‹ La FontaineChapitre 12 sur 69 · COMMENT IL PEINT LA NATURE · texte numérisé non relu

COMMENT IL PEINT LA NATURE

dérer telle ou telle fable, sans tenir compte du récit, en la prenant pour un petit tableau de choses rustiques. Toutes, bien entendu, ne se prêtent pas à cette sorte de jeu ; vous reconnaîtrez vite celles qui ne le comportent point, et les laisserez de côté. Pour celles qui s'y prêtent, vous prendrez un très grand goût à cette façon de les regarder, et vous verrez, puisqu'on doit tant vous parler des peintres de la nature^ ce que c'est en effet que peindre les choses par les traits rares et bien choisis de leur aspect et de leur physionomie. Voyez, par exemple, le Héron. Le Héron^ c'est d'abord l'histoire du héron, dédaigneux et difficile de sa bouche; mais c'est aussi... quoi? une rivière, la peinture d'une petite rivière de France, calme, riante et peu profonde.

Il côtoyait une rivière :

L'onde était transparente ainsi qu'aux pins beaux jours ; Ma commère la carpe y faisait mille tours,

Avec le brochet son compère.

Le tableau n'est-il pas complet? Ne croyez- vous point la connaître, cette rivière, et être assis sur ses bords, et voir les tours de la carpe et du brochet, et voir encore :

Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures

Et puis, je ne sais quoi^ un nuage qui passe, un

coup de vent qui se déchaîne. L'horizon devient triste, la rivière sombre : « On ne voit plus aucun poisson, » ni rien sur la rive déserte, que le héron mélancolique, croquant un limaçon, triste ment.

Lisez V Hirondelle et les petits oiseaux. C'est l'histoire d'une bonne grand'mère prudente et avisée que ses petits étourdis d'enfants ne veulent pas écouter. Mais c'est aussi, à regarder autrement, Vhistoire d'une chènevière. Vous assistez d'abord aux semailles :

H arriva qu'au temps que la chanvre se sème, Elle vit un manant en couvrir maints sillons... Voyez-vous cette main qui par les airs chemine f

Rien de plus ; mais n'est-ce pas assez, et cette main cheminant dans l'air ne vous^et-elle point devant la scène même, de manière à ne pas l'oublier ?

Puis vous voyez la chèneviêre verdir « brin àbrin » sur lé sol :

Quand la chèneviêre fut verte, L'hirondeUe leur dit : « Arrachez brin à brin Ce qu'a produit ce maudit grain, d

Puis enfin « la chanvre (comme on disait du temps

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