III
Et ailleurs il note le bruit qu'elles font en plongeant dans l'eau :
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes, Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.
H. — li.
ET BUFfON. 49
Si vous avez jamais égaré vos pas au bord d'un marais, vous avez certainement effrayé et mis en fuite des grenouilles: vous devez retrouver dans ces vers la musique de leurs adieux.
Dans ses promenades champêtres, lepoëte a vu le héron, dont l'aspect l'a vivement frappé :
On jour sur ses longs pieds allait je ne sais où Le héron au long bec emmanché d'un long cou;
Il côtovait une rivière.
vu. — 4.
Trois vers en tout! et nous aussi nous voyons l'oiseau, sa structure, sa figure, et, de plus, nous savons quels sont les parages qu'il fréquente le plus volontiers ; et nous savons par là en même temps quelle est sa nourriture favorite. Le héron côtoie une rivière, parce que c'est sur le poisson « qu'il fonde sa cuisine. »
La chèvre, non plus, n'a pas échappé au regard de La Fontaine, et il nous a laissé de cet animal vif et curieux la peinture que voici :
Des que les chèvres oui broute, Certain i spiit de liberté
Leur fait chercher fortune : elles vont en voyage
Vers les endroits du pâturage
Les moins fréquentés des humains.
Là, s'il est quelque lieu sans route et sans chemins, Un rocher, quelque mont pendant en précipices, C'est où ces dames vont promener leurs caprices. Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.
xii. — -i.
C'est dans sa vieillesse que La Fontaine composa et publia séparément le douzième livre de ses Fables. Ces dernières compositions, il faut bien l'avouer, se ressentent trop souvent de la fatigue de l'âge; mais quelquefois aussi, comme on peut en juger par ces vers, notre poëte, en dépit des années, retrouvait toute la vigueur de son meilleur temps.
La Fontaine ne s'est pas borné à observer et à peindre les animaux qui s'offrent d'eux-mêmes au regard d'un rêveur qui se promène ; il a observé et il peint tout aussi bien les animaux qu'on ne voit guère qu'à la chasse. Dans l'une de ses plus
jolies fables, il s'est représenté comme un chasseur déterminé et redoutable, « un nouveau Jupiter » foudroyant des lapins. Lui, chasseur! n'en croyez rien. La chasse n'était pour lui qu'un prétexte, et sa foudre, ou son fusil, une attitude. Il aimait trop les animaux pour chercher sérieusement les occasions de les tuer, et je doute fort qu'au retour de ses expéditions il rapportât fjrand'chose dans sa uibecière. En revanche, il en a rapporté bon nombre d'observations, qui, après deux siècles écoulés, n'ont rien perdu de leur fraîcheur.
Yoici, selon moi, le produit d'une chasse aux lapins :
A l'heure de l'affût, soit lorsque la lumière Précipite ses traits dans l'humide séjour, Soit lorsque le soleil rentre dans sa carrière, Et que, n'étant plus nuit, il nest pas encor jour; Au bord de quelque bois, sur un arbre je grimpe, Et, nouveau Jupiter, du haut de cet Olympe,
Je foudroie à discrétion
Un lapin qui n'y pensait guère.
Je vois fuir aussitôt toute la nation
T'es lapins, qui, sur la bruyère,
L'œil éveillé, l'oreille au guet, S'égayaient, et de thym parfumaient leur bouquet.
Le bruit du coup fait que la Lande
S'en va chercher sa sûreté
Dans la souterraine cité ; Mais le danger s'oublie, et cette peur si grande S'évanouit bientôt. Je revois les lapins, Pins gais qu'auparavant, revenir sous mes mains.
x — lo.
Cette gaieté des lapins prouve de reste, ce me semble, que le chasseur n'avait pas fait parmi eux un grand ravage. Mais la chasse n'en a pas été moins heureuse.
Voici à présent ce qu'a produit une chasse au lièvre.
La Fontaine nous dit d'abord le trait distinctif de l'animal :
L'animal aux longues oreilles.
ii. — il.
