‹ La Fontaine:Chapitre 2 sur 121 · NAISSANCE ET JEUNESSE DU POÈTE · texte numérisé non relu

NAISSANCE ET JEUNESSE DU POÈTE

il y a peu de distance et, c'est là que son père Charles, sa maman Pidoux, « le parrain honorable homme Jean de’ La Fontaine, la marraine damoyselle Claude Josse, femme de Louis Guérin », portèrent l'enfant à baptiser. *

L'enfance de La Fontaine fut celle d'un gamin de province, d'un « garçon de Champagne » à écrit Tallemant. Son enfance, « sa vie de petit écolier, ajoute M. Paul Mesnard, n'ont laissé que peu de traces, et toutes ne sont pas certaines ». Et Walckenaer : « Son éducation paraît avoir été négligée; l'on croit qu'il étudia d'abord dans une école de village (1), ensuite à Reims, ville pour laquelle il avait une prédilection particulière. » À Reims, Jean rencontra ses premiers amis, Pintrel, le peintre Hélart, mais surtout Maucroix. Celui-là « ce fut le préféré » (Émile FAGUET). L'on sait qu'adolescents ilsaimaient, l'un et l'autre, autant la poésie et les belles Rémoises; on les voyait ensemble à la foire de la Couture, au-devant de la cathédrale, d'autres fois, dans « ces vertes prairies », cette « campagne azurée » que Maucroix a, plus tard, célébrées, jusque sous ces treilles où venaient les Champenois; car, ainsi que l'a écrit l'un d'eux, le jovial Clerc de Troyes :

En Picardie sont li bourdeur Et en Champaigne li buveur.

La vocation religieuse, qui devait un jour devenir si durable pour Maucroix, sembla vouloir $'emparer un moment sérieusement de La Fontaine. Lui que les régents du collège de Château-Thierry avait jugé un « bon garçon, fort sage et modeste (2) » aspira au recueillement de la vie ecclésiastique. On le vit à dix-neuf -ans entrer comme novice chez les Pères de l'Oratoire, à Juilly d'abord, à Paris

(1) N'est-ce point ce que l'auteur de la Comédie humaine, ce que Balzac a voulu exprimer de l’auteur dé la comédie des bêtes, lorsqu'il a écrit : « Si La Fontaine étudia, ce fut sous des maîtres de campagne; quant aux grands enseignements, ils lui vinrent de la nature. »

(2) « Il m'est pas sans vraisemblance qu'il fit là ses classes et que nous avons un souvenir de ce collège dans le précieux petit volume dont la découverte est due à M. Rathery et qui avait appartenu aux Pintrel. C'est un exemplaire de Lucien (august. Picton 1621) en haut de la première garde intérieure duquel on lit : de La Fontaine, bon garçon fort sage et fort modeste. » (P. Mesnaro).

ensuite; mais cette vie de renoncement et de méditation était peu conforme au destin d'un garçon déjà grand rêveur, distrait, nonchalant et chez qui le goût des femmes apparaissait fort. Au bout de dix-huit mois, le filsdu maître des eaux et forêts abandonna les Pères. Étudiant en droit, puis reçu avocat au Parlement en même temps que François de Maucroix, il ne sembla pas plus s’accoutumer aux querelles des Chicaneau et des Dandin qu'aux exigences d'une vocation érémitique. L'auteur de ce petit chef-d'œuvre des Fables : 'Huître et les deux plaideurs se montra complètement inapte à soutenir les arguties de la basoche. C'est alors que Jean abandonna Paris, « comme il était venu », et, vers ce temps de sa vie, commença de

Manger le fonds avec le revenu.

Sa candeur profonde, sa rêverie indolente, son désintéressement complet aux biens de ce monde ne laissèrent point de percer dans son caractère; il est, dès ce moment, un badin, un flâneur, a trifler, a dit lord Macaulay; l'insouciance de son humeur n'a désormais d'égale que cette aptitude à l'affection et à l'amour dont il avouera un jour la mobilité :

Je suis chose légère et vole à tout sujet:

Je vais de fleur en fleur. (1).

Ainsi, dès le début, bien avant que d'écrire, il est ce libre esprit, ce songeur indépendant, cet admirateur de tout ce qui est beau et bien dans le monde, ce Polyphile si délicieux dontila, dans Psyché, tracé l'effigie touchante. Son lent et.beau génie, qui ne s'éveilla qu'assez tard dans les lettres, a peu de sel encore, peu de saillies; mais, déjà, soit qu'il observe les gens, étudie la nature ou recherche l'amitié, il commence d' « errer parmi des milliers de sentiments fins, gais et tendres » (TAINE).

Le chevaleresque amour des dames, qui venait de s'affirmer dans des écrits précieux du ton de /a Guirlande (2),

(1) Discours à Mme de La Sablière.

(2) La Guirlande de Julie parut en 1641 et non 1633 comme on le pensa longtemps.

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