‹ La FontaineChapitre 8 sur 18 · CHEZ MADAME DE LA SABLIERE · texte numérisé non relu

CHEZ MADAME DE LA SABLIERE

Sommaire. — Chez Madame Henriette. — La marquise de la Sablière recueille la Fontaine. — Portrait et caractère de la marquise. — Son hôtel. — Son entourage. — La future société du Temple. — La pénitence expiatoire au Grand Siècle. — La pâture. — Une maîtresse de salon accomplie. — La conversation au Grand Siècle. — La Fontaine expose avec candeur l'état de son âme. — Le discours à M'"^ de la Sablière. — Pourquoi il fut applaudi à l'Académie française. — Remords et hésitation. — L'influence des gens de lettres sur la grande société d'alors. — Flatteries sans adulation. — L'éloge de >!■"« de la Sablière. — Estime qu'on fait de la Fontaine à la Cour. — Dédicace à M™« de Montespan. — La Chambre du Sublime. — Raisons de la place qu'y occupe la Fontaine. — Ses Contes sont interdits par la police.

N 1667 (i), la Fontaine avait obtenu chez Madame Henriette, duchesse d'Orléans, une charge de gentilhomme. Il n'en remplissait pas l'emploi, et ses fonctions ne faisaient au-

(i) Dans tout ce que nous allons dire du séjour de la Fontaine chez M"^** de la Sablière, nous avons suivi, en les amalgamant, les données de Saint-Marc- Girardin, Sainte-Beuve et Mesnard.

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cun tort à ses chers loisirs. Il semble que tous les protecteurs de la Fontaine, entrant dans le secret de son génie, se soient entendus l'un après l'autre pour respecter sa paresse, cette paresse rêveuse et méditative, qui était son genre de travail et d'inspiration. Chez Madame Henriette il ne faisait rien.

Lorsque tout son bien fut dissipé et que la mort soudaine de Madame l'eut privé de la charge de gentilhomme qu'il remplissait auprès d'elle, M"^^ de la Sablière le recueillit dans sa maison et l'y soigna pendant plus de vingt ans.

Abandonné dans ses mœurs, perdu de fortune, n'ayant plus ni feu ni lieu, ce fut pour lui et pour son talent une inestimable ressource que de se trouver maintenu, sous les auspices d'une femme aimable, au sein d'une société spirituelle et de bon goût, avec toutes les douceurs de l'aisance.

Il sentit vivement le prix de ce bienfait; et cette inviolable amitié, familière à la fois et respectueuse, que la mort seule put rompre, est un des sentiments naturels qu'il réussit le mieux à exprimer. Aux pieds de M"^^ de la Sablière et des autres femmes distinguées qu'il célébrait en les respectant, sa muse, par-

fois souillée, reprenait une sorte de pureté et de fraîcheur, que ses goûts trop souvent vulgaires, et de moins en moins scrupuleux avec l'âge, ne tendaient que trop à affaiblir. Sa vie, ainsi ordonnée dans son désordre, devint double, et il en fit deux parts : l'une, élégante , animée, spirituelle, au grand jour, bercée entre les jeux de la poésie et les illusions des cours; l'autre, obscure et honteuse, il faut le dire, et livrée à ces égarements prolongés des sens que la jeunesse tente d'embellir sous le nom de plaisirs, mais qui sont un vice encore plus honteux et un stigmate au front du vieillard.

M"^^ de la Sablière occupe une place dans l'histoire littéraire du Grand Siècle et il convient de faire plus ample connaissance avec cette femme d'esprit.

Riche, belle, aimable et recevant la meilleure société de la cour et de la ville, elle aimait les lettres et les sciences, les connaissait, ne s'en vantait pas, était le contraire de la précieuse et de la femme savante.

« C'est une dame, a dit Bayle, qui connaît

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