LA CIOALE ET LA FOURMI
La cigale, ayant chanté
Tout l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue ;.
Pas un seul petit morceau De mouche ou de vermisseau.
Elle aUa cper famine Chez la fourmi sa voisine, lia priant de lui prêter Quelque grain pour subsister
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Jusqu'à la saison noayelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle, Avant Tout (1), foi d'animal, Intérêt et principal (2). > La fourmi n'est pas prêteuse ; C'est là son moindre défaut.
€ Que faisiez-vous au temps cLaud?
Dit-elle à cette emprunteuse.
— Nuit et jour à tout venant Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantiez ? j'en suis fort aise : Eh bien ! dansez maintenant. >
Cette fable contient un double ense^nement qu'il ne faut p^B méconnaître : ne soyez pas imprévoyants comme la cigale, mais n'ayez pas la dureté de la fourmi. L'économie est une belle chose, mais elle ne doit pas supprimer les sentiments de bonté, de charité que tous, petits et grands, nous devons avoir les uns pour les autres.
Il faut économiser pour autrui autant que pour soi-même, songer jusqu'au dernier jour « à se donner des soins pour le plaisir d* autrui. » La vie, d'ordinaire, estcourté ; si elle est longue, pour-
(4) Le mois d'août, époque de la moisson.
(2) Capital.
LÀ MORALE DE LA FONTAINE. m
quoi Tabréger d'avance en la considérant comme finie, en s'endonnant dans un lâche repos? Ne nous moquons point du vieillard qui travaille alors qu'il pourrait jouir. Il jouit encore à sa manière ; il jouit de son activité, du peu qu'il ajoute au trésor commun de Thumanité, du plaisir qu'il sent à se dire que d'autres verront le fruit de ses peines, et en profiteront : « Mes arrière-neveux me devront cet ombrage, » — Et cet ombrage qu'il ne verra pas, il le goûte en imagination, dans son rêve de bonté et de bienfaisance, plus que ses descendants ne le goûteront en réalité.