‹ La Fontaine de BuffonChapitre 5 sur 11 · VI. — o · texte numérisé non relu

VI. — o

Et encore Rominagrobis, ou Grippeminaud :

C'était un chat, vivant comme un dévot ermite,

Un chat faisant la chattemite, Yn saint homme de chat, bien fourré, gros et gras.

vu. — 10.

Jusqu'ici le poète s'est contenté de nous montrer le chat au repos : il va représenter « ce

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maître fripon » en action, tirant les marrons du feu :

Aussitôt fait (pie dit : Raton, avec sa patte,

D'une manière délicate, Écarte un peu la cendre et retire les doigts;

Puis les reporte à plusieurs fois ; Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque.

ix.— 17.

« Par votre foi ! » était-il possible de mieux rendre le geste rapide et saccadé d'un chat qui veut prendre quelque chose dans le feu et qui craint de se brûler? Ni dans Ésope, ni dans Phèdre, on ne trouve rien de semblable à la peinture de ces mouvements successifs ; c'est du La Fontaine tout pur.

Voici, pour finir, la souris.

Avec un sentiment exquis de son art, La Fontaine n'essaye pas de décrire la figure de ce petit animal ; il la peint d'un trait, d'un mot : « La gent trotte-menu. »

Dans le morne récit, il représente une famille de souris allant en quête du butin :

Toutes.

Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tète, Puis rentrent dans leurs nids à rats, Puis, ressortant, font quatre pas, Puis enfin se mettent en quête.

Ce petit tableau si vrai, et, en même temps, d'une touche si fine et si délicate, c'est encore exclusivement du La Fontaine. Et un poëte de nos jours, eût-il le même génie, n'aurait pas les mêmes facilités pour observer. Aujourd'hui, dans une maison bien tenue, la moindre souris qui apparaît, c'est un événement. Au dix- septième siècle, les souris avaient leurs entrées partout. Racine, écrivant à son fils aîné, lui recommande d'entretenir un peu d'eau dans son cabinet, « de peur que les souris ne ravagent ses livres. » Madame de Sévigné se plaint quelquefois des souris qui mangent tout chez elle : « Quoi ! de bon sucre, du

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fruit, des compotes !... » Le? souris ne devaient pas manquer non plus chez La Fontaine; mais lui, sans cloute, quand elles venaient lui rendre visite, il ne s'en plaignait pas autrement : elles venaient poser devant leur peintre.

Transportons-nous à la campagne, où La Fontaine faisait parfois des excursions, et ici la récolte des observations sera'plus abondante.

Il a observé Fane. Il nous dit le caractère moral de cette bète :

... 11 est bonne créature.

vu. — 17.

Puis il le représente en marche :

Il allait par pays, accompagné du chien, Gravement, sans songer a rien.

Ibid.

La gravité ! voilà bien la physionomie ordinaire de l'âne, lorsqu'il est dans l'exercice de ses fonc-

tions officielles ! Mais débarrassez-le de son harnais et rendez-lui la liberté, il prendra tout comme un autre ses ébats :

Un vieillard sur son une aperçut, en passant,

Vn pré plein d'herbe et fleurissant :

Il y lâche sa bête; et le grisou se rue

Au travers de l'herbe menue, Se vautrant, grattant et frottant, Gambadant, chantant et broutant,

Et taisant mainte place nette.

vi. — 8.

Ne vous est-il jamais arrivé de voir aux champs un àne en gaieté? N'est-ce pas cela? Et le poète, avec son harmonie imitative, avec tous ses participes présents accumulés, ne rappelle-t-il pas heureusement à votre mémoire la légèreté, et, même, le chant de l'animal quand il folâtre?

Il a observé également les volatiles de la ferme, et les coqs, en particulier, ont attiré son attention.

Il les définit :

Peuple à l'amour porté.

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Il dit ailleurs leur humeur querelleuse :

Toujours en noise et turbulents.

Ibid.

Enfin, il met aux prises deux coqs rivaux :

Deux coqs vivaient en paix : une poule survint, Et voilà la guerre allumée.

Amour, tu perdis Troie! . . ,

Longtemps entre nos coqs le combat se maintint, Le bruit s'en répandit par tout le voisinage : La gent qui porte crête au spectacle accourut ;

Plus d'une Hélène au beau plumage Fut le prix du vainqueur. Le vaincu disparut : Il alla se cacher au fond de sa retraite,

Pleura sa gloire et ses amours, Ses amours, qu'un rival, tout fier de sa défaite, Possédait à ses yeux. Il voyait tous les jours Cet objet rallumer sa haine et son courage : Il aiguisait son bec, battait l'air et ses flancs,

Et, s'exerçant contre les vents,

S'armait d'une jalouse rage.

vu. — i:,.

Ce combat de deux coqs rivaux, l'orgueil et les

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