C'ÉTAIT L AME LA PLUS SINCÈRE ET LA PLUS
CANDIDE QUE j'aie JAMAIS CONNUE. Jamais de déguisement ; je ne sais s'il a menti en sa vte ; c'était, au reste, un très bel esprit, capable de tout ce qu'il voulait entreprendre. Ses fables, au jugement des plus habiles, ne mourront jamais, et lui feront honneur dans toute la postérité. »
« C était l'âme laplus sincère et la plus candide que y aie jamais connue », dit Maucroix ; et ailleurs, rapportant un joli mot de Madame de la Sablière, il avait encore écrit dans ses Mémoires : « M. de La Fontaine ne ment point en prose. »
C'est là la véritable épitaphe de La Fontaine, de
ce cœur simple, bon, clair et transparent, comme « une onde pure » où se reflètent les étoiles.
Il en est une autre, qui est touchante aussi. Fénelon, après la mort de La Fontaine, donna, comme version latine à son élève le duc de Bourgogne, un petit éloge du fabuliste, dont voici la traduction:
« Hélas I il n'est plus, le poète enjoué, nouvel Esope ,^et supérieur à Phèdre dans Tartde badiner, celui qui a donné une voix aux bêtes pour qu'elles fissent entendre aux hommes les leçons de la sa* gesse !
« Hélas ! Là Fontaine a expiré.
« douleur ! Ont expiré avec lui les jeux pleins de malice, les ris folâtres, les grâces élégantes, les savantes Muses.
« Pleurez, vous qui aimez le naïf enjouement, la nue et simple nature, l'éloquence sans apprêt et sans fard. A liii, à lui seul, les doctes ont permis la négligence. Combien chez lui cette belle négligence se montre supérieure à un style plus poli!
« Que de regrets mérite une tête si chère ! Pleurez, nourrissons des Muses ! Et cependant vivent et vivront toujours les beautés qui brillent dans les , jeux de sa muse, et les aimables badinages, les plaisanteries attiques, le persuasif attrait, charmant et facile.
« Nous ne plaçons pas La Fontaine, comme le
voudrait Tordre des temps, parmi les modernes, mais pour les agréments de son esprit, au rang des anciens,
« Ne nous en crois-tu pas, lecteur? Ouvre le livre. Qu'en pensés-tu? C'est Anacréon (1) q[ui se joue. C'est Horace (2), soit libre de soucis, soit ayant une flamme au cœur, qui chante sur cette lyre. C'est Térence (3) lorsqu'il fait, dans ses comédies, la peinture vivante des mœurs et des caractères des hommes . La douceur et Télégance de Virgile (4) respirent dans ce petit ouvrage.
« Oh ! quand les favoris de Mercure (5) égaleront-ils l'éloquence de ces personnages à quatre pattes? »
(1) Célèbre poète grec, d'une grâce badine et enjouée.
(2) Poète latin, spirituel et fin.
(3) Poète comique latin, frès inférieur à La Fontaine: mais il était particulièrement en faveur au xvn* siècle.
(4) Le plus grand des poètes latins.
(5) Les poètes lyriques.