GOMMENT IL PEINT LA NATURE
de La Fontaine) est tout à fait crue ; » et voici venir les jours d'automne, où les campagnards ont des loisirs, où la terre est « couverte, » c'est-àdire ensemencée, où les petits villageois font la chasse aux oisillons :
Quand reginglettes et réseaux Attraperont petits oiseaux.
Toute une année rustique, avec toutes ses phases, chacune exprimée rapidement par un seul détail vif et qui la peint mieux que tout autre, est décrite en raccourci dans ce simple et naïf récit.
Voici d'autres tableaux toujours courts, circonscrits, où deux coups de pinceau ou de crayon suffisent, parce que le côté véritablement intéressant, celui qui frappe et qui émeut, a été mis par l'auteur en bonne lumière. Il suffit : le tableau est fait. C'est un bûcheron revenant au logis :
Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée.
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans, Gémissant et courbé, marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
C'est le départ pour le pâturage :
La bique, allant remplir sa traînante mamelle, Et paître l'herbe nouvelle.
Voici le PrintemjuSj avec cette espèce d'air de fête et de renaissance qu'il répand sur tout Tunivers ; cela en trois vers ; mais comme ils sont pleins, et larges, et d'une forte et vig^oureuse harmonie:
Les alouettes font leur nid
Dans les blés, quand ils sont en herbe,
C'est-à-dire environ le temps Que tout aime et que tout pullule dans le monde^
Monstres m^arins au fond de Tonde^ Tigres dans les forêts^ alouettes aux champs.
Le voici encore , moins triomphant en quelque sorte, et sans le même air de gloire ; mais gracieux et riant, tel qu'on le voit quand on le regarde, non du haut d'une grande montagne où les pensées prennent un large vol et veulent embrasser le monde, mais du seuil de la ferme, quand on voit les bêtes s'en aller lentement vers les champs et s'égrener dans la plaine :
Un certain loup, dans la saison Que les tièdes zéphyrs ont l'herbe rajeunie (1), Et que les animaux quittent tous la maison
Pour s'en aller chercher leur vie...
(1) Ont rajeuni l'herbe.