LB POT DB TBBBB ET LB POT DE FEB
Le pot de fer proposa
Au pot de terre un vojrage.
Celui-ci s'en excusa,
Disant qu'il ferait que sage (1)
De garder le coin du feu :
Car il lui fallait si peu,
Si peu que la moindre chose
De son débris serait cause :
Il n'en reviendrait (2) morceau.
€ Pour vous, dit-il, dont la peau
Est plus dure que la mienne,
Je ne vois rien qui vous tienne.
— Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le pot de fer :
Si quelque matière dure
Vous menace, d'aventure.
Entre deux je passerai,
Et du coup vous sauverai. »
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés.
Mes gens s'en vont à trois piedâ,
Clopin dopant, comme ils peuvent,
L'un contre l'autre jetés
(i) Faire que sage, faire sagement.
(^) Aucun morceau.
«4G Là FONTAINE.
Au moîndre hoquet (1) qu'ils trouvent (2) Le pot de terre en souffre ; il n'eut pas fait cent pas, Que par son compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu'il eût lieu de se plaindre.
Ne nous associons qu'avecque nos égaux ; Ou bien il nous faudra craindre Le destin d'un de ces pots.
C'est le cheval, sauvage et libre encore, qui, s'étant voulu venger du' cerf, cherche l'alliance de l'homme. « L'homme lui mit un frein, lui sauta sur le dos ; » et voilà le cheval esclave de Thomme. — 11 l'est encore.
LE CHEVAL s'^TANT VOULU VENGER DU CERF.
De tout temps les chevaux ne sont nés pour les hommes.
Lorsque le genre humain de glands se contentait,
Ane, cheval et mule, aux forêts habitait ;
Et l'on ne voyait point, comme au siècle où nous sommes, Tant de selles et tant de bâts, Tant de harnais pour les combats, Tant de chaises, tant de carrosses ; Comme aussi ne voyait-on pas Tant de festins et tant de noces.
(1) Choc.
C2) Trouvent.
Or, un cheval eut alors diflFérend
Avec un cerf plein de vitesse ; Et, ne pouvant l'attraper en courant, Il eut recours à Thomme, implora son adresse, li'homme lui mit un frein^ lui sauta sur le dos,
Ne lui donna point de repos Que le cerf ne fût pris, et n'y laissât la vie.
Et cela fait, le chevarl remercie L'homme son bienfaiteur, disant : « Je suis à vous ; Adieu ; je m'en retourne en mon séjour sauvage. — Non pas cela,dit l'homme ; il fait meilleur chez nous : Je vois trop quel est votre usage.
Demeurez donc ; vous serez bien traité, " Et jusqu'au ventre en la litière. > Hélas 1 que sert la bonne chère, Quand on n'a pas la liberté ? Le cheval s'aperçut qu'il avait fait folie ; Mais il n'était plus temps ; déjà son écurie Était prête et toute bâtie, n y mourut en traînant son lien :
Sage, s'il eût remis une légère offense.
Quel que soit le plaisir que cause la vengeance. C'est, l'acheter trop cher que Tacheter d'un bien Sans qui les autres ne sont rien.
Telles encore ces pauvres bêtes innocentes qui s'avisent de vouloir se mettre en société avec le
lion. Chasser avec le lion, c'est vouloir être gibier plutôt que chasseur. « On le leur fit bien voir. »