‹ La Fontaine et ses devanciersChapitre 12 sur 56 · L'apologue apparaît de bonne heure dans la litté · texte numérisé non relu

L'apologue apparaît de bonne heure dans la litté

rature grecque, mais d'abord seulement comme une figure accidentelle, destinée à confirmer une vérité pratique et comme faisant partie d'un discours plus étendu. C'est ainsi qu'on en voit des exemples dans les premiers poètes de la Grèce et dans presque tous les historiens, depuis Hérodote jusqu'à Plularque et même jusqu'aux écrivains byzantins. On voit quelques allégories de ce genre, mais sans action, dans Homère, telles que celles des Prières , de la Ceinture de Vénus , et surtout celle des deux tonneaux de Jupiter, imitée par La Fontaine dans son poème du Quinquina. C'est à ce titre que nous la citerons ici (Iliade I, v. 527) :

Jœjiœv, oist ^ié'aa-i, xanS)'/, Inpoç cTs, 'iicev' S) fAiV X.' à/nfAi^a.; tToi» Zivç TjfTrocspaî/voc,

aXXOTê fj^iv TS HODlSl 'ijyi KÙpilai, StXXOTS <r' ê^GXffi •

S «Té ni Tùiv Xvyfàv S'oin, XœfuTcv ê'SoKS •

Ketl i KAX.» /3oÛf/lWirT/C ê-TT/ ^ôov* S'iuy IXtiôvd ' IfO/Tot tT' OÎTê Q'iolo-I TiTIf/ÂvOÇ, OVTi fèfOTo'm^ (Ij,

Voici l'imitation de La Fontaine :

Pour dispenser les biens et les maux de la vie , En deux tonneaux à part l'un et l'autre fut mis. Ceux de nous que Jupin regarde comme amis Puisent à leur naissance, en ces tonnes fatales, Un mélange des deux par portions égales. Le reste des humains abonde dans les maux; Au seuil de son palais Jupin mit ces tonneaux.

(1) Il est deux tonneaux dans le palais de Jupiter : l'un, des maux qu'il donne, et l'autre , des biens. Celui pour qui Jupiter, le maître de la foudre, les a mêlés, est tantôt dans le bonheur et tantôt dans l'infortune. Celui à qui il envoie des maux devient un sujet d'opprobre et une détresse funeste le poursuit sur la terre. Il erre sans être honoré des dieux ni des mortels.

Seulement , La Fontaine , éclairé par la religion chrétienne, corrige cette idée fataliste par l'idée de la Providence et de la liberté de l'homme, et fait dire par Jupiter aux hommes , qui se plaignent de ce partage :

« Va, malheureuse engeance.

C'est toi seule qui rends ce partage inégal. En abusant du bien, tu fais qu'il devient mal. Et ce mal est accru par Ion impatience. » Jupiter eut raison, nous nous plaignons à tort : La faute vient de nous aussi bien que du sort.

51. Toutefois, ce n'est pas là une fable proprement dite. La plus ancienne de ce genre est celle de l'Epervier et du Rossignol, que l'on trouve dans le poème d'Hésiode des Travaux et des Jours, v. 200 et que La Fontaine a également imitée, IX, 18. C'est une protestation assez touchante du talent et de l'innocence contre l'injustice brutale, ce que Ghamfort ne paraît pas avoir compris, quand il déclare que la seule moralité qui résulte de cette fable, ne tend qu'à épargner au malheureux opprimé quelques prières inutiles que le péril lui arrache, ce qui, ajoute-t-il , n'est pas d'une grande importance. Il est important, selon nous, de faire rougir la tyrannie de ses procédés insolents ou stupides, d'en faire la satire, et c'est la moralité qui résulte de cet apologue, de celui du Loup et de l'Agneau, du Lion, qui se fait, comme l'on dit, la part du lion, de PHonwie et la Couleuvre, etc.

On cite également d'Archiloque deux fables : P Aigle et le Renard, et le Renard et le Singe. Enfin, l'on sait qu'Aristote a rapporté la fable du Cheval et du Cerf

qu'il attribue au poète Stésichore haranguant les Himériens pour leur faire craindre le tyran Phalaris. Plus tard, on trouve dans une épigramme attribuée à Platon et dans une idylle de Théocrite, deux anecdotes que La Fontaine a imitées en les insérant dans ses fables, savoir : h Trésor et les deux Hommes, et Daphnis et Alcimadure-, mais ce ne sont pas là proprement des fables, ni surtout des fabulistes de profession ; nous ne croyons pas devoir nous y arrêter.