Et puis son caractère et ses mœurs ; Un lièvre en son gîte songeait.
Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait. Cet animal est triste et la crainte le ronge.
Il était douteux, inquiet :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.
Le mélancolique animal
En rêvant
Entend un léger bruit : ce lui fut un signal
Pour s'enfuir devers sa tanière.
lbid.
Cette journée, encore, a été bonne.
Voici, pour finir, ce que La Fontaine rapporta d'une chasse aux perdrix.
Quand la perdrix
Voit ses petits En danger et n'ayant qu'une plume nouvelle Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas, Elle fait la blessée, et va traînant de l'aile, Attirant le chasseur et le cliien sur ses pas, Détourne le danger, sauve ainsi sa famille; Et puis, quand le chasseur croit que son cliien la pille, Elle lui dit adieu, prend sa volée, et rit De l'homme qui, confus, des yeux en vain la suit.
Cet homme confus, ce chasseur si gentiment attrapé, ne serait-ce pas La Fontaine? Sans doute, au lieu de tirer, il regardait. Qu'importe, après tout? S'il n'a pas abattu la perdrix, il a trouvé dix vers charmants : et, cette fois-là non plus, il n'a pas perdu sa journée.
Si je voulais, je pourrais encore, en parcourant les Fables, recueillir çà et là d'autres indications précieuses et d'autres peintures charmantes; mais j'entends le poète qui me dit tout bas qu'il ne faut pas « épuiser une matière. » Et d'ailleurs, n'est-ce pas assez pour faire apprécier La Fontaine? Ne reconnaissez-vous pas en lui l'observateur le plus vrai et le plus fin? et ses petits tableaux ne vous rendent-ils pas la nature même avec sa variété, avec son mouvement, avec sa grâce? Je ne sais si le chat et la belette, si le lapin et la perdrix, etc., sont destinés à orner notre globe à perpépuité ; tant d'autres animaux, de plus belle taille, ont disparu ! mais si, d'aventure, et par des causes que j'ignore, ces petites espè-
ces venaient, à leur tour, à disparaître, nous pouvons consoler d'avance nos arrière-neveux : le chat et la belette, le lapin et la perdrix, et la souris, se retrouveraient vivants dans les Fables de La Fontaine.
La Fontaine n'a pas observé seulement l'animal extérieur ; philosophe autant que peintre, il s'est occupé des facultés des animaux, et cela avec une pénétration, une justesse et une indépendance d'esprit qui étonnent, surtout quand on songe aux idées qui régnaient de son temps à ce sujet. Et, afin que le lecteur se rende mieux compte de ce qu'il lui a fallu de sagacité et de bon sens, disons tout de suite comment a été résolue de nos jours cette question, tant débattue, de ce qu'on appelait jadis Y rime des bêtes.
A Frédéric Cuvier appartient l' honneur d'avoir prononcé le dernier mot, le mot décisif de la science sur cette question l.
Selon Frédéric Cuvier, il y a chez les animaux deux facultés distinctes, qui peuvent bien parfois exister simultanément, mais qu'il faut se donner garde de confondre : l'instinct et l'intelligence.
L'instinct est cette force occulte qui pousse certaines espèces à produire nécessairement certains actes déterminés, toujours les mêmes. C'est l'instinct qui porte les abeilles à édifier leur ruche, les araignées à tisser leur toile, les oiseaux à se construire un nid, les lapins a se creuser un terrier, les castors à se bâtir une cabane. Bossuet avait en vue ces diverses opérations résultant de l'instinct, lorsqu'il écrivait ces belles paroles : « Ce que les animaux font de plus industrieux se fait de la même sorte que les fleurs, les arbres et
