‹ La FontaineChapitre 65 sur 69 · LA DERNIÈRE PENSÉE DU POÈTE · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE PENSÉE DU POÈTE

La jeunesse est le temps des rêves qu*on fait pour soi, la vieillesse est le temps des rêves qu'on fait pour les autres. Si nous cherchons à nous figurer ce que rêvait, en ces jours d'automne où l'âme se recueille, le poète des petits et le consolateur des humbles, nous le trouverons sans peine, après ce que nous avons lu de lui ensemble. Un âge d'or sans oisiveté et sans piège, un âge d'or non créé pour l'homme, comme une épreuve, mais fait par l'homme, et mérité par lui, parce qu'il le fait tous les jours ; un monde où les petits sont heureux parce qu'ils sont devenus sages, prudents, labo- Tieux, économes, charitables, et se soutenant les uns les autres ; un monde où l'on travaille librement et volontairement par goût du travail luimôme et de la dignité qu'il comporte ; un monde où l'on s'épargne, où l'on s'entr'aide ; un monde où l'on s'aime ; un monde de concorde, de paix,

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de plaisirs simples, de médiocrité résignée et heureuse ; un monde aussi d'innocente malice, de galté saine, de joyeux propos, de satire légère et sans amertume ; un monde de bons travailleurs, simples de cœur, fins d'esprit, prompts au bienfait, à la reconnaissance, à la riposte aussi et à la bonne plaisanterie ragaillardissante; un monde enfin où toutes les forces saines de Thomme ont leur libre et pleine allure, leur franche saillie, et qui n'a pas de place pour la sottise, la vanité, Fambition folle, la haine, Tennui.

Ce monde, que La Fontaine a rêvé, n'existe pas. Mais, par ses leçons, il a contribué, sans eflbrt, sans éclats, sans paroles retentissantes et sans ambitieuses attitudes, mais tout autant et plus que bien d'autres, à créer quelque chose qui s'en rapproche. U dépend de nous, pénétrés de sa bonne pensée, de sa douce chaleur de cœur, de réaliser un peu tous lesjours,et(ousles jours un peu plus, le rôve de notre cher poète.

Cet âge d'or, il faut d'abord le créer en n^usmômes par l'application des maximes qu'il a écrites pour nous. Il faut arriver au repos d'esprit par cette patience, cette persévérance, cette attache à la maison, au travail, à l'épargne, aux joies simples, qu'il nous recommande, et qu*il rend poétiques à ibrce de les rendre aimable. Cet âge d'or, il faut le créer autour de nous, çn aimant ceux

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