52. Enfin, pour achever cette énumération des poètes grecs qui ont fait agir et parler des animaux, nous citerons deux parodies, l'une de l'Iliade d'Homère, l'autre de la tragédie des Perses d'Eschyle : la première est la Balrachorayomachie, qui paraît être du v^ siècle avant notre ère et qui ne manque ni de grâce ni d'enjouement. L'origine de la guerre des rats et des grenouilles est la mort du rat Psicharpax ou Ronge-Miettes , trahi et abandonné par la grenouille Physignalhus ou Joufflue. Ce sujet se retrouve , mais traité sérieusement dans les fables indiennes, et il serait curieux de rapprocher le poème grec et la fable orientale de la fable de La Fontaine, le Rat et la Grenouille, si cet examen ne devait pas nous entraîner trop loin. L'autre parodie est une tragédie de 4-00 vers environ, intitulée la Galéomyomachie ou le combat des chats et des rats; l'époque en est inconnue , mais paraît relativement assez moderne. Le rat Oreille propose aux rats, ses sujets, de combattre le chat, et les entraîne à sa suite dans la bataille ; mais bientôt un messager annonce à la femme de Oreille la défaite des rats et la mort de son fils Psicharpax dévoré par le chat. Après d'assez longues lamentations qui rappellent la tragédie des Perses, un

second messager annonce que les rats sont vengés, et qu'un morceau de bois pourri, en tombant, a écrasé le chai. Ce petit poème nous a paru manquer d'esprit et d'invention ; on le trouve dans l'édition d'Esope, publiée à Lyon, en 1614, et nous ne l'avons vu mentionné nulle part.

53. A toutes les époques de l'histoire grecque, des fables ont été rapportées par les historiens et placées dans la bouche de personnages célèbres; nous nous bornerons ici à indiquer les principales. Hérodote attribue à Cyrus l'apologue du Berger qui joue de la flûte, et des Poissons (1. II, chap. 141), La Font. X, II. On trouve dans une lettre apocryphe d'Hippocrate la fable de Démocrite et des Abdéritains; dans Elien celle du Cochon , de la Chèvre et du Mouton ; dans Diodore de Sicile, celle du Lion amoureux; dans Josèphe, la fable du Renard et du Hérisson, que l'on retrouve plus tard dans Michel Glycas, au xi^ siècle, Manassès, au xii^, et Nicéphore, fils de Calixte, au xiv^, M. Furia, dans son édition des fables ésopiques, cite douze fables extraites de Plutarque, dont quelques unes sont assez bizarres et ont été traitées par La Fontaine, savoir : le Loup et les Bergers, le Soleil et Borée, le Pouvoir des Fables ou l'Ombre de l'âme, qu'il attribue à Demade et non à Démosthènes, et le Loup et la Grue. Il aurait pu y joindre les deux Chiens ou- l'Education. Nous citerons la première, qui est très courte, parce qu'on verra le parti qu'en a tiré La Fontaine :

ATKOS KAI nOIMENES.

iij))), iv MV iifjùv S"ôpt/^(jç, il iyai Taûrci STtTioiJV ; (1)

(i) Un loup voyant des bergers manger un agneau dans une tenle, s'approcha : quel bruit vous feriez, dit-il, si j'agissais ainsi!

La Fontaine en a conservé la fausse moralité du droit du loup et du tort des bergers; ce qui nous surprend d'autant plus, qu'il en trouvait la réfutation dans ce récit d'Absteraius, fab. 9 : Vulpes juxta villam quamdam transiens conspexit catervam mulierum , plurimas gallinas opipare assatas alto silentio comedentem; ad quas conversa : Qui clamores, inquit, et canimi latratiis contra me essent, si ego facerem quod vos facitis. Cui respondens quœdam anus : Pessima (sic) aniiiudiuin, inquit, nos quce nostra sunt comedinius, tu vero aliéna furaris.

Enfin , Furia cite d'autres fables empruntées à Dion Chrysostôme, Lucien, Théon le sophiste, Maxime de Tyr, Pausanias , Galien , Themistius, saint Grégoire de Nazianze etNicéphore Basilicas, qui vivait au xiv^ siècle.

Toutes ces fables ont le même caractère; c'est un trait piquant raconté accidentellement, et en quelques mots , destiné à appuyer une vérité pratique et faisant partie d'un discours plus étendu , soit politique , soit philosophique. Il n'y a rien là pour l'art ni l'imagination ; tout est sacrifié au sens et à la maxime que l'on veut établir, et cela ne peut former un récit ni un genre de littérature particulier.

