T. VI, p. 333-330 : poème du Quinqvhm
Ils repassent à ce moment-là toute leur existence. La mémoire s'accroît alors prodigieusement, par suite de la réaction physiologique qui se produit dans le corps. Puis vient la désagrégation des facultés secondaires, comme Timagination et le sentiment : c'est maintenant l'instant « des folles rêveries », qui précède do très près la mort proprement dite.
II. 1" Sa psychologie normale. — Si des idées scientifiques générales du fa])uliste nous passons à ses idées psychologiques, nous verrons bien vite qu'il parle souvent avec autorité dans cette matière.
Qu'est-ce que l'esprit? Qu'est-ce que le corps? Tout ce qui existe, même les plantes, possède une certaine vie, une certaine conscience, un certain esprit. Tout ce qui se nourrit possède une conscience plus ou moins élevée. L'esprit constitue le fonds et l'ornement de toute la nature.
Un esprit est en nous, qui « meut » tous nos ressorts. A leur tour ces ressorts font u mouvoir » notre âme. La Fontaine se refuse à nous en dire plus sur ce point. L'esprit guide la main quand j'écris, mais l'esprit, qui le guide? Lorsqu'il s'agit de psychologie comparée, il se montre beaucoup plus prolixe.
Nous savons déjà qu'il s'est révélé penseur ingénieux, lorsqu'il a voulu critiquer la théorie de l'automatisme de Descartes' :
Les Esquimaux vivent encore « ainsi qu'aux premiers
ï. Noir pages 100. 120 el l'il de ce! ouvrage.
tomps », dans l'ignoranco et la sauvagerie, tandis qu'au milieu d'eux les castors construisent des travaux ingénieux, qui relient entre elles les deux rives d'un fleuve et détournent ainsi, au moment des crues, les torrents dévastateurs de leurs édifices'. N'y a-t-il en cela qu'un automatisme aveugle? La Fontaine oublie ou ignore, en ce momejit, le caractère à peu près figé ou (c cristallisé » de l'intelligence animale, cependant que l'homme évolue, lentement, sans doute, mais méthodiquement, tout en sachant nettement qu'il va vers le mieux, tout en se rendant consciemment compte qu'il se perfectionne.
Que dire aussi de cette perdrix qui « fait la blessée » pour attirer l'attention du chasseur ou de son chien, afin de permettre à sa nichée de se mettre eu lieu sûr^? Sont-ce là encore des actes d'automate?
Cette question l'intéresse à un tel point qu'il cherche à se renseigner de tous les côtés. Il apprend un beau jour que Descartes n'est pas l'inventeur de cette fâcheuse doctrine, car il a été prévenu par l'Espagnol Pereira^. Il est très fier de sa trouvaille. Pour toutes ces raisons, bien qu'il la difFéroncie nettement de la nôtre, il accorde à l'animal une certaine conscience qui n'est pas du tout comparable à un aveugle ressort^.
Les sens enregistrent sans cesse les influences du monde extérieur, et c'est par eux surtout que nous con-
1. T. Il, p. 467 : liv. IX, fuble I, Dis-cours i) .V"° de La Snb/ière.
2. T. H, p. 46;j : Discours à M"'" de La Sa/ilit-re. — Voir aussi, p. 464, l'omnient le vieux cerf déjoue les chiens et les ciiasseurs.