T. IX, p. 229 : Le/fre à sa femme
apporié autant d'attention que des philosophes à jeun. » Il faut beaucoup de choses pour émouvoir le philosophe, car il connaît la vanité des choses humaines. Cependant il est des cas où La Fontaine le fait vibrer tout de môme :
Un [)liilosophe, un marbre, une statue'
se seraient émus ilevant une aussi jolie personne.
Il advient parfois que l'amour doit réveiller tout le monde, semble nous dire notre fabuliste.
La Fontaine aime particulièrement la philosophie. Jl parle fort souvent du divin Platon ,Jephilosophe de l'aniour. Il l'étudié avec ardeur, il le commente même et le traduit avec son bon ami Maucroix. Les fines réparties de Socrate, les délicats entretiens de Platon sur l'amour enchantent notre poète grivois. Il nous donne Socrate comme nous ajant fait connaître, le premier, les choses « par leur genre et leur différence » ; c'est le premier philosophe qui ait su classer les idées. Le disciple, Platon, n'a tiré ses « universaux » ou Idées, que de la pensée de son maître. Mais ni Socrate ni Platon ne sont encore de vra,is logiciens : il faut parvenir jusqu'à Aristote pour connaître la logique serrée et méthodique qui devient un « art-' » en soi.
A rencontre de ses déclarations spontanées ou tardives., La Fontaine est un optimiste de la vie. Tout est,. bien 'fi dans le nrëïïleur des mondes possibles, tel- esLIe principe qui domine sa philosophie. II va sans dire qu'il ne s'en tiendra pas toujours à cette déclaration, car en ceci,
1. T. IV. p. 2C2 : Conte V, 2' partie. l'Oraison de Snitil Julien.
2. Ouvrages de prose et de poésie des Sieurs de Maucroix et de La Fontaine, imprimés à Paris en 168j ; Dialogues de Platon, Avertissement (t. Vm, p. 3.38).
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comme en l)ien d'autres choses, il aime à changer d'opinion. C'est pourquoi sa philosophie est tantôt d'un cathojïîùt (Tunrideâïïste et tantôt d'un rationaliste.
II. Dieu, l'univers et l'homme. — Dieu est l'auteur suprême,' la"'cause~Tmîv "ermite de tout co "qïfé~je vois" et de tout c-ê 4uijii'environne. l)ioUj essence de l'homme et deJa-URt.ure, e^d impt'ni'trahlo.
Comment Hre en son sein '?
L'homme doit se refuser à l'expliquer, parce qu'il ne parviendra jamais à s'en faire une idée suffisamment nette. La Fontaine rejette le problème de Dieu comme insoluble et vain. Il s'éloigne ici de l'orthodoxie catholique, qui croit connaître tous les attributs, toutes les pensées de Dieu sur la nature et sur l'homme. Le^fabidiste se contente d'affirmer que Dieu est souvêrsinement bon, qu'il aime la créature qu'il a faite à son image, qu'il l'observe et la suit dans son évolution :
Dion ne quittera pas ses enfants au liesoin-.
L'ordre est partout dans hi nature; partotvt les êi£as el. les choses sont créés pour leurs mçjens et^^ur leur fin^ Jean en est si bien persuadé qu'il compose à cette intention la spirituelle fable du Gland et de la Citrouille^ L'uni- Ivers n'accomplit ses destinées que sous l'impulsion de la Wolonté divine. C'est grâce à Dieu que les (''ioil(^s se i^
l 1. T. I, p. 168: liv. Il, fable Xlll. IWslrologite (jui se laisse tomber ctfins nn puils.
\2. T. VI. p. 29 i : Poème sur la Caplivité fie Saint Malc.
meuvent, que les astres accomplissent leur rotation régu- ^ lière, que-,laZiûIëiniappâi^iiit ^chaque joux,- Si nous ne pouvons connaître Dieu, pouvons-nous au moins savoir la raison dernière des choses qu'il a créées et qui nous environnent ? La Fontaine rejette encore ce problème de métaphysique comme insoluble. Le soleil luit chaque jour, et nous,ne pouvons en induire autre chose que sa nécessité de luire et d'éclairer. L'homme ignore tous ces secrets de mécanique et de mouvement, et il les ignorera peut-être touj ours .
- Que .savons-nous de l'univers? La Fontaine nous. répond aussitôt [lar une théorie atomistique. Le monde est entièrement composé d'atomes, qui sont partout et font tout. Par les uns nous croissons, par les autres les objets touchés nous paraissent durs ou malléables, selon leur nombre et leur cohésion :
Ce sont d'invisibles fantômes '.
Puisque l'on a rapproché la monade de Leibnitz de la théorie cosmogonique de Plotin, nous pouvons bien faire procéder le fabuliste du philosophe d'Alexandrie-. Son atome est ;i tout le moins semblable k la « monade » dont nous parlera plus tard Leibnitz. Il constitue la molécule composante de toute la matière. Il devient le « composant » idéal de la mathématique universelle ; il est partout et en tout.
La Fontaine se rend parfaitemeiii,, compte que, seiiles, ces causes prochaines peuvent nous être connues, dévoi-
1 T. VI : Poème du Quinquina.
2. Plotin, Leibnitz : ce rapprochement est dû à M. Bergson, dans son cours sur l'Histoire de l'idée de temps (Collège de France, 1903 à 1904).
lées et que les causes finales nous échapperont ton jours. Il est très prudent, très logique en cela. Les secrets^ ultimes de la nature nous seront toujours impénétrables, parce qu'ils sont en Dieu, qui n"a }ias voulu les « objectiver » dans lo mondo qui nous environne.
Aurait-il imprime- sur le front des étoiles,
Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles' ?
La FonUtine explique l'origine de l'homme en s'inspirant de l'Ancien et du Nouveau Testaments. Dieu le créa parfait et heureux, mais il pécha et il déchut de sa sj)lendeur primitive, qui aurait pu être éternelle. Mais Jésus, par son sacrifice de la croix, a racheté l'humanité de la faute commise par le premier homme. Naissance, déchéance, rachat, tel est bien le processus de la condition de l'homme vis-à-vis de son Créateur-.
L'ordre est partout dans la nature et tout y est pour le mieux; seul Thomme est mauvais, ingrat etj}ervers. Le mal est en lui, vient de lui, il l'a produit, créé et le produit encore chaque jour. L'homme souille la nature, il jouit de bienfaits dont il est indigne :
Non, non, tous ces biens que tu vois, Te viennent d'une main et troj) bonne et trop sage^.
L'honune est composé de corps et d'esprit. Le corps tombe* soUs les sens et se meut sous l'impulsion et l'ordre de l'esprit. ï/homme se sépare de la matière organique en ce qu'il possède la propriété dsjijenser. L'esprit est
1. T. l.p. 108 : r.iatroliir/ue rjiii se laisse tomber dans un pui/s. loc.