Quant aux fables arméniennes, que La Fontaine
n'a pas connues, selon M. Silvestre de Sacy, il y en a trois recueils, l'un de cent quatre-vingt-dix fables, dues à Mekhitar, au xii^ siècle, faibles d'invention, mais bien écrites; l'autre, de cent soixante-huit fables, composées par le docteur ou vartabied Varlan, qui vivait au xiii^ ou au ws" siècle; elles sont mieux inventées mais moins bien écrites; le troisième, de cent soixante-quatre fables, inférieures aux autres, et dont l'époque est indéterminée. M. S* Martin a fait un choix de quarante-cinq fables parmi celles du second recueil. La plupart sont traduites et imitées d'Esope et n'ont rien qui les recommande ; la morale en est plus longue que dans les fables grecques.
77. Il y a, d'ailleurs, dans Vartan, quelques fables qui sont empruntées au Pantcha-Tantra, telles que celle du Lion et de l'Ane (au lieu de la Biche) que nous avons vue dans Babrius, et que Vartan a empruntée à l'auteur indien et non à l'auteur grec. Elle est, d'ailleurs, sèche et sans intérêt et bien inférieure au chef-d'œuvre de Babrius. On conçoit que l'Arménie , toujours disputée et partagée entre l'Orient et l'Occident, entre lesquels elle est placée, réunisse, dans ce recueil de fables, les récits des deux sources, comme elle tient de l'un et de l'autre par sa langue, sa tradition, sa position et son histoire.
Voici une de ces fables, assez vive et assez originale.