‹ La Fontaine:Chapitre 82 sur 121 · SUR PLATON · texte numérisé non relu

SUR PLATON

Je passe maintenant au sophisme. Si on prétend que les entretiens du lycée se devaient passer comme nos conversations ordinaires, on se trompe fort : nous ne cherchons qu’à nous amuser ; les Athéniens cherchaient aussi à s’instruire. En cela il faut procéder avec quelque ordre. Qu’on en cherche de si nouveaux et de si aisés qu’on voudra, ceux qui prétendront les avoir trouvés n'auront fait autre chose que déguiser ces mêmes manières qu’ils blâment tant. Il n’y en a proprement qu’une, et celle-là est bien plus étrange dans nos écoles qu’elle n'était alors au lycée et parmi l’Académie, Socrate en faisait un bon usage, les sophistes en abusaient : ils attiraient la jeunesse par de vaines subtilités qu'ils lui savaient fort bien vendre. Platon y voulut remédier en se moquant d’eux, ainsi que nous nous moquons de nos précieuses, de nos marquis, de nos entêtés, de nos ridicules de chaque espèce. Transportons-nous en ce siècle-là, ce sera d’excellentes comédies que ce philosophe nous aura données, tantôt aux dépens d’un faux dévot, d’un ignorant plein de vanité, d’un pédant ; voilà proprement les caractères d’Eutyphron, d’Hippias, et des deux sophistes. Il ne faut point croire que Platon ait outré ces deux derniers ; ils portaient le sophisme eux-mêmes au delà de toute croyance, non qu'ils prétendissent faire autre chose que d’embarrasser les auditeurs par de pareilles subtilités ; c'était des impertinens, et non pas des fous ; ils voulaient seulement faire montre de leur art, et se procurer par là des disciples. Tous nos collèges retentissent des mêmes choses. 11 ne faut donc pas qu’elles nous blessent, il faut, au contraire, s’en divertir, et considérer Euthydémus et Dionysodore comme le docteur de la comédie, qui de la parole que l’on profère prend occasion de dire une nouvelle sottise. Platon les combat, eux et leurs pareils, de leurs propres armes, sous prétexte d'apprendre d'eux : c’est le père de l'ironie. On a de la volupté à les voir ainsi confondus. I] les embarrasse eux-mêmes de telle sorte, qu’ils ne savent plus où ils en sont, et qu’ils sentent leur ignorance. Parmi tout cela leur persé-

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