‹ La fontaineChapitre 108 sur 123 · T. IX, p. 312 ù 315 : Lettre à son oncle Jannart · texte numérisé non relu

T. IX, p. 312 ù 315 : Lettre à son oncle Jannart

Il part de ce principe bien simple que ses affaires n'intéressent pas les autres ; il ne s'adresse à autrui que quand il ne peut faire autrement. Jamais il ne casse la tète à son pt're ' « de ses affaires » lesquelles, quant à lui, l'intéressent autant qu'elles en sont « dignes », c'est-à-dire pas du tout"'.

Tel est hien l'homme. 11 n'est né que pour la spéculation, et il lui répugne de s'occuper des choses de la vie pratique. Il n'aime pas à parler de revenu^;, de capitaux et de redevances. Son frère Claude, qui se soucie à ))on droit de toutes ce «questions, lui inspire en retour une superbe indifférence. Il a un tempérament d'artiste ; il est fait pour penser, il néglige le côté matériel de la vie bien qu'il soit un sensuel insatiable et besogneux. 11 aime passionnément les cailles qui tombent toutes rôties et les bouteilles qui viennent se dresser, comme d'elles-mêmes, sur sa bonne table d'épicurien.

V. La vie religieuse. — Il est aisé de voir que la religion n'intervient chez notre fabuliste que dans la maladie ou à ra])proche de la mort. Dès qu'il croit qu'il va partir pour l'au-delà, il reclame le « viatique » de l'Eglise : il ne veut s'en aller que loti du passeport céleste. Mais nous savons à quoi nous en tenir sur ce sujet. Lorsque la santé réapparaît, le libertin, le persifleur des prêtres et de la religion se montre à nouveau dans toute sa netteté.

Le libertin est en très mauvaise posture au xvii" siècle; il n'est guère démise de montrer de l'indifférence ou du mépris envers la religion. Les libertins de l'époque de la Fontaine et les encyclopédistes du siècle de Louis XV et de Louis XVI ne se différencient qu'en un seul point : les

i. T. IX, p. 312 à 313 : Lettre à son oncle Jannarl. ■ 2. T. IX, p. 371 : lettre à Bctcine.

SA MKNTALITÉ 213

uns et les antres se moquent de lu religion et surtout du prêtre: mais les uns — ceux-ci — ne craif;nent pas d'affirmer leur o])inion dans leurs écrits on dans leurs propos, tandis ([Ur les antres — ceux-lii — restent plus intérieurs, plus discrets en raison du milieu et des habitudes. Le prêtre et le moine que nous présente La Fontaine, dans ses fables et dans ses contes, sont bien tels que les historiens nous les ont fait connaître par la suite. Le prêtre ou le moine est un " papelard >', un vaniteux, qui se retire dans nnfromag'e de Hollande pour ne manquer de rien. La volupté le subjugue, et il ne saurait en être autrement pour quelqu'un qui fait toujours bonne chère. En nous décrivant des détails de la vie de Maucroix, le chanoine de Reims, il nous a bien fait entrevoir quelle pouvait être la vie et les mœurs des bons prêtres d'alors. Ils gagnent beaucoup d'argent, qu'ils emploient à satisfaire tous leurs désirs :

Un mort s'en allait tristement S'emparer de son dernier gite ; Un curé s'en allait gaiement Enterrer ce mort au plus vite '.

La Fontaine semble nous dire ironiquement : mais vous lui pardonnerez tous à ce bon prêtre, lorsque vous connaîtrez la pureté de son intention :

Il fondait là-dessus l'achat d'une feuillette Du meilleur vin des environs -.

VI. La Fontaine écrivain. — La Fontaine est un écrivain de premier ordre. Nous retrouvons facilement.

1. T. II. p lo7 et suiv., liv. VU, fable XI : U Cure et le Mm-l.

Page 1