‹ La Fontaine:Chapitre 15 sur 121 · AVENTURE D'UN SAUMON ET D'UN ESTURGEON · texte numérisé non relu

AVENTURE D'UN SAUMON ET D'UN ESTURGEON

Me pronienant vers un carré d’eau qui est au-dessus d’une cascade, j’aperçus un saumon et un esturgeon s’approchant du bord, comme s’ils eussent voulu me parler. Cela me surprit tout à fait ; car je ne croyais pas que la rivière d’Anqueuil entretint commerce avec l'Océan. Je demandai donc à ces animaux pour quel sujet et par quel motif ils avaient quitté leur patrie. L’esturgeon me répondit par un truchement :

« Cela vous semble nouveau Que des poissons, qui nagent en grande eau,

S'en aillent si loin se faire Une prison volontaire, Et renoncent pour elle à leur pays natal, Quand la prison serait uh palais de cristal.

En effet, il n’est personne Qui d’abord ne s’en étonne; Car ce n’est pas la faim qui nous a fait sortir Du lieu de notre naissance ;.

Sans nous vanter, et sans mentir, Nous y trouvions en abondance De quoi soûler nos appétits :

Si les gros nous mangeaient, nous mangions les petits Ainsi que l’on fait en France; Et pour ne pas tenir votre esprit en balance, Je vais vous dire la raison Qui nous 2 fait choisir cette aimable prison Qu’avec moi ce saumon habite.

Un jour, nous promenant sur le dos d’Amphitrite Nous aperçûmes deux marchands À qui le fier Borée, auteur de maint orage, Avait fait faire au milieu de nos champs Un cruel et piteux naufrage.

Tout en nageant, ils imploraient le dieu De l’humide et vaste lieu, Le priant d’être sensible Au sort qu’ils allaient courir, Et faisaient tout leur possible Afin de ne pas mourir.

Le dieu les poussa sur l’heure Vers un rocher dont il fait sa demeure, Et, là, d'abord il leur dit :

« Pauvres humains qui vous fiez à l'onde, Que cherchez-vous en notre monde? », Un des marchands répondit : « Monarque de l’eau salée, Dans une région de ces flots reculée Est un lieu nommé Vaux, gloire de l’univet Son nom vole déjà dans cent climats divers :

Oronte y fait bâtir un palais magnifique, Où règne l'ordre ionique Avec beaucoup d'agrément.

On a placé justement

SONGE DE VAUX

Vis-à-vis du bâtiment n Deux grottes, dont la structure .

Est de telle architecture Qu'elle plaît sansTornement.

Nous cherchions toutefois sur l’humide élément Les conques les plus exquises, Et du corail de toutes guises'; Mais les vents ennemis du plaisir de nos yeux, Par des complots odieux Ont traversé nos voyages :

Dites-leur qu’ils soient plus sages, Êt respectent désormais Oronte et tous ses palais. »

Thétis de ce récit sembla toute ravie ; Et, la harangue finie, Nous fûmes envoyés par le maître des vents Pour offrir de sa part, en termes obligeans, Au possesseur de Vaux, Oronte son intime, Ce que dans ses pays on voit de raretés, Ambre, nacre, corail, marbre, diversités, Enfin tous les trésors de la cour maritime.

Après cent périls évités, Nageant de mer en fleuve, et de fleuve en rivière, Non loin d’ici, d’une adroite manière, Par des pêcheurs nous fûmes arrêtés, .

Et par bonheur chez Oronte portés.

Là je lui fis ma petite harangue, Petite certainement, Car c'était en notre langue, Laconique extrêmement.

On l’apprend fort aisément Venez nous voir seulement Au fond du moite élément, Vous saurez comme nous parler en un moment.

Pour achever notre histoire, Monsieur Courtois (1), si j'ai bonne mémoire, Avec mon compagnon m'a logé dans ces lieux :

(1) Courtois : domestique de confiance de Fouquet. D'une copie figurée de l'écrit trouve plus tard chez le surintendant, à Saint-Mandé, M. Régnier à extrait ces lignes quet (qui a prévu son arrestation) demande que, ‘es qu'il sera captif, on voir un valet. « Et ce valet, serait Vattel; si on ne pouvoit l'obtenir, on tenteroit pour Longchamps, sinon pour Courtoes ou la Vallée. »

Quant à moi, j'ai bonne envie De n’en bouger de ma vie; On y voit souvent les yeux De l’adorable Sylvie (1). »

{Le IV* fragment, retrouvé ainsi que les V° VI° VII: et VIII: autres, dans les manuscrits du poète, nous rapporte « comme Sylvie (Mme Fouquet) honora de sa présence les dernières chansons d'un cygne qui se mouroit, et des aventures du cygne ». Nous apprenons, dans le V° fragment, comment « Acante, au sortir de l'apothéose d'Hercule, est mené dans une chambre où les Muses lui apparoissent ». Le VI: fragment est une Danse de l'Amour.

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