‹ La fondation de l'Empire allemand, 1852-1871Chapitre 2 sur 22 · II. pnÉFACt · texte numérisé non relu

II. pnÉFACt

des héros sur révolution du monde, elles réduisent la destinée de l'humanité à une série d'accidents. Je ne crois pas aux accidents et je ne crois guère aux héros : je veux dire que les accidents ne prennent d'importance que s'ils sont la conclusion et la sanction d'un long développement antérieur, et que les héros n'apparaissent et n'exercent d'action réelle que si les conditions générales les préparent et les soutiennent. Je me représente mal un Cromwell en France ou un Napoléon I" en Angleterre.

Bismarck est inintelligible si on le sépare du milieu dans lequel il a grandi. Il ne pouvait nattre que d'ans un pays tel que la Prusse, dressé à la discipline par une lignée de souverains qui, depuis des siècles^ travaillaient à développer chez le peuple le fanatisme de l'État, habitué par la Réforme à dédaigner les superstitions et les idoles, façonné par renseignement scientifique et réaliste des Universités. Supposons d'ailleurs que la France du xix* siècle eût produit un tempérament de cette compîexion et un esprit de cette trempe : en quoi les événements: en auraient-ils été modifiés? — En ri»en. Personne ne l'eût compris-,, et il se ftit étiolé f^ute dé frouver les sympathies et les complicités qui lui étaient iadispensahles. Qu'ensuite un chef pareil imprime sa marque à son peuplte et incline la d^irection de l'histoire, aucun doute. Mais avant d''ôiï'e une cause, il est mn effet; il est une résultante, avant de dfe venir un point de départ. Sa puissance d'entraînement n« s'explique que parce qu'il est la vivante synthèse d« désirs infinis et de lointaintîs aspirations.

Un homme, si grand qu'on le suppose, ne crée pas un peuple. Bismarck n'a pas plus fait l'Allemagne que- Gavour n'a fait Fltalie; et il ne serait pas même exact de dire que, si les événements n'ont pas pris la môme tournure au delà des Alp^s et au delà du Rhin et si les Étals fondés par Gavour et Bismarck présentent des différences radicales, leur physionomie spécifique trouve sa raison d'être dans le génie propre des hommes qui ont' présidé aux événements.

I/Unilé germaniqueétait uTie nécessité.r parce qu'il était

pri:fage III

inipossible qu'une nation douée de si éminentes qualités et qui avait rendu dft tfti fi ^prvip.f>s ft ]'|vimani-f^ ..^ r>n^f^l^f.:if ^tnvnailement du rAle humilip et dépendant c|ue des diplomates trop nflr^its luj, jj|,Yf^iAnt ««gj^nrf gn \^\^ Cette Unité d'autre part, elle ne pouvait se faire ni par l'Autriche, à peine allemande, ni par les princes du Sud ou du Centre, usés et comme avilis par les conditions ridicules dans lesquelles s'exerçait leur nonchalante activité. Par un instinct unanime, tous ceux dont le morcellement gênait les intérêts ou froissait le légitime orgueil, tournaient les yeux et les mains vers les llohenzollern. C'est un fait bien remarquable et sur lequel on n'a pas assez attiré l'attention, que le premier Empereur de l'Allemagne moderne ait été un esprit modéré, prudent, presfjue timide, et qu'il ait fallu en quelque sorte lui forcer la main pour lui imposer le sceptre impérial. De 1850 à 1870, ce qui nous frappe, ce n'est pas la violence des ambitions prussiennes, c'est l'inanité des résistances qu'elles soulèvent, l'absence de conviction avec laquelle les ennemis les plus fougueux de Bismarck le combattent. L'Allemagne ne demande qu'à capituler. Dans son rêve agité, la Walkyrie appelle son Siegfried. Bismarck eut le mérite de se rendre compte des chances favorables que les circonstances offraient à ses desseins. Il ouvrit au vent la voile. Cela suffit à sa gloire. Il se laissa porter par le flot. Non pas que son action ait été nulle ou même indifférente, mais ii avait pour lui le passé et le peuple: il n'eût abouti à rien s'il n'avait eu pour collaborateurs — non moins que Moltke et Roon — Hegel et Delbriick, je veux dire les Universités et la bourgeoisie capitaliste, l'Allemagne qui travaille dans le cabinet ou dans le comptoir.

Sa tâche fut facilitée par la complicité ou la sottise des États voisins. Personne ne songe à le contester. Mais ici aussi les fautes et les imprudences commises furent déterminées par un long enchaînement de circonstances, et j'ai essayé de montrer, au milieu des incidents diplomatiques de portée secondaire, les causes lointaines et profondes qui expliquent l'attitude des cabinets elles déconvenues de leur politique.

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