1 Voyez Floukexs. De l'instinct et de l'intelligence des animaux. Paris. 1851, \). "tO et sniv.
les animaux eux-mêmes, c'est-à-dire avec art du coté de Dieu, et sans art qui réside eu eux1. »
Mais, en dehors de l'instinct, les animaux possèdent aussi, dans une certaine mesure, une faculté supérieure à cet instinct aveugle. « Les animaux, dit fort bien M. Flourens dans son excellente appréciation des travaux de Frédéric Cuvier, les animaux reçoivent par leurs sens des impressions semblables à celles que nous recevons par les nôtres; ils conservent comme nous la trace de ces impressions; ces impressions conservées forment, jour eux comme pour nous, des associations (d'idées?) nombreuses et variées; ils les combinent, ils en tirent des rapports, ils en déduisent des jugements; ils ont donc de l'intelligence 2. »
Il va sans dire que cette intelligence n'est pas la même chez tous les animaux; plus ou moins développée selon la classe, selon l'espèce. B'a-
1 Traité de la connaissance de Dieu et de soi -mime, chapitre v, g 8.
ë De l'instinct et de l'intelligence des animaux, pi 39.
près Frédéric Cuvier, c'est dans la classe des mammifères quelle atteint le plus grand développement; et là elle va montant, de degré en degré, du rongeur au ruminant, du ruminant au pachyderme, du pachyderme au carnassier, et enfin du carnassier au quadrumane, l'espèce la pins favorisée1.
Et cependant, entre l'intelligence de l'espèce la mieux douée et l'intelligence humaine, quelle différence ! L'homme seul connaît Dieu. Seul il a l'idée de l'absolu, de l'infini, de l'éternel. Seul il a le sentiment du juste et de l'injuste. Seul il est capable d'éprouver le repentir. Seul enfin il a le privilège d'inventer: et, par exemple, pour m'en tenir q un fait unique, bien simple, bien vulgaire, à lui seul il a été donné d'employer le feu. Et la sagesse antique l'ut bien inspirée lorsque, voulant représenter sous une vive image ce beau privilège de l'homme, elle inventa elle-
5 De V instinct et de l'intelligence des animaux, p. 32.
ET BIFFO.Y 61
même le mythe de Promet liée dérobant le feu du ciel.
Descendons un peu de ces hauteurs, et revenons à l'intelligence des animaux.
Cette intelligence, il a fallu six mille ans pour la reconnaître et en fixer les limites. Jusque-là philosophes et naturalistes disputaient dans le vide, au milieu d'affirmations et de négations qui ne reposaient que sur leur caprice. Je ne rappellerai pas toutes les folies qui se sont débitées à ce sujet. A quoi bon? mais je ne saurais passer sous silence ce qu'en ont dit deux philosophes français qui ont précédé La Fontaine, et qui sont comme les représentants des deux opinions extrêmes : je veux parler de Montaigne et de Descartes.
Frappé de la faiblesse de l'homme, et, en même temps, révolté de son orgueil, Montaigne s attache à rabaisser « cette misérable et chétive créature, qui n'est pas seulement maîtresse de soi, et qui ose se dire maîtresse et empérière de
l'univers. » Dans ce dessein, il nous met en parallèle avec les betes, et se complaît à les exalter outre mesure à nos dépens. Quant à la force corporelle, combien d'animaux l'emportent sur nous! Quant aux mœurs, plusieurs sont des modèles d'ordre social, chez cpii l'on voit « des mariages mieux règles que les nôtres. » Quant à l'intelligence, ils sont bien autrement prudents, bien autrement sagaces, bien autrement habiles, bien autrement inventifs. Montaigne le prouve à sa manière, et sans rire. Il existe un instrument que la délicatesse moderne ne permet pas de nommer... cet instrument qu'une vieille et adroite servante approchait mystérieusement de la duchesse de Bourgogne, presque soUs les yeux de Louis XIV et de madame de Maintenons le soir, avant le bal, pour la rafraîchir... cet instrument avec lequel les Matassins mettent en fuite M. de Pourceaugnac épouvanté... Eh bien, qui pensez-vous qui ait eu la gloire d'inventer ce merveilleux instrument? C'est l'homme, direzvous. Non pas, c'est la cigogne, ne vous dé-
El BUFFON. 65
plaise : l'homme n'a été ici qu'un plagiaire, un contrefacteur. Ainsi de tout le reste l. Il est, ma foi, fort heureux que la vapeur, et le télégraphe, et l'électricité, n'aient pas été déjà connus du temps de Montaigne: sans quoi, n'en doutez pas, il en aurait revendiqué l'invention au profit des animaux. Et il soutient sa thèse avec tant d'imagination et d'esprit, et d'un accent si convaincu, qu'à la On le lecteur s'inquiète, et qu'on serait tenté de se demander si en effet les vraies bêtes, ce n'est pas nous2.