54. La Fable existait néanmoins, et même sous vingt formes diverses , venues sans doute de l'Orient. Ces récits imaginaires se distinguaient en Fables libyques attribuées à Cebyssus , tels que l'Oiseau percé d'une flèche et où figuraient les animaux fabuleux de l'Afrique, les Fables ciliciennes assez grossières, telles que celles de Connis, les Fables cypriennes attribuées à Timocréon et qui offraient des traits de hasard imprévus; les Fables cariennes , aussi de Timocréon , plus vives et plus gaies ; les Fables lydiennes , dues à Callimaque ;

les Fables sybaritiques , chères aux Athéniens et citées par Aristophane comme des quolibets et des réparties piquantes ou naïves. On dit aussi que le philosophe Alcmœon, Diagoras de Melos et une femme rhodienne, nommée Myro, avaient composé des fables. Mais toutes ces espèces de Fables se confondirent dans la dénomination générale de fables ésopiques, du nom d'Esope, qui effaça tous les auteurs de ce genre , et auquel furent attribués tous ces récits selon l'usage des Grecs.

55. On sait peu de chose d'Esope, car on ne peut prendre au sérieux la vie d'Esope mise en tête de ses fables et attribuée à tort a Planude, moine du xiye siècle, puisqu'on l'a retrouvée dans un manuscrit du xiii^. On n'est pas d'accord sur le lieu de sa naissance ; les uns la plaçant à Samos, en Lydie, les autres à Mezembrie, en Thrace, d'autres à Amorium ou à Catiaium, en Phrygie- Selon l'opinion la plus commune, il était phrygien, et, d'après le témoignage d'Hérodote, il avait été esclave d'Iadmon, de Samos, avec la fameuse courtisane Rhodope. On lui donne aussi pour maîtres Xantus et Zemarchus ou Demarchus, d'Athènes. Affranchi par ladmon, il vint à la cour de Crésus, ce qui le fait vivre au vi^ siècle avant notre ère, et il y trouva Solon, dont il plaignit la disgrâce, tout en lui disant qu'il fallait parler aux rois peu ou doucement. Il vint à Delphes dont il s'aliéna les habitants par sa franchise, et accusé faussement par eux il fut mis à mort. Il paraît avoir été laid et bègue, ce qui, sans doute, donna lieu plus tard de le représenter comme étant d'une difformité ridicule.

56. Les fables que les anciens citent de lui faisaient partie de harangues prononcées par lui dans diverses

circonstances el ne faisaient pas un corps d'ouvrage. 11 est probable qu'il ne les avait pas écrites mais qu'elles étaient conservées par la tradition. La forme sous laquelle elles circulaient parmi les Grecs n'était donc pas de lui ; le fond seul lui appartenait, encore n'y en a-t-il que neuf qui paraissent authentiques, \it, de ces neuf, sept ont été traitées par La Fontaine : le Renard blessé et les Guêpes, type du Renard et du Hérisson, les Grenouilles demandant un roi , le Pêcheur qui joue de la flûte, l'Aigle et l'Escarbot, l'Ecrevisse et sa Fille, le Renard refusant d'entrer dans l'antre du lion , et les Bâtons flottants. Ces fables, selon Platon , Aristophane et Quintilien, étaient très populaires et apprises par les enfants. Socrate, avant de mourir, en avait mis en vers quelques-unes, dont il nous reste des iragments , et Démétrius de Phalère en fit le premier recueil. Ces fables étaient sans doute en prose, et sont plus ou moins authentiques selon qu'elles se trouvent dans des imitateurs plus ou moins anciens , tels que Babrius , Phèdre, Aphthonius et Avianus, sans qu'on puisse attribuer à Esope la rédaction d'aucune d'entre elles, ni même avec assurance le fond d'aucune, excepté des neuf dont nous avons parlé plus haut.

