‹ La FontaineChapitre 46 sur 69 · LE LABOUBEUB ET SES ENFANTS · texte numérisé non relu

LE LABOUBEUB ET SES ENFANTS

Travaillez, prenez de la peine :

C'est le fonds qui manque le moins.

Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine, Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins. «-Glardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage Que nous ont laissé nos parents :

Un trésor est caché dedans .

Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage Vous le fera trouver ; vous en viendrez à hout. Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût: Creusez, fouillez, hêchez ; ne laissez nulle place

Où la main ne passe et repasse, v Le père mort, les fils vous retournent le champ, Deçà^ delà, partout ; si bien qu'au bout de l'an

15S LA FOIVTAINE.

H en rapporta davantage.

D'argont, point de caché. Mais le père fut sage De leur montrer, avant sa mort, Que le travail est un trésor.

Que le travail soit le véritable trésor, le fonds qui ne manque jamais, on le voit bien quand une circonstance ramène à la commune condition, à régalité primitive les personnages les plus différents. Que sert, quand on a fait naufrage, d'être noble ou même prince ? Du temps de La Fontaine, princes et nobles ne craignaient guôro le naufrage ; mais il est des naufrages de toutes sortes, et, pendant la Révolution, plus d'un noble émigré, réduit à transformer en gagne-pain un art d'agrément appris à moitié pendant son enfance, a dû relire avec mélancolie la fable suivante et en reconnaître la justesse.

Page 1