LE RENARD ET LA PERDRIX
« Le renard ayant pris une perdrix, se préparait à la manger. Celle-ci lui dit : Béni soit Dieu qui m'appelle dans son royaume et me délivre des maux de ce monde. Mais toi , renard, rend grâces à Dieu, et puis tu me mangeras;
ce sera une grande récompense pour toi. Le renard s'assied, regarde le ciel, et ouvrant la gueule, dit : Je te remercie. Dieu bon, du repas excellent que tu m'as préparé. La perdrix s'échappe de sa gueule et s'envole. Le renard dit alors : Imbécile ! insensé que je suis ! il fallait la manger d'abord et bénir Dieu après.
» Cette fable te montre qu'il ne faut pas compter sur les choses promises, ni en remercier personne jusqu'à ce que tu les aies reçues, et que, si on te donne de l'eau, il faut aussitôt tendre le pan de ton habit. Car beaucoup de gens disent, ne donnent pas ce qu'ils promettent, et vous trompent. ))
Ne nous étonnons pas que l'on parle de Dieu dans cette fable, on conçoit qu'il ait sa place dans les fables du moyen âge, si rempli de l'idée religieuse. La prière du renard est tout à fait plaisante quand il remercie Dieu d'une proie qui lui échappe; et l'on oublie que, si courte qu'elle soit, elle est trop longue; le larron ayant dû voir sa bévue dés les premiers mots, ne l'a pas achevée, sans doute. La réflexion du renard trompé est vive et piquante , et il aurait fallu s'en tenir là au heu d'ajouter une morale longue et banale, malgré un trait oriental qui s'y trouve.
78. Dans un recueil de fables latines, publiées en 1698 et imitées d'Esope, l'Anglais Alsop inséra dix fables hébraïques, tirées, dit-il, d'un manuscrit de Bodley et traduites par un certain Jésopito. Un coup d'œil jeté sur cette traduction fait voir que ce sont les fables ésopiques ordinaires, et qu'elles n'ont rien d'antique ni d'oriental dans le fond pas plus que dans la forme; nous ne nous y arrêterons pas.