57. Ces fables, attribuées à Esope et remaniées souvent par les auteurs byzantins, furent enfin rédigées par Planude et publiées d'abord, au nombre de 150, et plus tard par Nevelet, au nombre d'environ 300. En 1809, M. Furia publia un manuscrit de Florence antérieur à Planude et du xiv^ siècle, renfermant 4-00 fables, et il y joignit celles de Planude et de Nevelet, d'autres, publiées au xv^ siècle par Michel Andreopulus et. attribuées à Syntipas, philosophe persan, qui aurait

vécu SOUS Cyrus, d'autres fables, enfin, tirées d'un manuscrit du Vatican et d'un autre manuscrit de Paris; ce qui, avec les fables d'Aphllionius, formait un total de 4-23 fables, bientôt après corrigées par Schneider, revues encore et augmentées par Coray et récemment par M. Halmier. Malgré le peu d'authenticité de la forme et du fond de toutes ces fables, nous les plaçons ici , parce qu'elles représentent assez bien , sauf les anachronismes et les fautes de style , celles d'Esope, telles que la tradition les rapportait. Ce n'était pas un poème ni même un récit développé, mais une simple esquisse, un trait, un fait, un mot attribué aux animaux et dont l'on tirait une conclusion. La Fable, ainsi conçue, n'est ni poétique, ni oratoire , ni même littéraire , mais philosophique. Elle a toute la sévérité , l'exactitude, la précision d'une démonstration. Généralement, les faits sont naturels et bien observés, clairs et concluants. La morale en est juste et sensée. Tout y est net et rapide. Il n'y a rien de trop pour la raison, mais il n'y a pas assez , ou plutôt il n'y a rien pour l'art et l'imagination. C'est par ces défauts et ces qualités comme l'opposé de la Fable indienne, ainsi que nous l'avons vu. Pour y trouver le type absolu de la Fable et accuser, avec Lessing, La Fontaine, et même Phèdre de l'avoir altérée en y répandant les charmes de la poésie, il faut supposer un type étroit, arbitraire et exclusif de la Fable , qui n'est conforme ni à l'histoire, ni au goût, ni à la vérité, mais seulement à une idée abstraite et à une rédaction puérile et barbare; c'est prendre la décadence de la littérature pour la perfection. Cependant, nous devons nous y arrêter comme à la tradition des fables d'Esope telles que les connais-

saient les anciens ; savoir, un Irait frappant, fondé sur un merveilleux naturel et convenu , mais , avant tout , doctrinal et philosophique. Tel est le point de départ de toutes les fables postérieures qui , par le fond et par la forme, s'en rapprochent plus ou moins ; les unes en exagérant encore la concision jusqu'à l'obscurité , les autres délayant quelquefois les détails de l'action ou la morale. Toutes, excepté celles de La Fontaine, osent à peine s'en écarter, et, cherchant à en reproduire la sévérité, la précision et la brièveté comme la qualité souveraine de ce genre de composition, n'atteignent à la naïveté, à l'enjouement, à la liberté du conte que par hasard et comme à l'insu de leurs auteurs.

57, Quant à Esope et aux auteurs grecs, nous ne devons pas oublier que La Fontaine, qui ne savait pas le grec, ne les a lus sans doute que dans la traduction latine placée en regard, mais que, d'ailleurs, à l'exception de Babrius, qui n'était pas connu, il y perdait peu , toutes les fables étant bien moins remarquables par le style que par le fond , qu'il a ensuite arrangé à sa manière.

KOPAH KM AACnHH.

Kôpa^ Kpim; à.fiTdt-ja.ç im'i tivoç ^ivd'ciov ÎKÔ.d'ia-iy ' o.xôi'jjdP (Tè B-io.o'a/Lih» aiiTev KO.! ^ov},oy.îV]it tov Kpiuc Tiipi'yivi^^iJ.i, Tika-A i-nyivn aÙTov à>ç ivf.iiyi^n fi Kni xaXcv, Xiyovtra. -aclï œç nrpî'rni oilnîi /AkhtTTO. tSjv èpvêû'V jSasr/XêLS/v, k*< toÛto TrétvTaiç àv yivoiTO ii (pœvjiv s'^sv. 'O S'i i-apa^T'iia'a.i avTt) j8ot/?i6//8voç, oti Kiti ^SvJiv îx^'i /2«>>à)V To npîaç [j.iyk\rifç iKiKfkyn SKêiv» Si itfOO'i'fa.f/.aZcn KHI To Kfiidç àfiTria-Ao-A 'iip» • îii x-ôpa^jï^iiç jk TrâvTcf voûv fAÔvov x.'T>iirn,^fOç

aVlTpa avÔnTOV Ô ^G•).'OÇ iVKCtIjjO; (1).

