LB CHAT, LA BELETTE BT LB PETIT LAPIN
Du palais d'un jeune lapin Dame belette, un beau matin.
(i) Nom donné par Rabelais à un homme de justice. (Pantagruel^ liv. III,ch. 39.) Depuis, Racine, par sa cornédie des Plaideurs, et La Fontaine, par ses Fables, ont rendu ce nom populaire.
(2) Expression proverbiale^ pour dire ne leur laisse rien.
S'empara : c'est une msée.
Le maître étant absent, ce Ini fat chose aisée. Elle porta chez lui ses pénates, an joar Qa'il était allé faire à Taarore sa coar
Parmi le thym et la rosée.
Après qa'il eat broaté, trotté, fait tons ses toars^ Janot lapin retoarne aax souterrains séjoars. La belette avait mis le nez à la fenêtre.
« dîeax hospitaliers ! que vois-je ici paraître I Dit lanimal chassé du paternel logis.
Holà! madame la belette,
Que l'on déloge sans trompette, Ou je vais avertir toas les rats dn pajs. :»
La dame an nez pointa répondit qae la terre
Etait au premier occupant.
€ C'était an beau sujet de guerre.
Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant !
Et quand ce serait un royaume, Je voudrais bien savoir, dit^elle, quelle loi
En a pour toujours fait l'octroi A Jean^ fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume^
Plutôt qu'à Paul, plutôt qu'à moi. :»
Jean lapin allégaa la coutume et l'usage :
^ « Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis Eendu maître et seigneur, et qui^ de père en fils. L'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis. Le premier occupant, est-ce une loi plus sage?
— Or bien, sans crier davantage^ * Bapportons-nous (1), dit-elle, à Baminagrobis. i
(4) Rapportons-nous-'en.
LA rOlTTAINB. 8
no LA FONTAINE.
C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite (1), Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean lapin pour juge l'agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : a Mes enfants, approchez, Approchez ; je suis sourd : les ans en sont la cause. > L'un et l'autre approcha, ne craignant nulle chose. Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud, le bon apôtre, Jetant des deux côtés la griffe en même temps. Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre
Loin de chercher à se nuire, il faut secourir le voisin, pour qu'il vous aide en un besoin vousmême. « Use faut enir' aider ; c'est la loi de nature^ » dit La Fontaine d'un ton plus grave qu à son ordinaire ; car c'est un principe qui lui est particulièrement cher, et, ailleurs, répétant les mêmes expressions presque impérieuses:
Telle est la loi de l'univers:
Si tu veux qu'on t'épargne, épargne aussi les autres.
(1) Faire la chMe mite, faire la chatte doucereuse.
Ileprofhiction de Fessard.
Grîppenaud, le bon apôtre, Jetant des deux côtés la griffe en même temps. Mit les plaideurs d'accord en croquant Tun et Tautre,
Pour avoir manqué à cette loi, et n*avoir pas secouru le chien mourant de faim, Tâne fut à son tour abandonné du chien $i étranglé sans façon par le loup.
l'anb et le chien.
Il se faut entr'aider ; c'est la loi de nature.
L'âne un jour pourtant s'en moqua ; Et ne sais comme il y manqua :
- Car il est bonne créature.
Il pliait par ^ays, accompagné du chien, Gravement, sans songer à rien, Tous deux suivis d'un commun maître.
Ce maître s'endormit. L'âne se mit à paître : U était alors dans un pré Dont l'herbe éjaît fort à son gré.
Point de chardons pourtant ; il s'en passa pour l'heure : Il ne faut pas toujours être si délicat; Et, faute de servir ce plat, [Rarement un festin demeure (1).
Notre baudet s'en sut enfin Passer pour cette fois. Le chien, mourant de faim, Lui dit : <r Cher compagnon, baisse-toi, je te prie : Je prendrai mon dîné dans le panier au pain. i> Point de réponse^ mot (2) : le roussîn d'Arcadie
(4) Reste sans qu'on y touche.
iî) I^'âne ne soufQe mot.
Craignit qu'en perdant nn moment
n ne perdît un coup de dent.
' Il fit longtemps la sourde oreille ; Enfin il répondit : < Ami, je te conseille D'attendre que ton maître ait fini son sommeil ; Car il te donnera sans faute, à son réveili
Ta portion accoutumée :
Il ne saurait tarder beaucoup. »
Sur ces entrefaites un loup Sort du bois, et s'en vient : autre bête afiamée. L'âne appelle aussitôt le chien à son secours. Le chien ne bouge, et dit: a: Ami, je te conseille De fuir en attendant que ton maître sMveille ; Il ne saurait tarder : détale vite, et cours. . Que si ce loup t'atteint, cass^lui la mâchoire: On t'a ferré de neuf; et, si tu me veux croire. Tu retendras tout plat. :d Pendant ce beau discours, Seigneur loup étrangla le baudet sans remède.
Je conclus qu'il faut qu'on s'entr'aide.
C'est non seulement la loi de nature qui veut qu'on s'entr'aide, c'est la loi, c'est la nécessité sociale. Toute puissance est faible à moins que d'être unie^ toute société périt si elle n'est pas le concert et le concours permanent de toutes les bonnes volontés. Il y a deux erreurs à éviter en ce qui regarde nos rapports avec la société. D'abord
il ne faut pas montrer une impatience continuelle et vouloir toujours changer de gouvernement; car on sait ce que Ton quitte et l'on ne sait jamais ce qu'on prend ; ensuite il faut toujours se dire que siTEtat est fait pour nous, nous aussi nous sommes faits pour lui, et devons concourir à sa prospérité par notre dévouement et notre participation constante à l'œuvre commune.
Cette première vérité qu'il ne faut pas trop se hâter de vouloir changer de maître nous est enseignée par La Fontaine dans sa jolie fable des Grenouilles qui demandent un roi. Par folle vanité les grenouilles ont répudié un maître doux et calme; vous allez voir ce qu'elles ont trouvé.