‹ La fontaineChapitre 12 sur 123 · T. IX. p. 121 à 12S : Kpirjrunune au duc de Houilli'ii · texte numérisé non relu

T. IX. p. 121 à 12S : Kpirjrunune au duc de Houilli'ii

sance de toutes les fonime8 lioiinêtes ou légères qu'il a vues. Ainsi qu'il arrive à beaucoup d'hommes, les sou- Tenirs de « chiffuu » ou d'amour, joints aux peurs et aux surprises qui s'y mêlent, aux bons repas qui s'y surajoutent, s'inscrivent k tout jamais et d'une manière indélébile dans le « temple » de la mémoire du fabuliste. Lorsqu'il raconte son voyage de Paris en Limousin, il a bien soin de rappeler comment sont coiffées les femmes ou les filles d'Orléans, de Poitiers, de Chàtelleraultetd'ailleurs. Il sait par cœur le nom des Philis et des Jeannetons de toutes les cités qu'il traverse. Il n'est plus distrait, ni amnésique maintenant : ses yeux s'emplissent de convoitises.

Ce qui nous a le plus frappé dans la puissance de remémoration de La Fontaine, c'est qu'elle s'exerce admirablement sur des souvenirs abstraits, d'ordre plus purement psychologique que ceux dont nous avons parlé jusqu'ici. La Fontaine perçoit et retient avec beaucoup de précision les manières, les habitudes et les travers des hommes. lUui suffit, en pareil cas, d'avoir vu pour peindre

/ exactement d'après nature : il connaît, pour ainsi dire, toutes les tempêtes d'ordre moral qui peuvent assiéger la raison et le sentiment. Sa mémoire devient étonnante par sa précision, dès qu'elle porte sur la pensée propre-

' ment dite. Le paysan, l'artisan, l'homme d'affaires et le financier, le magistrat et le professeur, les seigneurs et les gens d'église, le roi et sa cour, tous défilent en bon ordre dans son souvenir, avec la marque, l'étiquette originale et vraie, qui nous permettra de les reconnaître et de les marquer du doigt à tout jamais.

SA MÉMOIRE, SES ASSOCIATIONS d'iDÉES 39

En définitive, nous venons de le voir, La Fontaine ne; garde un souvenir précis et circonstancié que des éyén^- ' nients qui flattent ses tendances propres ou ses préfé- ; renées personnelles . En cela, il agit comme tout le monde. Mais ce qui est remarquable, chez^ lui, c'est la grande précision qu'a atteinte sa mémoire abstraite. Nul n"a su, mieux que lui rappeler^ et faire revivre la vi^ intérieure et cachée, la vie psychique proprement dite.

11. Ses associations d'idées. — Les phénomènes psychologiques sont si bien solidaires les uns des autres que Ton ne saurait dire, avec une précision suffisante, oii ils commencent et oîi ils finissent exactement. Dans tous ces phénomènes, quels qu'ils soient, nous trouvons des traces bien nettes d'autres phénomènes. Le plus souvent, en un mot, les différentes puissances de l'esprit chevauchent les unes sur les autres.

Il est donc tout naturel de supposer que si les images mentales et la mémoire de La Fontaine sont surtout d'ordre visuel, il en sera de même pour ses associations d'idées. C'est ce que nous allons examiner maintenant.

Nous savons que le fabuliste est doué d'une sensibilité et d'une affectivité fort délicates. Ses associations d'idées, à forme spontanée, seront donc pour nous, en raison de ce (pie je viens de dire, du plus haut intérêt.

Nous avons pu nous rendre compte déjà que, la (( bagatelle amoureuse » occupe chez lui une très grande place. Nous ne devrons pas être surprisde le voir, à tout instant, faire des associations d'idées conformes à son inclination ^ préférée.

40 JEAN DE LA FCfNTAINE

Lorsque Marie Stuart retourne dans son pays, il écrit aussitôt à la duchesse de Bouillon, qui se trouve alors en Angleterre :

Et Stuart en son royauiin', Y court avec plus d'ardeur Qu'un amanl à sa maîtresse'.

Qny a-t-il de plus prompt, de plus allègre et de plus empressé qu'un amant qui retourne auprès de sa maitresse?

La duchesse d'Orléans, dont il est le gentilhomme, possède un superhe petit chien, qu'elle comble de friandises et qu'elle garde jalousement dans sa maison. Mais ce pauvre caniche s'ennuie. L'amour doit le tenter. Pourquoi ne le tenterait-il pas ? C'est ce que pense le poète. Aus^si brode-t-il sur ce sujet une ingénieuse poésie.

D'abord, le petit chien « Mignon )> — car c'est ainsi qu'il s'appelle ou qu'il l'appelle — le fait songer aux « Iris » des petits chiens; il n'en oublie pas pour cela, les « Iris » des chrétiens. Pauvre petit être, nous dit le poète, tu dois avoir besoin d'une compagne, toi aussi :

Petit chien, (ju'as-tu? dis-le-moi.

N'i'S-tu lias plus aise qu'un roi?

D'où vient donc que ton cœur soupire ? Que te faut-il? un peu d'amour.

Mais le fabuliste coupe court à sa pitié. 11 s'empresse de promettre à « Mignon » et poui' le printemps prochain :

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