouragan, géant capricieux, qui ne peut bondir et tournoyer à l'aise, que sur l'Océan. Au moment où l'on s'attendait à le voir proclamer de grandes leçons de tradition ou de progrès, il se dérobe et revendique simplement le droit aux caprices. Il est une force déchaînée, sans but, qui ne cherche qu'à se déployer librement et à prouver sa toute puissance, fut-ce par des naufrages.

Ce n'estlà qu'un de ces symboles de sa nature qu'il multipliera jusqu'à la confusion, jusqu'à la contradiction. Dans les strophes « dictées en présence du glacier du Rhône, » (2)

( 1 ) Odes et Ballades, liv. III, ode vin. Fin.

(2) Feuilles d'Automne, VII. — Dicté en présence du glacier du Rhône.

MII.TON 59

il se définit lui-même « un esprit riche en métamorphoses, qui flotte sur l'Océan des choses et, sous l'influence du soleil divin, tour à tour rosée, nuage, glacier, torrent, retombe à la mer pour recommencer son cycle merveilleux de transformations. Cette allégorie commente, si l'on veut, la préface de 1824 : « Il ne sera jamais l'écho d'aucune parole, si ce n'est de celle de Dieu » ; mais en cette année 1828, où il rime les dernières ballades d'un moyen âge pittoresque et sans âme, déploie les Orientales, rêve aux Feuilles d'automne, vit le Dernier jour d'un Condamné, songe aux drames de Marion de Lorme, d'Hernani, et au roman de Notre-Dame, qui ne regretterait cette absence de but social, de principe politique et de religion définie chez un poète entré dans la lutte plein de foi en la sublimité de sa mission ?

La nouvelle préface des Odes et Ballades constate de 1822 à 1828 « une progression de liberté qui n'est ni sans signification, ni sans enseignement (1) ». Victor Hugo espère que le xixe siècle pourra se résumer d'un mot : «La liberté dans l'ordre, la liberté dans l'art. « S'aperçoit-il que la liberté dans l'art se définit par l'autonomie du poète et que par suite la liberté dans l'ordre se définira par l'autonomie du citoyen ? En tête des Orientales, il proclamera nettement l'indépendance du génie, et déjà sa sympathie politique s'adresse plus aux colosses de l'histoire qu'aux modestes rois qui ont rempli leur fonction dans l'amour de la paix et de la justice. Dans son ode au statuaire David il regrette de ne pas être un de ces mortels à haute tête,

D'un monde à la fois base et faîte Que leur temps ne peut contenir (2).

Les seuls hommes qu'il nomme expressément c'est Bona-

(1) Odes et Ballades, Préface de 182S.

(2) Feuilles d'Automne, VIII. — A M. David, statuaire.

parte, Cromwell. Charles- Quint, Charlemagne, César et Alexandre, tous des hommes de guerre, des volontés dominatrices.

La liberté, telle est sa bannière. « Que le poète aille où il veut en faisant ce qui lui plaît, c'est la loi (1) ». Il rompt toute relation avec les critiques, toute correspondance avec la société. Le critique est d'abord un lecteur qui comme tel peut apprécier l'œuvre et le poète, le bon ou le mauvais emploi du talent ou du génie : Victor Hugo lui dénie le droit de juger même le choix du sujet. Les lecteurs font partie d'une société qui a ses mœurs, ses lois, ses croyances, il n'en a cure : « Qu'il croie en Dieu ou aux Dieux, à Pluton ou à Satan, à Canidie ou à Morgane ou à rien. Le poète est libre. Mettons-nous à son point de vue ». Voilà le droit à l'Athéisme reconnu par le poète qui naguère ne voyait pas de poésie en dehors des croyances religieuses. Mais alors quelle mission aura le génie ? Comment cet élu, ce prédestiné peut-il se détacher de son Dieu et même s'en moquer ? En effet il lui est loisible non seulement de choisir sa croyance, mais de passer de l'une à l'autre, de se montrer tour à tour chrétien et musulman, de bâtir la cathédrale, puis la mosquée. C'est le scepticisme. Les sentiments, les idées, les formes qu'a revêtues la foi, les merveilles qu'elle a créées, les hommes qu'elle a inspirés ne sont plus pour le poète qu'une riche matière qu'il organise à sa fantaisie, un trésor de symboles, un registre d'expressions, un bazar, un vestiaire où il trouve de quoi habiller ses caprices. Mais n'est-ce pas la fonction propre du génie de s'exprimer lui-même dans ses créations et pourquoi faire un grief à Victor Hugo de cette liberté qu'on ne reproche pas à l'auteur d'Attila, de René et du Dernier des Abencérages ? C'est que Chateaubriand peut se transporter successivement au sein des forêts américaines, sur les rivages de la Bretagne, à

