‹ La fontaineChapitre 68 sur 123 · T. VU, p. 603 : tragédie d'Achille, acte I, scène lu · texte numérisé non relu

T. VU, p. 603 : tragédie d'Achille, acte I, scène lu

3. T. H, p. 433 : liv. IX, fable XV, le Mari, la Femme et le Voleur

4. T. l,p. 172 : liv. Il, faille XIV, le Lièvre cl le.t Grenouilles.

Ce n'est jamaissurle tard que l'oiipent s'amender un peu à ce sujet; seule l'enfance peut être détournée de ce scrupule, de cette « phobie» persistante. La peur, qui implique une certaine faiblesse de caractère, engendre la c crainte », la méfiance, la jalousie, tristes passions qui sont difficiles à extirper du cœur humain. Les gens peureux tournent constamment sur leurs « gonds ». lisse méfient sans cesse, tant ils redoutent une surprise. En un mot, ils sont bien malheureux ' .

La Fontaine connaît fort bien sans s'en douter les trois moments de l'acte émotionnel. Dans beaucoup de cas, il note la surprise, l'arrêt et la réaction générale :

Il demeura si fort épouvantL',

(Ju'il prit la fuite et laissa là Perrette'^.

Mais pour bien montrer, par une image saisissante, que la peur est une passion très violente, qu'elle peut atteindre même les gens les plus robustes et les gens les plus volontaires, il se persuade que le diable lui-même est sensible à la peur. Nous savons que, durant le moyen âge de notre histoire, « l'esprit malin » a joué un très grand rôle. N'avait-il pas alors autant de puissance que Dieu lui-même? C'est pourquoi, pour bien montrer le pouvoir irrésistible de la peur, il la transporte chez le « diable », qui se voit forcé, pour esquiver un danger, d'esquisser un grand signe de croix :

Le diable en eut tant peur horrible Qu'il se signa •*.

1. T. I, p. 1*2: liv. II, fable XiV, le Lièvre et les Grenouilles.

2. T. V, p. Slô-SIT : conte Y, 4° partie, le Diable de Pupefiguière. '.i. T. V, p. 376 : le Diable de Papefiffuière, loc. cil .

De la peur à la tristesse, il n'y a qu'un pas. La tristesse est aussi une passion bien auière; elle nous plonge sans cesse dans de sombres « pensers». Le « hibou », triste oiseau, messager de la mélancolie et de la mort, personnifie la tristesse dans tout ce qu'elle a d'angoissant et de poignant. C'est pourquoi les «Orestcs », les «Œdipes », évoqués par le poète a magicien », sont de bien mauvais « fantômes ' » .

Cependant il existe des caractères insouciants qui oublient vite le danger ou le malheur. Il y a des cœurs qui reviennent promptement à la joie. La femme ou le fils s'oublie facilement ; les lapins que le chasseur a failli surprendre iront <( s'ébattre » tout k l'heure, heureux et insouciants, comme si rien ne s'était passé. « Ne reconnaiton pas en cela les humains '^?» ajoute La Fontaine.

Sur li'S ailes du temps la tristesse s'envole ^.

Le temps est le grand maître, qui nous fait oublier de douces amitiés ou de grands malheurs. Le temps est le vainqueur des caractères faibles et inconstants et, souvent aussi, des caractères forts et volontaires.

Si nous laissons là les passions amères, nous rencontrons aussitôt les sentiments gais, qui nous dilatent, nous font vivre amplement, nous rendent exubérants.

Sans doute la douleur nous éduque, parce que souvent elle nous désillusionne, parce qu'elle nous montre la vie telle qu'elle est. Mais La Fontaine déclare bien haut que le rire et la joie sont les meilleurs bienfaits que puisse souhaiter et posséder l'humanité.

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