‹ La Fontaine et ses devanciersChapitre 4 sur 56 · Malgré tous ces travaux remarquables que nous · texte numérisé non relu

Malgré tous ces travaux remarquables que nous

avons lus et étudiés avec soin, il nous a semblé qu'il manquait encore quelque chose pour faire connaître et apprécier complètement les Fables de La Fontaine (car, parmi ses ouvrages, nous avons cru devoir nous borner à ces dernières, comme plus parfaites au point de vue littéraire et d'une morale à peu près irréprochable). Jusqu'ici, en effet, les règles de la Fable ont été tracées par Lamotte, Batteux, Sabattier, Marmontel, Lessing, le chevalier de Jaucourt et d'autres rhéteurs, mais souvent sans exactitude ni profondeur, et surtout sans application assez directe à La Fontaine. D'un autre côté , les critiques qui ont fait l'éloge de notre fabuliste, ont suivi leur goût naturel et quelques principes trop généraux et trop vagues, sans remonter aux règles du genre. Enfin, ceux qui ont indiqué les sources où il a puisé, n'ont pas cité ses modèles et ne les ont pas comparés avec lui , de sorte qu'ils n'offraient que des renseignements précieux pour une étude plus approfondie.

6. C'est cette étude que nous avons voulu faire, afin d'expliquer davantage le génie de La Fontaine et la part qui lui revient dans ses Fables. Notre travail aura donc trois parties : la première, théorique et assez courte, où nous poserons les principes de critique littéraire; la seconde, historique, et de beaucoup la plus longue , où nous passerons en revue les principaux devanciers de La Fontaine; et la troisième, où nous le rapprocherons des principes, de ses devanciers, de ses contemporains et de ses ouvrages. Nous établirons d'abord la nature de l'apologue comme récit moral et

poétique d'une action attribuée aux animaux par une sorte de merveilleux naïf, et nous en conclurons que l'expression en doit être moitié sérieuse et moitié enjouée, mais naïve , telle enfin que La Fontaine seul a su la lui donner. Nous remonterons ensuite aux contes indiens , pour redescendre aux fables grecques et romaines, à celles du moyen âge et de la Renaissance, soit en latin, soit en français, soit même en d'autres langues, et nous verrons comment tous les fabulistes se sont plus ou moins écartés de ces lois de l'apologue. Enfin, nous ferons l'application exacte de ces lois à La Fontaine; nous dirons ce qu'il doit à ses prédécesseurs, et nous montrerons comment il fut le représentant de l'esprit français au XYii*^ siècle et comme enfin il s'est peint lui-même dans ses écrits. Par là, sans rien diminuer de l'admiration universelle qu'excite son génie, nous tâcherons de le faire mieux comprendre. On verra l'esprit humain s'exercer sans fin sur ces récits et ces idées et en faire comme le fond commun de la morale populaire; puis La Fontaine, sous l'influence des anciens et d'une société polie, et surtout par un génie aimable et un caractère plus heureux encore , leur donner une forme parfaite et définitive. C'est ainsi que les Fables qu'il a empruntées partout sont devenues les siennes propres, parce qu'il leur a imprimé le cachet impérissable de sa nature, qui semblait être celle même de l'apologue, et qu'il y a répandu sa grâce naïve et son inimitable bonhomie.

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