(1) Les Orientales, préface (1829).

l'Alhambra ou au Golisée, il ne s'abandonne pas à une fantaisie qui l'amuse simplement, il ne s'agit pas pour lui de broyer des couleurs nouvelles, de cueillir à des arbres étrangers ou de puiser à des sources ignorées, mais de faire resplendir, à travers les sentiments et les imaginations de son âme inquiète, son idéal toujours le même, catholique, monarchique et chevaleresque. Dans la préface des Orientales au contraire, le poète n'accorde plus aucune importance à sa foi première, il ne sent plus cet instinct qui sans cesse le ramenait au combat pour jeter un dernier anathème à l'impie et chanter encore un hymne à la vertu ; il n'a pas davantage de foi nouvelle; il laisse les couleurs orientales venir comme d'elles-mêmes empreindre toutes ses pensées, toutes ses rêveries, il se laisse faire « à cette poésie bonne ou mauvaise qui lui vient ».

Est-ce qu'il renonce à la fonction sociale du poète pour devenir un simple peintre, un architecte littéraire? Des cordes de la lyre ne conserve-t-il plus que celle de la fantaisie et de l'art ? On le croirait : il ne serait même pas difficile de suivre à travers ses premiers recueils le développement de cette fantaisie meurtrière à toute conviction. Il a fait lui-même ce départ entre les Odes et les Ballades, et a parfois laissé dans les premières bien des jeux d'imagination plus dignes de figurer parmi les caprices et les tours de force rhythmiques des secondes. Quoi d'étonnant qu'après s'être complu aux évocations d'un moyen âge prestigieux, il livre tout un recueil de poésies inspirées par des couchers de soleil ?

Mais ce n'est qu'une apparence. Puisque la poésie se meurt anémiée et chlorotique, il est nécessaire de lui infuser un sang riche et nouveau ; puisqu'elle s'est affadie dans des exercices routiniers, de l'obliger à se créer des rhythmes imprévus. D'ailleurs tous les regards ne sont-ils pas tournés vers l'Asie et n'est-on pas orientaliste au xixe siècle comme au xvir3 on était helléniste ? D'accord avec

les hommes politiques et avec les savants, Victor Hugo agrandit le domaine de la poésie de toutes les découvertes et de toutes les préoccupations contemporaines. A quoi riment ces Orientales ? dira-t-on. — Mais à la guerre de l'indépendance grecque : Les Têtes du Sérail, Enthousiasme, Navarin, sont-ce des fantaisies, ou des hymnes funèbres, des appels aux armes, des chants de triomphe ? Son but, le poète l'indique lui-même :

En vain pour te sauver, patrie illustre et chère, Nous réveillons le prêtre endormi dans sa chaire, En vain nous mendions une armée à nos rois (1).

Et il se plaint que les rois restent sourds, il insinue que la croix romaine se désintéresse de la croix grecque :

C'est un peuple qu'on crucifie, Qu'importe, hélas ! sur quelle croix.

S'il est vrai de dire qu'il en a fini avec l'ode officielle, qu'il se retire peu à peu d'une royauté qui ne réalise pas ses rêves de chevalerie, d'une religion qui, croit-il, n'est plus capable d'appeler aux grandes croisades et dont la force s'emploie en France à comprimer les instincts de liberté, il est faux de prétendre qu'il s'isole du monde et de ses passions dans sa prédilection trop amoureuse de la forme. Au milieu de strophes « toutes ruisselantes de pierreries », les Fantômes, la Captive, les Adieux de V Hôtesse arabe, les Tronçons du serpent rappellent le poète intime du Ve Livre des Odes ; bien plus, l'élu affirme derechef son sacerdoce et sa royauté. « Muse, contemple ta victime », disait-il naguère en empruntant une épigraphe à Lamartine; la victime c'est le poète. Nouveau Mazeppa, lié au génie, ce cheval fougueux qui brise les portes du monde réel, il voit tout, emporté malgré lui, épouvanté, épuisé par cette course. Sous ce

(1) Les Orientale*, V. — Nnvarin.

vol vertigineux, à chaque instant se déplace l'horizon idéal d'un monde sans bornes, chaque pas semble creuser sa tombe,

Enfin le terme arrive... il court, il vole, il tombe Et se relève roi (1) !

