‹ La FontaineChapitre 38 sur 69 · VANITE · texte numérisé non relu

VANITE

' La tortue que nous avons vue plus haut portée dans les airs par deux canards n'est pas seulement étourdie y elle est vaniteuse. C'est qu'il n'y a qu'un pas de Tun à l'autre. C'est par vanité le plus souvent et désir de paraître que nous nous jetons dans de sottes aventures, et comme dit La Fontaine :

Imprudence j babil et sotte vanité, Et vaine curiosité, Ont ensemble étroit parentage ; Ce sont enfants tous dtun lignage.

C'est un autre défaut des petits, la vanité^ que

La Fontaine a poursuivi de fines railleries et a montré sous toutes ses formes.

Il nous montre le corbeau, qui, voyant un aigle enlever un mouton, veut Fimiter, et ne réussit qu'à s'empêtrer dans la toison de l'animal, et à se faire prendre par le berger.

LE CORBEAU VOULANT IMITEB l'aIGLE.

L'oiseau de Jupiter enlevant un mouton,

Un corbeau, témoin de l'affaire, Et plus faible de reins, mais non pas moins glouton,

En voulut sur l'heure autant faire.

n tourne à l'entour du troupeau, Marque entre cent moutons le plus gras, le plus beau,

Un vrai mouton de sacrifice :

On l'avait réservé pour la bouche des dieux.

Gaillard corbeau disait, en le couvant des yeux :

« Je ne sais qui fut ta nourrice; Mais ton corps me paraît en merveilleux état :

Tu me serviras de pâture. D Sur l'animal bêlant à ces mots il s'abat.

La moutonnière créature Pesait plus qu'un fromage, outre que sa toison

Etait d'une épaisseur extrême, Et mêlée à peu près de la même façon

Que la barbe de Polyphème (I).

(1) Polyphème était un géant habitant sur les côtes de Sicile.

Elle empêtra si bien les serres dn corbean, Qae le pauvre animal ne put faîre retraite.

Le berger vient, le prend, Teneage bien et beau, Le donne à ses enfants pour servir «l'amnsettte.

Il fant se mesurer ; la conséquence est nette : Mal prend aux volereaux (1) de faire les voleurs.

L'exemple est un dangereux leurre :

Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands seigneurs ; Où la guêpe a passé, le moucheron demeure.

C'est encore le corbeau qui, pour montrer sa belle voix, laisse tomber le fromage, dont s'empare le renard, toujours à l'affût d'un bon tour.

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