LA FONTAINE POÈTE FRANÇAIS DU XVII* SIÈCLE
Jamais la bassesse unie à l'astuce n'a été plus vigoureusement stigmatisée, et le poète dans ce dernier trait fait coup double, frappant à la fois le despotisme et l'adulation. Par là, comme Ta dit un critique ingénieux, le renard échappe, et lui seul, sans qu'on s'en aperçoive ne fait pas sa confession. Quant aux autres seigneurs de la cour,
Les tigres et les ours et les autres puissances, Tous les gens querelleurs jusqu'aux simples mâtins, Au dire de chacun étaient de petits saints.
Que de malice et même d'amertume dans ces tours si plaisants et si enjoués! Tout le monde connaît la confession de l'âne , c'est-à-dire du bourgeois ou du manant, car ici tous les deux se confondent dans le peuple qui joue le rôle de l'honnête candeur et de la faiblesse opprimée.
Le loup, quelque peti clerc, c'est l'avocat déclamateur, sophiste impudent, insulteur public, jouant l'indignation vertueuse contre
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal.
Nous finirons cette analyse par deux remarques : la première c'est que La Fontaine, même quand les bêtes périssent, comme ici, victimes de l'injustice, conserve la sérénité d'un spectateur détaché, sinon impassible, et ne quitte pas le ton enjoué de la fable ou plutôt de la comédie qui convient à cette fiction agréable en même temps que morale ; la seconde, c'est que si au premier abord ce chef-d'œuvre semble aboutir à cette vérité philosophique assez médiocre :