IV PRÉFACE
Bcnedck n'a pas été seul vaincu à Kœniggraîtz, mais avec lui le régime de tyrannie politique et religieuse, qui, depuis Ferdinand II, dévorait les forces de la Monarchie autricliienne. Sedan est la conséquence fatale du coup d'état de décembre.
Je ne me dissimule pas combien cette conception de l'histoire s'éloigne de l'histoire dite scientifique qui est aujourd'hui en faveur. C'est pour indiquer nettement cette divergence que j'ai, de parti pris, aprës coup, supprimé toutes les notes. L'histoire scientifique est à mon sens quelque chose d'aussi vain que le roman expérimental. Rien n'est plus dangereux que les transpositions de genres : les mathématiques sont une chose, et l'exégèse en est une autre. Que l'écrivain ait le devoir de s'entourer de précautions minutieuses pour établir l'authenticité des textes et l'exactitude des faits, c'est une vérité aussi évidente que peu nouvelle. Devra-t-il s'en tenir là? Faut-il en revenir aux Annales des monastères, renoncer à deviner la raison des événements et à retrouver la réalité sous l'apparence? Dans toute œuvre qui n'est pas un simple résumé chronologique, il y a une part nécessaire d'invention subjective et d'arbitraire, et le moindre danger d'altérer la vérité n'est pas dans une réserve platonique qui se contente d'en noter les formes extérieures.
En essayant de démêler la suite générale et les causes essentielles des faits, on a du moins quelque chance d'échapper à tout esprit de colère et de partialité. Sur qui retombe la responsabilité de la rupture de 1870? Sur l'Allemagne ? Sur la France? En France même, où furent les coupables? A la cour? Dans le Ministère? Dans la Chambre? La question perd son acuité si nous réfléchissons que la guerre fut l'inéluctable résultat d'une situation donnée; nous déterminerons les responsabiHtés avec d'autant plus de certitude que nous ne verrons dans les plus coupables que les instruments involontaires d'une fatalité supérieure.
Il me semble ainsi que j'ai pu parler d'une période qui nous fut si fatale, sans colère et sans haine. Du moins, ma plume aurait bien mal traduit ma pensée si mon livre trahissait la