‹ La fontaineChapitre 46 sur 123 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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dans son Discours sur la méthode, clans son œuvre sur

les Passions de Idme^ dans son Traité de Ihommc et

dans sa correspondance. Aussi, après Harvej', mais avec

beaucoup plus de force que ce dernier, il proclame ^ue la

niéthodo (•(institue la condition indispensable du progrès

scientitique. Poursuivant ses recherches avec^ plus d'ar-

deur.v.Jl-êl'L^rriye finaleme.nt à . CQUclm^c -que .l'homme se

sépare nettement de l'animal, ce dernier n'étant mû que

par un aveugle ressort.

Bossuet incline vers l'automatisme cartésien, sans refu- 1 ,

i ser à 1 animal une âme sensitive, conciliant ainsi Descartes

et saint Thomas. Mais Jean de La Fontaine se froisse de cette conception étroite de la confidence des animaux et critique aigrement le grand penseur, « dont on eût fait — x-dit^l. — un dieu chez les païens ».

Le Traité des Passions de l'âme, qui est la première page delà psychologie expérimentale, remporte un grand succès. Sans doute Descartes*, pas plus que tout autre, n'invente pas de toutes pièces cette théorie, puisqu'il répand Tàme — ainsi que les péripatéticiens — dans tout le corps, mais il lui donne pour lieu d'élection la glande pinéale [glandula pinealisu parce qu'elle est le seul organe impair du cerveau. Cet organe devient ainsL le centre, le moteur etJejgé^ératêuiLjdje.jtous^Jjs^ émanés du sang. La mémoire, chose curieuse pour l'époque, se trouve conditionnée par un processus purement mécanique : elle est corporelle. Les esprits animaux, qui sûûOiil^uii.itessences d'atomes, font des encoches dans

\. Voir le savant ouvrage de Jules S(jlry aux ai-licles//«ri'p//. iJ/r//pj 7/«, Michel Sevvet, Descaries, Riolan, ete. [.Iules Sol'RY Histoire des cbic- Irines dit sijslème nerveux central ,'2 vol. in-S", Paris, Masson, i899)J.

le cerveau et retroiiveul leur premier gite dès qu'il y a uu rappel de souvenir.

Ces^uelques mots ^^introduction aux Jdées ^philoso- ])hiques de La Fontaine ne seront pas de trop, si nous vouloris~rK)us rendre compte de. rorigiû.ejiÊ.C[uelqu es-unes de ses conceptions philosophiques et psychologiques. .

Né"soyons pas surpris si La Fontaine parleparfois de la philosophie ; il a frayé souvent avec des spécialistes. N'a-t-il pas vécu un certain temps à l'Oratoire où l'on s'occupe beaucoup de philosophie ? N'est-il pas lié avec le chanoine Despréaiix qui est un philosophe? 11 fréquente, en outre, assidûment, à un moment donné, les philosophes de Port-Royal; il se he avec l'abbé Chauheu chez M""^ de La Sablière ; il a pour ami François de Monginot, médecin bien connu du temps; il parle souvent de philosophie avec son ami Maucroix ; il connaît au moins Platon et Descartes *. Nous savons par surcroît qu'il s'intéresse beaucoup au progrès philosophique et aux découvertes scientifiques et qu'il ne ment pas quand il déclare : qu'il aime d'im œil égal « la bagatelle et la science ».

Sans doute ses notions philosopbiques ne sont pas( groupées, coordonnées en un bloc uniforme; elles ne| sont pas la résultante d'uu système d'induction ou dej déduction comparable à celui de Descartes ou de tout

1. Voir la traduction des onivres de Platon, faite en collaboration avec Maucroix,, et lire les détails de sa querelle avec Descaries sur rautomatisme des bêtes. Lire aussi tout au long le poème du Quinquina, fort intéressant au point de vue physiologique et psychologique.

autre philosophe ; elles ne constituent pas un chapitre réellement origuial de la métaphysique ; mais il nous semble cependant que Jean de La Fontaine a émis sur la vie, la nature et les éléments derniers des choses, des points de vue, des opinions très intéressantes, qui nous aideront surtout à mieux connaître sa personnalité et que nous pouvons ranger, sans craindre d'employer improprement ce terme, sous la rubrique : philosophie ^

La Fontaine distingue d'abord nettement la philosophie de la poésie : celle-ci est faite de-, sentiment, celle-là se construit avec la raison. Le philosophe^ es^comparable à un marbre que rien ne peut émouvoir. C'est un logicien et un raisonneur qui recherche en toute chose les effets et les causes :

Sans avoir étudié la philosophie, dit-il un jour à sa femme, vous pouvez vous imaginer quil n'y a point de vallées sans montagnes-.

Le philosophe s'aguerrit dans i'étuj^ des systèmes dé la nature ; il pî'sc la misèro humaine. C'est un sagearmé pour la lutte vitale. Jean venant d'écouter fort attentivement un sermon, après un copieux repas, ne trouve rien de mieux que de faire cette comparaison : « J'y ai

1. .le suis un peu trop à l'aise pour traiter «le la piiilosophie et de la psychologie de La Fontaine. A mon avis, exception faite pour quelques pages éparses et fort courtes, on ne s'était pas encore préoccupé de cette partie de l'œuvre du fabuliste. M. Gazier, dans un cours récent qu'il a professé à la Sorbonne, s'étonnait, à juste titre, qu'on n'ait pas encore parlé spécialement de la valeur philosophique de La Fontaine. IMdsse ce modeste essai combler le vœu de l'éminont critique. Voir Ga/.ier, Heine (les Couru el Conférences, 1903-1904.

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