Cette royauté du génie est donc imposée à sa vie, comme une épreuve, ce n'est qu'après une longue chevauchée de souffrance qu'elle sera bien établie et reconnue. Le génie perd son caractère d'onction divine, il devient une force dominatrice qui emporte le poète dans des régions inconnues et non plus une force religieuse qu'il doit employer à une œuvre définie. Où donc est la progression dans la liberté? Il faut craindre plutôt un abaissement de dignité, car la conscience de sa fin relève l'homme à ses propres yeux, le fatalisme d'une destinée obscure l'accable et l'avilit. Nulle part toutefois, le poète ne déclare en avoir fini avec une mission sociale, pour se confiner dans le monde des formes et des couleurs. Seulement il a senti l'horizon idéal se déplacer. A mesure qu'il avance le groupe des rois diminue, tandis que grandit au loin la haute statue de Napoléon. De ses invectives au lendemain de Waterloo contre la gloire odieuse de l'homme du destin jusqu'aux strophes ardentes de VOde à la Colonne où il lui apparaît l'égal de Charlemagne, qu-1 chemin ! Victor Hugo constate le travail de purification ; le colosse a cessé d'être le fléau de Dieu, l'assassin d'Enghien, il est temps maintenant de ne plus mêler ses victoires aux gloires de la royauté, de lui rendre l'isolement auquel il a droit. Bonaparte s'est imposé à l'admiration du poète par la grandeur même de son génie, il l'a emporté comme le cheval emportait Mazeppa dompté, lié, incapable de résister, de se délivrer. Rémusat disait dans son second article sur Cromwell : « Ce n'est

(1) Les Orientales XXXIV. — Mazeppa.

pas le moindre privilège du génie que celui de rendre la multitude complice de son égoïsme par l'enthousiasme et la sympathie. Légitime ou funeste, cet ascendant des grandes facultés gouverne le monde et captive même la postérité. Le philosophe peut s'élever contre cette usurpation, mais la poésie doit la reproduire. Les grands hommes doivent dominer dans le drame comme dans leur siècle... La morale et la raison n'en conservent pas moins leurs droits... Elles restent indépendantes de l'imagination, de l'entraînement, de l'admiration et protestent, au nom du devoir et de la vérité, contre les séductions de la fortune, de la gloire et du génie (1) ».

Certes quelques années auparavant le poète eut protesté lui-même contre cette thèse, et en la lisant il dut s'irriter de ce ton dédaigneux de philosophe. Il le mérite s'il rend un culte nouveau au conquérant qui sans cesse «ébranle sa pensée», «verse à son espritle souffle créateur », à ce soleil dont il se déclare le Memnon, à cet aigle qui dans son vol l'emporte haletant et dont la puissance finit par justifier tous les actes :

Tu domines notre âge : ange ou démon, qu'importe (2).

Royauté du génie, culte de Napoléon, ce sont les deux idées fondamentales de ce livre des Orienlales ; toutes les deux dérobent le grand homme au jugement moral des autres hommes, lui attribuent une nature spéciale, un rôle fatal qui le libère des devoirs communs, développe sa complaisance en lui-même, son goût de la tyrannie, son mépris du reste de l'humanité.

Mais cette conception de l'indépendance du génie ne peut s'accorder avec la doctrine catholique. Aussi bien Victor Hugo en 1829 se détache à la fois du catholicisme et de la monarchie. Il publie au mois de juin, dans la

(1) Le Globe, 2 février L828

(2) Les Orientales, liv. XL.

Revue de Paris, un fragment sur la Civilisation dont il semble difficile de faire remonter la composition à 1827. La société européenne, la troisième des grandes théocraties de l'humanité touche à sa fin. Plus d'unité religieuse, ni politique. Rome n'est plus le centre. L'opinion a remplacé la foi. « La Révolution française a consommé l'œuvre de la Réforme ; elle a décapité le catholicisme comme la monarchie, elle a ôté la vie à Rome (1) ». Il nie la puissance d'unité du catholicisme exaltée naguère dans le Voyage aux Alpes. La civilisation sera développée désormais par l'Amérique. Celle-ci tient en réserve un principe nouveau, loi future de l'humanité, « le principe d'émancipation, de progrès et de liberté » ; nouveau, quoiqu'il jaillisse aussi, lui, «de cet évangile qui a deux mille ans, si toutefois l'évangile a un âge ». Négation de la suprématie spirituelle indéfectible de Rome, négation implicite de la médiation du Christ, réduction du catholicisme à une morale évolutive : qu'est devenu le catholicisme, « cette religion complète parce qu'elle est vraie, qui, entre son dogme et son culte scelle profondément la morale (2) » ?

(1) Littérature et Philosophie mêlées, p. 214.

(2) Préface de Cromwell.

Page 1