‹ La Fontaine:Chapitre 3 sur 121 · NAISSANCE ET JEUNESSE DU POÈTE · texte numérisé non relu

NAISSANCE ET JEUNESSE DU POÈTE

avec une sorte d'idéalisme, était assez contraire à l'humeur narquoise et vivante de garçons comme Maucroix et La Fontaine. Au moment que Maucroix commençait de brûler pour Flenriette de Joyeuse, plus tard marquise de Brosse, il fallait voir que Jean, laissant à M. de Montausier le subtil respect, s'en allait, « la nuit, une lanterne sourde à la main et en bottines blanches » courtiser les belles (1). Une aventure galante avec la femme du lieutenant général de Château-Thierry ne manqua pas d'ébruiter bientôt les dispositions badines d'un gaillard audacieux. Le, maître des eaux et forêts pensa qu'un établissement avantageux dans le monde et un mariage convenable aideraient son fils à ramener un peu plus d'ordre dans sa nature (2). Il y avait dans ce temps-là, à la Ferté-Milon, une jeune et jolie fille de seize ans, nommé Marie Héricart, fille d’un lieutenant au bailliage de cette ville. C'est elle qu'en 1647, Charles de La Fontaine fit épouser à Jean; en même temps le père transmit sa charge à son fils; c'est assez dire que, quand la traduction de l'Eurugue de Térence parut, en 1654, sous le nom de La Foutaine, il y avait sept ans déjà que le Champenois était devenu un notable de sa ville, et, par la naissance de son enfant Charles, avait semblé fonder lui-même un foyer (3).

(1) TaiuemanT Des RÉAUX.

{21 Le père de La Fontaine avait beaucoup d'affection pour son fils. « Quoique ce Bonhomme n’y connût presque rien, il ne cessait pas de l'aimer passionnément, et, il eut unë joie incroyable, lorsqu'il vit les premiers vers que son fils composa » PERRAULT, Vie de La Fontaine.

(3) Charles de La Fontaine, le fils unique du poète et de Marie Héricart, naquit à Château-Thierry le 8 octobre 1653; François de Maucroix fut son parrain. Que d'anecdotes n'a-t-on pas contées sur les rapperts du père et du fils? Trron bu TILLET ( Parnasse français ), MontexauLT ( Vie de La Fontaine ) ont propagé partout histoire des fameuses distractions du Bonhomme ne reconnaissant jamais son entant. « C'est votre fils, lui dit-on dans le monde, en le lui présentant. » « 4h! répond-il, j'en suis bien aise. » Mathieu Maraïs (Histoire de la vie et des ouvrages de M. de La Fontaine) se défie de l'exagération de ces anecdotes dont plusieurs sont nettement apocryphes.

Le goût des anciens, que La Fontaine ne cessa de faire éclater toute sa vie dans ses œuvres, commença de se manifester en même temps que l'amour ingénu dont il témoigna pour la poésie. « Il ne parlait pas ou voulait toujours parler de Platon », écrira de lui, un jour, Louis Racine. C'est à François de Maucroix qu'il devait cette connaissance de Platon; Plutarque avait ses préférences (1); Horace, Virgile l'enchantaient; et, pour Homère et Quintilien, Pintrel les lui avait fait lire.

On sait de la manière qu'il connut Malherbe et comment, ayant vingt-deux ans, l'ode sur la mort de Henri IV, lue en sa présence par un officier, fit sur lui une impression telle « qu'après avoir passé les nuits à l'apprendre par cœur, il allait de jour la déclamer dans les bois » (2).

Cette préparation sévère à la poésie ne laisse pas de donner quelque raideur et quelque enflure à l'Euruque, cette comédie en cinq actes qu'il tira de Térence et dont il avait l'humilité de dire que ce n'était que la « médiocre copie d'un excellent original ».

L'Ode sur la paix, que nous donnons ici et que l'auteur composa pour Fouquet, en 1659, lors de la conclusion de la paix des Pyrénées, trahit quels progrès La Fontaine accomplit, après sa traduction de l'Eunuque, en quatre ou cinq ans. La strophe ne se ressent plus ici des tâtonnements de l'écolier; elle est ample, ailée, se déploie avec aisance, et l'auteur de Psyché, de l'Astré, de Daphné et de Galatée apparaît déjà dans le ton pastoral du poème.

(1) L'abbé d'olivet a remarqué que les exemplaires de Plutarque et de Platon * qui avaient appartenu à La Fontaine étaient annotés, à chaque page, de la main du poète et que « la plupart de ses notes étaient des maximes qu'on retrouve dans ses fables » .

12) D'Ouver, Histoire de l'Académie.

DÉBUTS EITTÉRAIRES

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