I. T. iX, p. -220 et tiuiv. : Lettre au duc de Buuillon
château, lui semble-t-elle plus longue qu'elle n'est en réalité, tant il est impatient de visiter le château ^
A Amboise, en face de la prison de Foucquet, il reste durant des heures debout, muetet mélancolique, évoquant les souvenirs qui se rattachent à cet infortuné protecteur des lettres et des sciences. Il est là, cloué, en quelque sorte, devant la prison où séjourna le surintendant :
Sans la nuit on n'eût Jamais pu mairacher de là-.
Laissons là, pour un insiaut, 1rs émotions pénibles,, et vovons comment La Fontaine se comporte dans l'émotion
agréable et joyeuse.
Le contact des femmes et tout ce qui s'e.iisui^ortent s^n émotivitéà son maximum. Nous savons déjà qu'il n'est pas un mari fidèle, qu*il se plait à changer la forme et la nature de ses plaisirs. Un beau jour, sa digne épouse le suri)ven(\, flagrante dellcto, avec l'abbesse de Mouzon. 11 n'est pas besoin de dire qu'il ne s'attendait pas à une telle surprise. Comment va-t-il faire? Il prend au plus vite son chapeau, tire une grande révérence à son épouse et sort, laissant là les deux femmes, c'est-à-dire aux prises avec la difficulté. Est-ce pour lui qu'il a écrit : ... et puis...
S'en di'mrde ([ui pourra?
A quelque âge qu'on le prenne, il est toujours amoureux. 11 aime à consacrer aux femmes le meilleur de son temps^ Avec elles il est presque toujours'^aL.e.t enjoué. En revanche, la femme lui a fait éprouver les passions les plus intenses et les plus délicates.
t. T. IX. p. 230-231 : Lettre à sa femme. •2. T. IX, p. 2 il) et suiv. : Lettre à sa femme.
— A soixante-dix ans, vous pouvez le placer devant une bonne table et à côté d'une ravissante jeune fille, il sera aussi passionné et aussi troublé qu'à Tépôquë Je siT jeunesse. M"" de Beaulieu lui produit une telle impression qu'en la quittant il se met à errer en pleine campagne ; il ne retrouve plus le chemin de Paris. Quelques jours après, il raconte cette « folie >> ;i l'abbé Vergier qui était resté il Bois-le-Yicomte '. Durant trois jours il a été sens dessus dessous. Nous ne trouvons pas cette histoire exagérée, car il nous a déjà prévenu lui-même que, « pour peu qu'il aime, il voit moins qu'une taupe qui aurait cent pieds sous terre 2. »
. Ce qui l'excite naturellement le plus, dans ce genre d'émotion, ce senties yeux, Il ne peut jamais rester indifférent à ceux qui lancent « feu et flamme ». En deuxième ligne, la couleur blanche, le blanc, en général, complète son excitation. Une peau blanche, une gorge découverte et blanche, des pieds blancs et mignons, etc., voilà ce qu'il retient souvent d'une femme.
Voyons, plus en détail, comment il se comporto dans l'affectivité amoureuse.
A Châtellerault, la fille de son hôte est assez jolie, mais elle n'est, par contre, qu'un enfant. Peu lui importe ; il en est si envieux et si friand qu'il prie Morphée de la lui envoyer. Elle ne sera pas malheureuse avec lui.
En parlant de Poitiers, qui possède des « pierreslevées », des monuments antiques et où se trouve un de ses « cousins », il n'a aucun souci de connaître ces
1. T. IX, p. 41G : Lettre à l'abbé Vergier. (La scène s'est passée à Boi;: le-Vicomte, chez M. d'IIervart.)
2. T. IX, p. 313 : Introd. aux pièces de vers de M"" Colletet.
curiosités, ni son parent ; il voudrait, avant tout et surtout, avoir vu « la Landru' ».
Lorsqu'il fréquente assidûment M"'' de Champmeslé, nous assistons à des déclarations d'amour fort touchantes. Jean témoigne un grand enthousiasme pour cette actrice. Malheureusement elle semble rester un peu sourde aux déclarations du fabuliste. D'aucuns même ont prétendu que cotte aimable personne s'amusait du Bonhomme. La chose est, somme toute, fort possible, car sa naïveté le prédisposait à jouer un rôle de dupe.
Ainsi, à cette époque, il se trouve chez M"* d'Hervart, à Bois-le-Vicomte : tout l'entourage le trouve triste et mélancolique. N'a-t-il pas laissé la Champmeslé à Paris? Il lui écrit des lettres remplies de charme. Toute la nature, qu'il aime tant d'ordinaire, lui semble maintenant monotone et ennuyeuse. Il le déclare, du reste, formellement dans une lettre :
Bois, champs, ruisseaux et nymphes des prés ne le touchent plus guère-'.
Eh définitive, La Fontaine ne résiste iamai&JLia femme qui possède quelques charmes. Mais, en cela, il est beau^ coup plus précis et beaucoup plus exigeant que l'on ne pourrait l'imaginer, tout d'abord : il veut que la^femme de son goût soit, à la fois, belle d'esprit et de corjDS^La beauté de l'esprit sans la beauté du corps le laisse indifférent et vice versa.
' Mais, dansTôutes ses « rencontres », il n'a qu'un but : arriver par la voie la plus rapide au dénouement pra-
1. Fille de mœurs légères de Poitiers : on la disait fort jolie. T. IX, p. 288 : Lettre à sa femme.