‹ La FontaineChapitre 10 sur 69 · COMMENT IL 4IME LA NATURE · texte numérisé non relu

COMMENT IL 4IME LA NATURE

quent tant notre cher Maucroix ; mais, de part et d'autre, coteaux les plus agréablement vêtus qui soient dans le monde. Vous m'en entendrez parler plus d'une fois; mais en attendant,

Que dirons-nous que fat la Loire Avant que d'être ce qu'elle est ?

Car vous savez qu'en son histoire Notre bon Ovide s'en tait.

Fut-ce quelque aimable personne.

Quelque nymphe au cœur de rocher, Quelque reine, quelque amazone Qu'aucun amant ne put toucher ?

Ces origines sont communes ; C'est pourquoi n'allons point chercher Les Jupiter et les Neptunes....

Laissons là ces métamorphoses, Et disons ici, s'il vous plaît, Que la Loire fut ce qu'elle est Dès le commencement des choses.

La Loire est donc une rivière Arrosant un pays favorisé des cieux, Douce quand il lui plaît, quand il lui plaît si fièro Qu'à peine arrête-t-on son cours impérieux.

Elle ravagerait mille moissons fertiles, Engloutirait des bourgs, ferait flotter des villes,

Détruirait tout en une nuit.

Il ne faudrait qu'une journée

Pour lui voir entraîner le fruit

De tout le labeur d'une année, Si le long de ses bords n'était une ievée

Qu'on entretient soigneusement...

Vous croyez bien qu'étant sur ses rivages.

Nos gens et moi nous ne manquâmes pas De promener à l'entour notre vue :

fPj rencontrai de si charmants appas Que j'en ai l'âme encore toute émue.

Coteaux riants y sont des deux côtes ; Coteaux non pas si voisins de la nue Qu'en Limousin ; mais coteaux enchantés ; Belles maisons ; beaux parcs et bien plantes, , Prés verdoyants dont ce pays abonde, Vignes et bois, tant de diversités Qu'on croit d'abord être en un autre monde...

Mais le plus bel objet c'est la Loire sans doute : On la voit rarement s'écarter ie sa route ; Elle a peu de replis dans son cours mesuré :

Ce n'est pas un ruisseau qui serpente en un pré ;

C'est la fille d'Amphitrite ;

C'est elle dont le mérite,

Le nom, la gloire, et les bords

Sont dignes de ces provinces, Qu'entre tous leurs plus grands trdsors

Ont toujours placé nos princes.

Elle répand son cristal Avec magnificence,

Et le jardin de la France

Méritait un tel can^l.

Page 1