LE CONTEUR ET LE FABULISTE
1. Mme de Bouillon. — II. Premiers contes. — III. Premières « fables choisies mises en vers ». — IV. La Fontaine, dans les FaRLES, fini les mœurs.
L'arrestation et le procès de Fouquet ne furent pas les seuls tourments dont La Fontaine eut à souffrir depuis la fête de Vaux. Une ordonnance royale contre lusurpation des titres de noblesse vint, sans qu'il pût s'y attendre, ajouter à tout le dérangement de ses affaires. Accusé d'avoir pris indûment, dans divers actes publics, le titre et la qualité d'écuyer, le maître des eaux et forêts se trouva, en 1662, condamné par défaut à l'amende élevée de 2 000 livres. L'irrévérence avec laquelle il railla un peu plus tard, dans la fable du Mulet se vantant de sa généalogie, les travers d'une telle vanité, n'empêche pas que le Bonhomme n'éprouvât au moment quelque ennui de l'aventure.
J'étais lors en Champagne Dormant, rêvant, allant par la campagne...
at-il écrit lui-même à ce propos; les « jolies garennes dont les hôtes étourdis font la cour à l'aurore (1) >», les prés embellis de fleurs, les venelles odorantes et pépiantes d'oiseaux commençaient déjà de l'attirer en dehors de Chaury,
(1) Sainte-Beuve.
quand tout à coup ce procès lui advint. Une épître adressée, en-1662, à M. le duc de Bouillon témoigne assez que ce ne fut là qu'un ennui ajouté aux autres :
Prince, je ris, mais ce n’est qu’en ces vers. L’ennui me vient de mille endroits divers, Du parlement, des aides, de la chambre (1).
Du lieu fameux par le sept de septembre (2), De la Bastille (3), et puis du Limousin ;
11 me viendra des Indes à Ja fin.
La Fontaine, en même temps que le duc, supplie son épouse, la jeune duchesse de Bouillon, d'avoir à intervenir auprès de Colbert;
Comme elle sait persuader et plaire, Inspire un charme à tout ce qu’elle dit.
elle obtiendrait facilement la remise de l'amende. Cette épître nous amène à préciser ce qu'était Marie-Anne Mancini, cette compatissante protectrice du poète, au moment où elle épousa le duc de Bouillon, neveu de Turenne et nouveau seigneur de Chaury. Nulle n'avait, plus qu'elle, de la pétulance des Mazarin; mais tandis que, chez Hortense et Marie Mancini, ses sœurs, le désordre des sentiments aggravait les écarts de la nature, un charme tendre et langoureux, comme voilé de douceur, atténuait chez Marie- Anne, les emportements d'un sang impulsif. « C'était une beauté originale et un esprit scintillant », a écrit d'elle Paul de Saint-Victor. « Les grâces habitaient sous la figure de Mme de Bouillon » a dit joliment l'abbé de Chaulieu; «elle n'était ni grande ni menue >», nous assure le duc de Saint-Simon; mais le meilleur portrait qu'on ait d'elle, c'est encore le Bonhomme qui l'a fait :
L: mère des Amours et la reine des Grâces, C'est Bouillon, et Vénus lui cède ses emplois...
(1) La chambre de l'arsenal chargée d'instruire le procès de Fouquet. (2) Fouquet fut arrêté le 7 septembre 1661 (3) La Bastille où était détenu Pellisson.