Après Montaigne, qui accorde tout si libéralement aux animaux, Descartes vient, qui leur refuse tout absolument. Ne vous en étonnez pas. A un esprit contemplatif, mieux doué pour la méditation interne que pour l'observation des phénomènes du dehors, Descartes joignait une imagination suhtile qui le portait assez volontiers
1 Voyez les Essais, liv. II, ch. ta.
2 Vovpz. h la im du volume, la note C.
aux hypothèses : témoin ses tourbillons. 11 était d'ailleurs dominé par des scrupules religieux, qui, en vérité, n'ont rien à voir dans la question l.
Quoi qu'il en soit, il lait, lui. des animaux de purs automates. Ceux de leurs actes où nous (lovons apercevoir quelque chose qui ressemble à de l'intelligence ne sont tout simplement, selon lui, que l'effet du jeu des organes. Laissons-le parler : « S'il y avait, dit-il, de telles machines qui eussent les organes et la figure extérieure d'un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n'aurions aucun moyen pour reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de même nature que les animaux. » Plus loin, après avoir dit que les animaux sont incapables de composer un discours pour faire entendre leurs pensées, il ajoute : « Ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes,
1 Œuvres de Drscarles, édition publiée par M. Cousin, t. T, page 1X0.
mais quelles n'en ont point du tout. » Et plus loin enfin : « C'est une chose fort remarquable que, bien qu'il y ait plusieurs animaux qui témoignent plus d'industrie que nous en quelquesunes de leurs actions, on voit toutefois que les mêmes n'en témoignent point du tout en beaucoup d'autres: de façon que ce qu'ils font mieux que nous ne prouve pas qu'ils ont de l'esprit, car, à ce compte, ils en auraient plus qu'aucun de nous et feraient mieux en toute autre chose; mais plutôt qu'ils n'en ont point, et que c'est la nature qui agit en eux, selon la disposition de leurs organes; ainsi qu'on voit qu'une horloge, qui n'est composée que de roues et de ressorts, peut compter les heures et mesurer le temps plus justement que nous avec toute notre prudence1. » Voilà donc les pauvres bêtes bien et dûment exécutées! Naguère elles étaient en droit de triompher des louanges que leur prodiguait le
1 Discours de la Met/iode, Ve partie. Voyez, à la lin du volume, la noie D.
scepticisme complaisant de Montaigne; elles n'ont pins maintenant qu'à s'humilier sous l'arrêt prononcé par le dogmatisme inexorable de Descartes.
On voit sans peine le danger de l'un et de l'autre système : il est le môme des deux côtés. Seulement, avec Montaigne, il n'y a pas à s'abuser le moins du monde; car, si les bêtes sont supérieures à nous, ou nos égales, que devient la dignité de la nature humaine? que devient la spiritualité de l'âme? Avec Descartes, on ne va pas à la conséquence par la ligne droite, mais un léger détour vous y mène; car, ainsi que l'a remarqué Voltaire avec tant de raison et d'esprit, « si les bètes sont de pures machines, vous n'êtes certainement auprès d'elles que ce qu'une montre à répétition est en comparaison du tournebroche1. »
Et, au point de vue moral, le système de Des- 1 Traité de métaphysique, eh. v.
cartes présente un autre inconvénient qui n'est pas moins grave : il doit immanquablement avoir pour effet de détruire, ou tout au moins d'affaiblir en nous la première vertu du cœur humain, la bonté. Ainsi Malebranche, le plus doux des hommes, mais cartésien décidé, battait froidement son chien, en qui il ne voyait qu'une machine. Ce que c'est que l'empire d'un préjugé philosophique, et l'influence de l'idée sur la conscience! La pauvre machine, qui n'était pas du tout insensible aux coups de bâton, criait; le cartésien n'entendait rien.