Un corbeau ayant enlevé de la viande, se percha sur un arbre. Un renard Tayant vu et voulant s'emparer de la viande, s'arrêta et le loua de sa grandeur et de sa beauté, disant qu'il convenait qu'il régnât sur

Cette fable est racontée avec précision; la viande me paraît mieux choisie que le fromage , quoique moins pittoresque; <r^'k<^ct et plus loin Uin^iL.'^u font image, mais le style indirect refroidit l'action. L'expression de 'nifiyivir^cii Tc-D Kfio,;, S eYïijiarer de la viande, me paraît de la décadence; Trsp/'ysvîs-s^d/ signifiant dans la bonne grécité l'emporter ^iir quelquun. Le mouvement du renard s'élançant sur la viande a de la rapidité, et le mot du renard est plein d'une ironie fine et délicate. Dans l'Esope de Nevelet, la fin de la fable est un peu différente, ^«s'vm i\ ^rpocrcri/^oûa-a i?» (on a omis à tort, jc^; to ;tpiiç âf7ràira«, quc La Fontaînc n'a pas oublié : Le renard

s en baiSltj. » x-ôf*^, n x.cti<ffi'iv<tç iiX-^> olSiv «(Tshj-jv troi lis TO ^u.(n>.iuîiv.

0 corbeau, si tu avais du sens, il ne te manquerait rien pour régner; ce qui ne manque pas de sel, mais la moralité laisse à désirer, en ce sens que la Fable doit être plutôt un avis contre les dangers de la flatterie que contre les étourderies. Le récit n'est pas moins estimable par sa clarté, son naturel et sa brièveté.

59. La Fable du Chêne et du Roseau est, chez l'Esope moderne, racontée de trois façons. Celle qui se trouve dans l'édition de Nevelet se rapproche de celle d'Aphthonius et de La Fontaine : c'est une discussion entre le roseau et l'olivier sur leurs avantages, terminée par la chute de l'olivier sous les coups du vent. La première montre le chêne renversé dans un fleuve et demandant aux roseaux du rivage comment ils ont pu résister à la tempête, c'est le plan de Babrius. Enfin,

les oiseaux, et qu'il en serait assurément ainsi s'il avait de la voix. Celui-ci , voulant montrer qu'il avait aussi la voix, lâcha la viande et cria haut. L'autre, accourant et emportant la viande, dit : 0 corbeau, lu as tout; acquiers seulement du jugement. Avis à l'homme irréfléchi.

la Iroisième et la moins bonne, établit un dialogue sur ce sujet entre les arbres et les roseaux. Voici celle de Nevelet, la seule qu'ait connue La Fontaine, la meilleure, la plus intéressante et la plus naturelle.

KAAAM02 KAI EAAIA.

A/à Ka.pripiav koÙ ïiav^iiL^ kcli ia^vv Kct)^a.fji.oç Knti iXa.itt 'Sifii^ot, Toû cTê ko.xk/uov ôvîiS'i^ouhov ii-TTO tÎj IxitioLç, (ic k^u'/tniç Istt; ko.! fdS'imç virox.T^iviTcti

kv'ifxov )o-x^fov yiiofJLhov, h /mh y.k'Ka.fjLoç «i<r3-ê/t x-tti U7roKXiv9s;c to7c kvifJioiç, fo.S'ïuiQ S'tiTÛi^K, i <r« «Xaia ft^ii^iifd., i'nuS'ii àvTêTSJvs Toiç kvîfJt.o$ç, TÎi fiia. KHTiKXktrQn , ' iiXiy^iv ainity, ot; fxa.'Ta.ia); [>i!ti (wàrnv] êirif/iETa/ i'jfi tS ÔDiiid. i'vvkf/.ii,

O //lSoç (T/iXoToti CiVtÔi KOI o'i 'Trpoç Tov naipav kai Toic x-fiiiTrotuç avtZv juii k\BnrTk/mi)ioi xpsfTTovsc sJa"; tSv Trphç fAiil^avstç ç/Xoyê<jcoi;VTa"v. [« ot/ où (Tê/

To7c Xpsi/TTOS'/V àvT/TT/'TtTê/V (!)•]

L'olivier, quoique plus commun en Grèce, est moins bien choisi que le chêne comme signe de la force et de la résistance; la querelle est peu vraisemblable entre deux plantes aussi disproportionnées; il y a aussi trop de mots au début; passe pour la résistance et la tranquillité, mais la force n'est pas comparable. Nous voyons toujours le discours indirect, mais le silence du roseau a son éloquence. L'action est racontée languissamment avec des répétitions désagréables. Des trois réflexions

Page 1