‹ La Fontaine et ses fablesChapitre 15 sur 30 · LE TURCARET · texte numérisé non relu

LE TURCARET

inent par nature. Nulle bête ou plante bourgeoise l'attrapera ce ton de compassion humiliante et ,etle quiétude de vanité bienheureuse qu'avait i naturellement le chêne. Le pot de fer n'est [u'un capitan qui propose son escorte *. Les plaiainteries du bourgeois riche ne sont que grossiè- •es. Saint-Simon prend un autre ton pour railler la plume et la robe. » Nous n'avons ici qu'un Turcaret.

Mon ami, disait-il souvent

Au savant, Vous vous croyez considérable; Mais dites-moi, tenez-vous table?

Que sert à vos pareils de lire incessamment?

Ils sont toujours logés à la troisième chambre, Vêtus au mois de juin comme au mois de décembre, Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.

Ce sont là des mots appris, et de l'esprit ramassé dans les carrefours ; il a volé ses idées comme sa richesse. Cet homme n'estime en soi que « l'argenterie de sa table, le grand nombre de laquais qui le suivent, les six bêtes qui le traînent ; » et il a raison. Il est politique comme le Giton de La Bruyère, mais toujours sot et brutal. Ces sortes de gens se croient capables de mener l'État parce qu'ils le vo-

Nous vous mcltrons à couve;!,

Reparlit le pot de fer. (Ln Fontaitie, V, ii.)

lent; ils présentent leurs prodigalités d'égoïstes comme des bienfaits de citoyens :

La république a bien affaire

De gens qui ne dépensent rien I

Je ne sais d'homme nécessaire Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien. Nous en usons, Dieu sait! Notre plaisir occupe L'artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe. Et celle qui la porte.

Ce gros rire libertin n'est qu'une fanfaronnade de mauvais goût. Le parvenu se croit expert et vainqueur en toutes choses , en matière de femmes comme en fait de politique; il est jusqu'au ventre en la litière ; mais il a beau faire . on devine son père l'âne. En voyant sa lourdeur et sa suffisance, chacun est disposé à le renvoyer au moulin.

L'impertinence est plus naïve dans le jeune homme « que ses parents, gros messieurs, on^ fait apprendre à lire; » mais elle est toujours ridicule, parce qu'elle manque de convenance. Le ridicule n'est que la disproportion. Dans le seigneur, le rang et la vanité sont d'accord; c'est pourquoi l'orgueil, .quoique offensant, reste noble. Dans le bourgeois , l'outrecuidance et la condition font contraste; c'est pourquoi son arrogance, quoique excusable , fait pitié. Voyez le souriceau qui commence comme un

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