Pensées de Pascal
2. T. 111, p. 319 : conte VII, 2° partie, la Gageure des trois commères.
3. T. 1, p. 213 et suiv. : liv. 111, fable IV, les Grenouilles qui demandent un roi.
4. T. IV, p. 240 : conte V. -J' partie, l'oraison de Saint Julien.
offenser son semblable, a-t-il quelque chose à lui reprocher, il puise aussitôt en « son magasin » les mots les plus durs qui soient à sa disposition. L'homme est ainsi fait. 11 discute au début d'un entretien fort agréablement, mais s'il lui advient d'être confondu par son adversaire, il fulmine, il s'excite rapidement, car l'amourpropre est si grand qu'il suffit à faire naitre les plus orageuses discussions.
Ce que je sais, c'est qu'aux itrosses paroles
On en vient, sur un rien, plus des trois quarts du temps '.
Les convenances sociales sont telles, qu'il est des soucis et des joies que l'on dissimule à son prochain.
Les convenances cachent agréablement les sentiments hypocrites et vaniteux. Tel personnage dont la figure est réjouie nourrit au fond de son cœur une amère pensée. Tel autre qui prend part à la peine d'autrui, cache dans ses entrailles la plus sincère des satisfactions. Ces simulateurs de la douleur et de la joie, ces comédiens de salon et de cour, ces bouffons qui paradent dans la société ne sont que de vulgaires hypocrites. Le courtisan se montre facilement gai ou triste suivant l'occasion'^
Qu'est-ce qui les pousse à agir ainsi'? Le désir de plaire, quand ce n'est l'envie d'arriver à la fortune ou aux honneurs. Le mobile de l'argent est le plus puissant de tous ; il fait naitre chez l'homme tous les sentiments. Les courtisans sont incorrigibles et la froide vieillesse
1. T. m, p. 229 et suiv. : liv. XII. fable VIII, la Querelle des Chiens et des Chats, et celle des Chats et des Souris.
2. Voir, dans les fables, le rôle que La Fontaine fait jouer aux courtisans et aux flatteurs.
est impuissante à les rendre meilleurs ; seule la mort remet tout on place.
Si La Fontaine s'est complu à pénétrer dans les intimes replis de la conscience des fourbes et des flatteurs, il a su reconnaître que, seul, le pauvre, le manant qui « bûche » péniblement chaque jour, souffre de l'égoisnie qui ron^-e la société. 11 garde toute sa pitié pour rhumble, pour le pauvre qui « gîte » dans la « chaumière » enfumée. J'imagine que, dans ses promenades favorites, il a dû rencontrer souvent ce « manant » du siècle de Louis le Grand, dont l'histoire nous apprend qu'il ressemble davantage à un i< loup » qu'à un h(»mme '. La misère de ce pauvre hère le touche au fond du cœur, et c'est douloureusement qu'il nous parle do sa vie et de sa triste situation.
Le pauvre doit non seulement travailler, mais encore se hâter dans sa besogne. 11 doit travailler par le seul fait qu'il est né manant.
Travailler est le fail de la canaille-.
11 n'a droit ni au plaisir ni à l'instruction. Le seigneur est là qui veille sur son travail, qui le réprimande, qui le fouette ou le vole selon l'occasion.
Le gentilhomme, au contraire, est né pour ne rien faire et pour vivre du produit de ses serviteurs ; c'est un don Juan ferrailleur et fanfaron qui s'enorgueillit de ses titres, qui se flatte ôe son blason.
Je t'ai déjà dit que j'étais gentilhomme, Né pour chômer et pour ne rien savoir^.
1. Voir Rambaud, liisloive delà civilisa/ion, loc. c//,. au chapitre du xvu» siècle, le Peuple.
2. T. V, p. 362-363 : conte V, 4' partie, le Diable de Pnpefif/uière.