COMMENT IL AIME LA NATURE, ET COMMENT IL LA PEINT
Comme il aimait toutes choses, vous concevez que notre La Fontaine s'est trouvé chérir des objets qui n'étaient point très recherchés de son temps ; carie propre de la foule est d'aimer par mode, et le propre d'un esprit aussi libre, et original avec bon sens, que La Fontaine est d'aimer ce qui attire et flatte ses douces et délicates passions, sans s'inquiéter du bel air des salons.
De son temps on ne se piquait point d'aimer les champs, les bois, les solitudes, en un mot ce que nous appelons la nature. Nous nous en piquons beaucoup trop, en sens contraire, et il n'est apprenti poète ou seulement beau causeur qui ne fasse des phrases sur le charme infini du moindre chemin creux ou ruisselet. Trop est trop, et il ne faut pas donner dans ce ridicule-là ; mais au temps de La Fontaine c'était par trop d'indifférence ou
(i) Vjctor Huço, Chansons des Rues et des Bois,
de mépris pour ces choses que Ton péchait. Les peintres donnaient quelques paysages, dont quelques-uns sont fort beaux : on vous apprendra les noms de Claude Lorrain ei Le Poussin \ madame de Sôvigné, et surtout Fénelon ont écrit quelques pages très vives et très touchantes sur les beautés de la nature. Mais c'est tout; et remarquez que madame de Se vigne et Fénelon viennent après La Fontaine •
C'est bien lui qui a ramené les esprits de son temps de ce côté. S'il aimait tant ce roman de VAstrée^ dont je vous parlais tout à l'heure, c'est qu'il contient quelques paysages très frais et très agréables mêlés à beaucoup de fadaises. Vous savez où La Fontaine a passé sa jeunesse et quels sont les premiers tableaux rustiques qui ont frappé ses regards et ému son cœur.
A Paris, âgé de quarante ans, ce goût ne le quitte point, et peut-être ne fait que s'accroître par la privation. On voit par son roman de Psychè^ par les cent petites pièces, vers et prose, adressées à Fouquet et à Maucroix, où sont décrites les différentes beautés soit du parc de Versailles, soit du château de Vaux, combien les sites pittoresques parlent fortement à son imagination et à toute son âme.
On remarque, à la vérité , que ce sont surtout à^s jardins qu'il aime et qu'il décrit; mais il