Fort heureusement, entre les deux systèmes opposés, entre la fantaisie du philosophe sceptique et l'exclusivisme du philosophe dogmatique, il y avait place pour l'observation et le bon sens, et voici La Fontaine qui arrive. Il ne sera | as sans intérêt, ce me semble, de rechercher comment notre poète a été conduit à exprimer son opinion sur l'intelligence des animaux.
Dans les six premiers livres des Fables, publiés
on 1668, on no trouve rien à oc sujet. La Fontaine prête, il est vrai, aux animaux nos idées, nos préjugés, nos passions, nos ridicules, notre langage; mais cela, Ésope et Phèdre l'avaient l'ait avant lui. En imitant ses devanciers, j'en conviens encore, il ajoute à leurs inventions des grâces nouvelles; mais, quant au fond des choses, il ne va pas plus loin qu'eux. Vous presseriez en vain tons ces petits chefs-d'œuvre, vous n'en feriez pas sortir un mot, pas une allusion, même indirecte, à la question métaphysique.
In intervalle de dix ans sépare la publication du premier recueil de celle du second. Pendant ces dix ans, que s'est-il passé? le voici : La Fontaine a eu tout le loisir pour observer encore plus sérieusement, plus attentivement les animaux; il a établi avec eux des relations plus familières, plus intimes; et, à force de les regarder agir, il a reconnu qu'un principe intérieur, une intelligence quelconque, détermine leurs actes1.
1 Yovez. à Ja tin fin volume, la note E.
ET BL'FFON. 09
Il no pont donc plus laisser dire désonnais qu'en faisant paraître dans sa Comédie ses petits acteurs, il ne met en scène que des automates. Il ne peut plus le laisser dire, ni pour l'honneur de ses acteurs, ni pour son honneur à lui-même.
Il ne se trouve plus d'ailleurs aujourd'hui dans les mêmes conditions qu'il y a dix ans. Alors, il n'était guère connu du public que par ses Contes, ouvrage où le grand poëte ne se révèle qu'à demi, et qui, par sa nature même, ne pouvait lui acquérir que des partisans muets. Alors, se commettre avec Descartes, c'eût été folie. Aujourd'hui, il a un nom déjà marqué pour la gloire, et, avec ce nom, des amis en foule et déclarés. Aujourd'hui, s'il veut protester en faveur des animaux, il est assuré d'avoir pour lui tout ce qui en France est épris de la poésie et des beaux vers; il aura pour lui les grands seigneurs les plus éclairés, M. de la Rochefoucauld et M. de Bar Mon, les femmes les plus spirituelles, madame de Montespan et madame de Sévi gué1: il
1 Voyez, m la Pin rlu volume, la note F.
aura pour lui, ou un mot, los délicats, dont il a dit que « rien ne saurait les satisfaire, » et qu'il a non-seulement satisfaits, mais charmés. Le voilà donc en situation d'exprimer hautement sa pensée, de comhattre hardiment l'automatisme de Descartes.
La Fontaine n'attaqua pas de front, dès l'abord, ce qu'on appelait la Philosophie nouvelle, c'est-à-dire la théorie cartésienne. 11 se borne, dans les Obsèques de la Lionne, à lui lancer un trait en passant :
Je définis la cour un pays où les gens,
Tristes, gais, prêts à tout, h tout indifférents,
Sont ce qu'il plaît au prince, ou, s'ils ne peuvent l'être,
Tâchent au moins de le parailre.
Peuple caméléon, peuple singe du maître; On dirait qu'un esprit anime mille corps : C'est bien là que les gens sont de simples ressorts!